Région Centre-Val de Loire : en 2021, le niveau de la sûreté nucléaire et de la radioprotection reste globalement satisfaisant

Publié le 05/07/2022 à 12:15

Communiqué de presse

A l’occasion de la parution du Rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France, la division territoriale d’Orléans de l’ASN présente les conclusions des actions de contrôle qu’elle a menées tout au long de l’année 2021 en région Centre-Val de Loire.

L’activité de contrôle de l’ASN en 2021 en Nouvelle-Aquitaine et ex-Midi-Pyrénées

       
151 inspections

  • 119 inspections dans les installations nucléaires des sites EDF de Belleville-sur-Loire, Chinon, Dampierre-en-Burly et Saint-Laurent-des-Eaux
  • 32 inspections dans le nucléaire de proximité

12 événements significatifs classés au niveau 1 sur l’échelle de l’INES ont été déclarés à l’ASN

51 journées d’inspections du travail dans les centrales nucléaires

Le contrôle des centrales nucléaires

Centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire

La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire se trouve sur les communes de Belleville et de Sury-près-Léré, c'est à dire à la limite de trois départements : le Cher, le Loiret et la Nièvre.
L'INB comporte deux réacteurs du type REP d'une puissance de 1300 MWe (palier P'4). Le réacteur 1 constitue l'installation nucléaire de base 127. Le réacteur 2 constitue l'installation nucléaire de base 128.

L’ASN considère que les performances de la centrale nucléaire de Belleville‑sur‑Loire rejoignent l’appréciation générale des performances que l’ASN porte sur les centrales nucléaires d’EDF dans le domaine de la sûreté nucléaire, de l’environnement et de la radioprotection.

Sur le plan de la sûreté nucléaire, dans le domaine de la conduite des installations, le site a maintenu les performances globalement satisfaisantes de 2020. La gestion du risque d’incendie sur le site a progressé en 2021. Avec deux arrêts en 2022 dont une visite périodique, l’ASN considère que le site devra être vigilant sur la maintenance des installations et la gestion du risque d’incendie ; des écarts répétés avaient été constatés pendant les visites décennales des années précédentes.

Dans le domaine de la radioprotection, l’ASN considère que les performances de la centrale nucléaire de Belleville‑sur‑Loire sont correctes et en progrès depuis l’année dernière. Il apparaît néanmoins que l’optimisation de la dosimétrie des activités peut être améliorée, ainsi que la gestion de la propreté radiologique dans sa globalité. L’exploitation des recommandations des pôles de compétence en radioprotection n’est pas encore suffisamment efficace.

Dans le domaine de l’environnement, la gestion des effluents, la gestion des déchets et la surveillance des rejets en conditions normales d’exploitation sont jugées satisfaisantes par l’ASN. Les contrôles menés en 2021 ont également mis en évidence des améliorations dans la gestion de la rétention des eaux d’extinction incendie, même si des progrès sont encore attendus sur ce sujet.

Centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly

Le site de la centrale se trouve sur le territoire de la commune de Dampierre-en-Burly (Loiret - 45), sur la rive droite de la Loire, à environ 10 km en aval de Gien et 45 km en amont d'Orléans.
Il comporte quatre réacteurs de type REP d'une puissance unitaire de 900 MWe (palier CP1). Les réacteurs 1 et 2 constituent l'installation nucléaire de base 84.
Les réacteurs 3 et 4 constituent l'installation nucléaire de base 85.

L’ASN considère que les performances de la centrale nucléaire de Dampierre‑en‑Burly rejoignent globalement l’appréciation générale des performances que l’ASN porte sur les centrales nucléaires d’EDF dans le domaine de la sûreté nucléaire. Les performances en matière d’environnement et de radioprotection demeurent, quant à elles, très en retrait par rapport à la moyenne nationale.

Sur le plan de la sûreté nucléaire, des défaillances organisationnelles en lien avec des insuffisances documentaires et de communication entre les équipes de conduite ont été à l’origine de plusieurs événements significatifs au cours de l’année 2021.

Dans le domaine de la radioprotection, les performances de la centrale nucléaire de Dampierre‑en‑Burly demeurent nettement insuffisantes depuis plusieurs années. Si les programmes de surveillance des prestataires et les vérifications menées par la filière indépendante apparaissent adaptés, de nombreux écarts ont à nouveau été constatés en 2021, notamment concernant la maîtrise de la propreté radiologique et de la dispersion de la contamination sur les chantiers en zones contrôlées. Dans ces conditions, l’ASN maintiendra en 2022 une surveillance ciblée du site sur le domaine de la radioprotection.

En matière de protection de l’environnement, les performances de la centrale nucléaire de Dampierre‑en‑Burly demeurent également insuffisantes. Si les limites de rejet pour les effluents gazeux demeurent respectées et si une amélioration significative de la gestion du risque microbiologique a été constatée en 2021 par rapport aux années antérieures, des dépassements des limites de rejet pour les effluents liquides ont été constatés sur certains paramètres chimiques.

Site de Chinon

Centrale nucléaire de Chinon B

La centrale nucléaire de Chinon est située sur le territoire de la commune d'Avoine dans le département d'Indre-et-Loire, en rive gauche de la Loire. Elle comporte deux paires de réacteurs (B1 - B2 et B3 - B4) du type REP, qui sont situés au sud du site de Chinon. Chaque réacteur a une puissance électrique de 900 MWe et appartient au palier CP2. Les réacteurs B1 et B2 constituent l'installation nucléaire de base 107. Les réacteurs B3 et B4 constituent l'installation nucléaire de base 132.

L’ASN considère que les performances de la centrale nucléaire de Chinon rejoignent l’appréciation générale des performances que l’ASN porte sur les centrales nucléaires d’EDF dans les domaines de la sûreté et de la radioprotection. En retrait au début 2021, les performances en matière d’environnement ont connu une amélioration sensible au cours de l’année. Si des progrès ont été constatés en 2021, notamment en matière de sûreté, les résultats doivent cependant être consolidés dans les domaines de l’environnement et de la radioprotection.

En matière de sûreté, l’ASN considère que la situation est de nouveau satisfaisante en conduite incidentelle et accidentelle même si des difficultés ont été relevées par l’ASN concernant la gestion documentaire du PUI.

L’ASN considère que les performances de la centrale nucléaire de Chinon en matière de radioprotection restent assez satisfaisantes. Les constats effectués en 2021 lors des inspections de l’ASN ont montrés des progrès, qui étaient attendus à la suite de l’évaluation de 2020, mais également une organisation qui reste à améliorer. Au regard du bon niveau qu’avait le site sur cette thématique avant 2020, l’ASN considère qu’elle doit constituer une priorité pour le site en 2022.

Les performances de la centrale nucléaire de Chinon en matière de protection de l’environnement doivent être améliorées. L’ASN considère néanmoins que les rejets en effluents gazeux et liquides sont bien en dessous de la moyenne nationale. La gestion des hydrocarbures en sortie des déshuileurs constitue un point d’attention pour 2022.

Réacteurs à l'arrêt A1, A2 et A3 de Chinon

La filière UNGG est constituée de six réacteurs, dont les réacteurs de Chinon A1, A2 et A3. Ces réacteurs de première génération fonctionnaient avec de l’uranium naturel comme combustible, utilisaient le graphite comme modérateur, et étaient refroidis au gaz. Au sein de cette filière, on distingue les réacteurs dits « intégrés », dont les échangeurs de chaleur se situent sous le cœur du réacteur à l’intérieur du caisson, et les réacteurs « non intégrés », dont les échangeurs se situent de part et d’autre du caisson du réacteur. Les réacteurs Chinon A1, A2 et A3 sont des réacteurs UNGG « non intégrés ». Ils ont été arrêtés respectivement en 1973, 1985 et 1990.

L’ASN a analysé les rapports de conclusions du réexamen périodique, remis par EDF et portant sur les six réacteurs UNGG (réacteurs à uranium naturel-graphite-gaz), complétés à la suite de demandes de l’ASN. Au terme de son analyse, l’ASN a indiqué en décembre 2021 n’avoir pas d’objection à la poursuite d’exploitation des INB 133 (réacteur Chinon A1), INB 153 (réacteur Chinon A2) et 161 (réacteur Chinon A3). Elle vérifiera, dans le cadre de l’instruction des dossiers de démantèlement de ces réacteurs, qui seront déposés par EDF fin 2022, que les opérations de démantèlement soient réalisées dans de bonnes conditions de sûreté et de radioprotection, et dans des délais maîtrisés.

En 2021, EDF a poursuivi le démantèlement des échangeurs de Chinon A2 et A3, le chantier de démantèlement du local Echangeurs Sud de A3 est terminé, et a continué les investigations dans le caisson A2.

L’ASN considère que le niveau de sûreté des installations nucléaires en démantèlement de Chinon (Chinon A1, A2 et A3) est satisfaisant. Les contrôles menés en 2021 ont notamment permis de constater une bonne gestion de crise dans le cadre d’un exercice sur le site, ainsi qu’un bon suivi des contrôles des équipements en lien avec l’incendie. Cependant, des améliorations sont attendues concernant la connaissance des locaux et des équipements par les personnels relevant de la centrale nucléaire en fonctionnement, et qui sont susceptibles d’intervenir dans les installations en démantèlement.

Atelier des matériaux irradiés

L’AMI, déclaré et mis en service en 1964, est situé sur le site nucléaire de Chinon et exploité par EDF. Cette installation (INB 94), dont le fonctionnement a cessé, est en démantèlement. Elle était destinée essentiellement à la réalisation d’examens et d’expertises sur des matériaux activés ou contaminés en provenance des REP.

L’année 2021 a vu les activités de traitement et d’évacuation des déchets anciens se poursuivre. Les déchets magnésiens historiques ont été conditionnés et recaractérisés. Les résultats de cette caractérisation sont différents de ce qui était envisagé, ce qui impose une demande de dérogation auprès de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pour leur prise en charge. Le chantier d’évacuation a donc été interrompu dans l’attente de l’aboutissement de cette procédure. L’ASN estime que la gestion des contrôles et essais périodiques, en particulier ceux concernant le risque d’incendie, est satisfaisante. Une vigilance particulière doit toutefois être portée au suivi des contrôles des portes coupe‑feu, ainsi qu’au suivi du vieillissement du génie civil de l’installation.

Site de Saint-Laurent-des-Eaux

Centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux

Le site de la centrale est situé sur le territoire de la commune de St- Laurent Nouan sur le département du Loir et Cher en bordure de la rive gauche de la Loire. Il se trouve approximativement à mi-distance entre Orléans (à 32 km au nord-est) et Blois (à 24 km au sud-ouest). Le site comporte 2 réacteurs du type REP d'une puissance de 900 MWe (palier CP2). Les réacteurs 1 et 2 constituent l'installation nucléaire de base 100.

L’ASN considère que les performances de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux rejoignent l’appréciation générale des performances que l’ASN porte sur les centrales nucléaires d’EDF dans le domaine de la radioprotection et se distinguent favorablement en environnement.

Cependant, les performances se dégradent dans le domaine de la sûreté. La direction du site a présenté en milieu d’année un plan d’action réactif et l’ASN contrôlera en 2022 son efficacité, notamment lors de l’inspection de revue du site.

En matière de sûreté nucléaire, l’ASN considère que les performances du site sur l’année 2021 se sont détériorées et sont insuffisantes. Le plan de management de la sûreté mis en place en 2020 n’a pas permis de retrouver le niveau de performance attendu.

La gestion de la radioprotection par la centrale nucléaire de Saint‑Laurent‑des‑Eaux répond aux attentes de l’ASN.

L’organisation du site pour répondre aux exigences réglementaires dans le domaine de la protection de l’environnement est jugée performante.

À l’issue de l’analyse des rapports de conclusions du réexamen périodique portant sur l’ensemble des réacteurs UNGG, l’ASN a indiqué en décembre 2021 n’avoir pas d’objection à la poursuite d’exploitation de l’INB 46 (réacteurs Saint‑Laurent A1 et A2). Elle vérifiera, dans le cadre de l’instruction des nouveaux dossiers de démantèlement de ces réacteurs, qui seront déposés par EDF fin 2022 pour exposer la nouvelle stratégie de démantèlement « en air », que les opérations de démantèlement soient réalisées dans de bonnes conditions de sûreté et de radioprotection, et dans des délais maîtrisés.

Phénomène de corrosion sous contrainte


Le 21 octobre 2021, à la suite de la réalisation de contrôles par ultrasons programmés lors de la deuxième visite décennale du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Civaux, EDF a informé l’ASN de la détection d’indications au niveau de soudures des coudes des tuyauteries d’injection de sécurité du circuit primaire principal du réacteur.

EDF poursuit actuellement ses études pour compléter ses connaissances sur le phénomène et développe de nouveaux moyens de contrôle, notamment par ultrason, permettant de mesurer la profondeur des fissures. EDF prévoit de contrôler l’ensemble de ses réacteurs avec ces nouveaux moyens.

L’ASN a engagé avec l’appui de l’IRSN l'instruction des éléments remis par EDF afin de s’assurer de la pertinence des analyses de sûreté transmises, du programme de travail proposé et des conditions de sa réalisation. Elle mène par ailleurs des inspections pour s’assurer des conditions de déclinaison de ce programme. Les groupes permanents d’experts pour les équipements sous pression nucléaires et réacteurs placés auprès de l’ASN sont associés à cette action.

Domaine médical

L’ASN considère, sur la base des inspections conduites en 2021, malgré l’impact de la pandémie de Covid-19 sur le fonctionnement des services de santé, que l’état de la radioprotection, dans le domaine médical est comparable à celui des années 2019 et 2020, traduisant le fait que les services ont su s’adapter et maintenir un bon niveau de radioprotection. Ainsi, aucune défaillance majeure n’a été détectée dans les domaines de la radioprotection des professionnels, des patients, de la population et de l’environnement.

Toutefois, du fait de l’impact de la pandémie, des retards dans la réalisation des vérifications techniques de radioprotection pour les pratiques interventionnelles radioguidées (PIR) ont été constatés, conduisant à un non-respect des fréquences réglementaires de ces contrôles, qui visent à assurer la radioprotection des travailleurs.

Par ailleurs, la coordination des mesures de prévention lors d’interventions extérieures, en particulier celles des praticiens libéraux, doit être renforcée dans le domaine de la médecine nucléaire et des PIR.

Enfin, la sensibilisation des personnels du bloc opératoire, utilisateurs non spécialistes des rayonnements ionisants, tels que les chirurgiens, reste nécessaire pour une meilleure perception des enjeux et appropriation des mesures de radioprotection dans ce secteur où, de surcroit, la mise en conformité des locaux se déploie trop lentement.

En savoir plus :


L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), autorité administrative indépendante, assure, au nom de l’Etat, le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection pour protéger les personnes et l’environnement. Elle informe le public et contribue à des choix de sociétés éclairés. Le rapport de l’ASN sur l’état de sûreté nucléaire et de radioprotection en France en 2021 est téléchargeable en ligne

Publié le 16/05/2022

La sûreté nucléaire et la radioprotection en France en 2021

En 2021, la sûreté des installations nucléaires ainsi que la radioprotection dans les secteurs médicaux, industriels et des transports de substances radioactives se sont maintenues à un niveau satisfaisant, en grande continuité par rapport au niveau constaté en 2020.
Ce qui ressort plus particulièrement de l’année 2021, et notamment de sa seconde partie, ce sont les fragilités industrielles qui touchent l’ensemble des installations nucléaires et le débat qui s’est installé sur les choix de politique énergétique et la place du nucléaire dans ces choix.

 

Contact presse :
Evangelia PETIT, cheffe du service presse - 01 46 16 41 42 -  evangelia.petit@asn.fr

Date de la dernière mise à jour : 08/07/2022