Site Orano de La Hague

L'établissement Orano de La Hague est implanté sur la pointe nord-ouest de la presqu'île du Cotentin, dans le département de la Manche (50), à 20 km à l'ouest de Cherbourg et à 6 km du cap de La Hague. Le site se trouve à une quinzaine de kilomètres des îles anglo - normandes.

Les usines de retraitement Orano Cycle de La Hague en fonctionnement

Vue générale du site Orano Cycle de La Hague

Les usines de La Hague, destinées au traitement des assemblages de combustibles irradiés dans les réacteurs nucléaires, sont exploitées par Orano Cycle La Hague.

La mise en service des différents ateliers des usines UP3-A (INB 116) et UP2‑800 (INB 117) et de la station de traitement des effluents STE3 (INB 118) s’est déroulée de 1986 (réception et entreposage des assemblages combustibles usés) à 2002 (atelier de traitement du plutonium R4), avec la mise en service de la majorité des ateliers de procédé en 1989‑1990.

Les décrets du 10 janvier 2003 fixent la capacité individuelle de traitement de chacune des deux usines à 1 000 tonnes par an, comptées en quantité d’uranium et de plutonium contenus dans les assemblages combustibles avant irradiation (passage en réacteur) et limitent la capacité totale des deux usines à 1 700 tonnes par an. Les limites et conditions de rejet et de prélèvement d’eau du site sont définies par deux décisions de l’ASN n°2015-DC-0535 et n°2015-DC-0536 du 22 décembre 2015.

Les opérations réalisées dans les usines

Les usines de retraitement comprennent plusieurs unités industrielles, chacune destinée à une opération particulière. On distingue ainsi les installations de réception et d’entreposage des assemblages de combustibles usés, de cisaillage et de dissolution de ceux‑ci, de séparation chimique des produits de fission, de l’uranium et du plutonium, de purification de l’uranium et du plutonium et de traitement des effluents, ainsi que de conditionnement des déchets.

À leur arrivée dans les usines, les assemblages de combustibles usés disposés dans leurs emballages de transport sont déchargés soit « sous eau » en piscine, soit à sec en cellule blindée étanche. Les assemblages sont alors entreposés dans des piscines pour refroidissement.

Les assemblages sont ensuite cisaillés et dissous dans l’acide nitrique, afin de séparer les morceaux de gaine métallique du combustible nucléaire usé. Les morceaux de gaine, insolubles dans l’acide nitrique, sont évacués du dissolveur, rincés à l’acide puis à l’eau et transférés vers une unité de compactage et de conditionnement.

La solution d’acide nitrique comprenant les substances radioactives dissoutes est ensuite traitée afin d’en extraire l’uranium et le plutonium et d’y laisser les produits de fission et les autres éléments transuraniens.

Après purification, l’uranium est concentré et entreposé sous forme de nitrate d’uranyle UO2(NO3)2. Il est destiné à être converti, dans l’installation TU5 du site du Tricastin, en un composé solide (U3O8), dit « uranium de retraitement ».

Après purification et concentration, le plutonium est précipité par de l’acide oxalique, séché, calciné en oxyde de plutonium, conditionné en boîtes étanches et entreposé. Le plutonium est ensuite destiné à la fabrication de combustibles MOX dans l’usine Orano Cycle de Marcoule (Mélox).

Les effluents et les déchets produits par le fonctionnement des usines

Les produits de fission et autres éléments transuraniens issus du retraitement sont concentrés, vitrifiés et conditionnés en colis standard de déchets vitrifiés (CSD‑V). Les morceaux de gaines métalliques sont compactés et conditionnés en colis standard de déchets compactés (CSD‑C).

Par ailleurs, les opérations de retraitement décrites au paragraphe précédent mettent en œuvre des procédés chimiques et mécaniques qui, par leur exploitation, produisent des effluents gazeux et liquides ainsi, que des déchets solides.

Les déchets solides sont conditionnés sur le site, soit par compactage, soit par enrobage dans du ciment. Les déchets radioactifs solides issus du traitement des assemblages combustibles usés dans des réacteurs français sont, selon leur composition, envoyés au Centre de stockage de l’Aube ou entreposés sur le site Orano Cycle La Hague dans l’attente d’une solution pour leur stockage définitif (notamment les CSD‑V et CSD‑C).

Conformément à l’article L. 542‑2 du code de l’environnement, les déchets radioactifs issus du traitement des assemblages combustibles usés d’origine étrangère sont réexpédiés à leurs propriétaires. Cependant, il est impossible de séparer physiquement les déchets en fonction des combustibles dont ils proviennent. Afin de garantir une répartition équitable des déchets issus du traitement des combustibles de ses différents clients, l’exploitant a proposé un système comptable permettant le suivi des entrées et des sorties de l’usine de La Hague. Ce système, appelé système Exper, a été approuvé par arrêté du 2 octobre 2008 du ministre chargé de l’énergie.

Les effluents gazeux se dégagent principalement lors du cisaillage des assemblages et pendant l’opération de dissolution. Le traitement de ces effluents gazeux s’effectue par lavage dans une unité de traitement des gaz. Les gaz radioactifs résiduaires, en particulier le krypton et le tritium, sont contrôlés avant d’être rejetés dans l’atmosphère.

Les effluents liquides sont traités et généralement recyclés. Certains radionucléides, tels que l’iode et le tritium, sont dirigés, après contrôle, vers l’émissaire marin de rejet en mer. Cet émissaire, comme les autres émissaires du site, sont soumis à des limites de rejets. Les autres effluents sont dirigés vers des unités de conditionnement du site (matrice solide de verre ou de bitume).

Maîtrise de l’état des capacités de concentration par évaporation

L’ASN a poursuivi ses actions de contrôle de la mise en œuvre des dispositions de la décision n° 2016-DC-0559 du 23 juin 2016 relative aux évaporateurs de produits de fission, prise à la suite du constat d’une vitesse de corrosion de ces équipements supérieure à celle envisagée à leur conception.

Une inspection renforcée de cinq jours a été réalisée par l’ASN concernant les contrôles non destructifs réalisés par l’exploitant sur les évaporateurs de l’atelier T2 au cours de son arrêt pour maintenance. L’ASN considère que les conditions de préparation et de mise en œuvre de ces contrôles sont satisfaisantes. Néanmoins, leurs résultats montrent que l’épaisseur de l’évaporateur 4120-23 de l’atelier T2, identifié comme le plus affecté par la corrosion, est proche de l’épaisseur minimale. Préalablement à son redémarrage, l’exploitant s’est engagé à poursuivre la réduction de l’utilisation de cet évaporateur et à réaliser une nouvelle campagne de mesures en 2020.

Le suivi des évaporateurs demeurera un point d’attention particulier pour l’ASN jusqu’à la mise en service des nouveaux évaporateurs destinés à remplacer les actuels.

Projet « nouvelle concentration de produits de fission » (NCPF)

L’ASN a poursuivi son instruction du projet NCPF, relatif à la mise en service de nouveaux évaporateurs concentrateurs de produits de fission en remplacement des anciens, dont l’introduction a débuté en août 2019, pour se terminer en novembre 2019 (voir chapitre 11). Une inspection a été réalisée en octobre 2019 sur les chantiers de construction des bâtiments de ces six nouveaux évaporateurs. L’organisation pour la gestion de ce chantier est apparue rigoureuse. Une nouvelle inspection de l’ASN sur ces chantiers est programmée en 2020.

Extension des entreposages de colis standard de déchets compactés (CSD‑C)

Orano Cycle a déposé en avril 2017 un dossier de demande d’autorisation de modification substantielle visant à réaliser une extension des entreposages de CSD‑C. L’enquête publique s’est déroulée du 5 juin au 8 juillet 2019. L’ASN poursuit l’instruction de ce dossier.

Les opérations de mise à l’arrêt définitif et démantèlement

L’ancienne usine UP2-400 (INB 33) a été mise en service en 1966 et est arrêtée définitivement depuis le 1er janvier 2004.

L’arrêt définitif concerne également trois INB associées à l’usine UP2-400 : l’INB 38 (installation STE2 et atelier AT1), l’INB 47 (atelier ELAN IIB) et l’INB 80 (atelier HAO).

En 2019, l’ASN a finalisé l’instruction des dossiers de réexamen de sûreté des INB 33, 38 et 47. La décision n°2019-DC-0673 de l’ASN, encadrant la poursuite de leur démantèlement, a été publiée le 25 juin 2019.

L’ASN a poursuivi l’instruction des demandes d’autorisation de démantèlement partiel pour les INB 33 et 38 transmises en avril 2018. Les reports demandés par l’exploitant conduisent à des échéances de fin de démantèlement en 2046 et 2043, au lieu de 2035 actuellement pour les deux INB. Orano doit compléter, début 2020, d’une part, le dossier de démantèlement de l’INB 33 concernant la suppression des interactions en cas de séisme entre l’atelier MAPu et l’atelier BST1 par la démolition des étages supérieurs du MAPu, d’autre part, son mémoire en réponse à l’avis de l’Autorité environnementale, avant le lancement de l’enquête publique.

L’ASN note que les reports d’échéances demandés sont significatifs et sont dus en grande partie aux retards pris dans la reprise et le conditionnement des déchets anciens. De ce fait, l’ASN poursuivra en 2020 sa démarche de contrôle de la gestion de ces projets.

Les opérations de reprise et de conditionnement des déchets anciens

Contrairement aux déchets conditionnés directement en ligne, que produisent les nouvelles usines UP2-800 et UP3-A de La Hague, la majeure partie des déchets produits par la première usine UP2-400 a été entreposée en vrac, sans conditionnement définitif. Les opérations de reprise de ces déchets sont complexes et nécessitent la mise en œuvre de moyens importants. Elles présentent des enjeux de sûreté et de radioprotection majeurs, que l’ASN contrôle particulièrement.

La reprise des déchets contenus dans les entreposages anciens du site de La Hague constitue, en outre, un préalable aux opérations de démantèlement et d’assainissement de ces entreposages.

Reprise et conditionnement des boues de STE2

La station de traitement des effluents STE2 d’UP2-400 servait à collecter les effluents de l’usine UP2-400, à les traiter et à entreposer les boues de précipitation issues du traitement. Les boues de STE2 sont ainsi les précipités qui fixent l’activité radiologique contenue dans les effluents et elles sont entreposées dans sept silos. Une partie des boues a été enrobée dans du bitume et conditionnée dans des fûts en acier inoxydable dans l’atelier STE3. À la suite de l’interdiction du bitumage par l’ASN en 2008, Orano a étudié d’autres modes de conditionnement pour les boues non conditionnées ou entreposées.

Le scénario concernant la reprise et le conditionnement des boues de STE2 présenté en 2010 était découpé en trois étapes :

  • reprise des boues entreposées dans des silos de STE2 (INB 38) ;
  • transfert et traitement, initialement envisagé par séchage et compactage, dans STE3 (INB 118) ;
  • conditionnement des pastilles obtenues en colis dénommés « C5 » en vue du stockage en couche géologique profonde.

L’ASN a autorisé la première phase de travaux pour la reprise des boues de STE2 en 2015 et le décret d’autorisation de création de la station de traitement des effluents STE3 a été modifié par décret du 29 janvier 2016, afin de permettre l’implantation du procédé de traitement des boues de STE2.

Fin 2017, Orano Cycle a cependant informé l’ASN que le procédé retenu pour le traitement des boues dans STE3 pouvait entraîner des difficultés pour l’exploitation et la maintenance des équipements. Orano Cycle a proposé un scénario alternatif par centrifugation et a transmis en août 2019 un dossier d’options de sûreté (DOS), qui repose cependant sur des hypothèses encore trop peu étayées. Une inspection a eu lieu fin 2019 et a montré que le projet n’était pas suffisamment mûr pour que l’ASN puisse donner un avis sur ce DOS. Celui‑ci devra être révisé, en particulier sur les options structurantes du projet concernant le traitement des effluents et les rejets dans l’environnement, ainsi que la maîtrise du risque d’incendie.

Silo 130

Le silo 130 est un entreposage enterré en béton armé, muni d’un cuvelage en acier noir utilisé pour l’entreposage à sec de déchets solides issus du traitement des combustibles des réacteurs UNGG, ainsi que de déchets technologiques et de terres et gravats contaminés. Le silo a reçu des déchets de ce type à partir de 1973, jusqu’à son incendie en 1981, qui a contraint l’exploitant à noyer ces déchets. L’étanchéité du silo ainsi rempli d’eau n’est aujourd’hui assurée qu’au moyen d’une unique barrière de confinement, constituée d’une « peau » en acier. La surveillance de l’étanchéité du silo 130 est effectuée par un réseau de piézomètres situés à proximité. Le scénario de reprise et de conditionnement de ces déchets comporte quatre étapes :

  • reprise et conditionnement des déchets UNGG solides ;
  • reprise des effluents liquides ;
  • reprise et conditionnement des déchets UNGG résiduels et des boues de fond de silo ;
  • reprise et conditionnement des terres et gravats.

Orano Cycle a construit une cellule de reprise au-dessus de la fosse contenant les déchets et un nouveau bâtiment dédié aux opérations de tri et de conditionnement. La première descente du grappin dans la fosse avec préhension de déchets a eu lieu le 24 juin 2019 et le remplissage du premier fût a débuté fin 2019. L’ASN a contrôlé la préparation du futur exploitant des installations de reprise des déchets en 2019 et considère que l’organisation mise en œuvre est satisfaisante. L’ASN note des difficultés répétées lors du démarrage des opérations de reprise. Orano Cycle devra veiller à les résoudre rapidement afin d’assurer une reprise des déchets conforme aux exigences de la décision n° 2010-DC‑0190 du 29 juin 2010, modifiée en novembre 2019.

Les enjeux de sûreté associés au silo 130 

Le silo 130 a été conçu et construit selon les exigences de sûreté en vigueur dans les années 1960. La structure du génie civil du silo 130 est aujourd’hui fragilisée par le vieillissement et par l’incendie survenu en 1981. En outre, les déchets, initialement entreposés à sec, se retrouvent submergés pour partie dans un volume important d’eau, depuis l’extinction de l’incendie de 1981. L’eau est donc en contact direct avec les déchets et peut contribuer à la corrosion du cuvelage en acier noir, qui est aujourd’hui l’unique barrière de confinement. Ainsi, un des risques majeurs concerne la dispersion des substances radioactives dans l’environnement (infiltration de l’eau contaminée dans la nappe phréatique).

Un autre facteur pouvant compromettre la sûreté du silo 130 est lié à la nature des substances présentes dans les déchets, comme le magnésium, qui est pyrophorique. L’hydrogène, gaz hautement inflammable, peut aussi être produit par des phénomènes de radiolyse ou de corrosion (présence d’eau). Ces éléments contribuent aux risques d’incendie et d’explosion.

Silo HAO et stockage organisé des coques (SOC)

L’atelier haute activité oxyde (HAO – INB 80) assurait les premières étapes du processus de traitement des combustibles nucléaires usés : réception, entreposage puis cisaillage et dissolution. Les solutions de dissolution produites dans l’INB 80 étaient ensuite transférées dans l’ensemble industriel UP2-400, dans lequel avait lieu la suite des opérations de traitement.

L’INB 80 est composée de :

  • HAO Nord, lieu de déchargement et d’entreposage des combustibles usés ;
  • HAO Sud, où étaient effectuées les opérations de cisaillage et dissolution ;
  • le bâtiment « filtration », qui comporte le système de filtration de la piscine de HAO Sud ;
  • le silo HAO, dans lequel sont entreposés des coques et embouts (morceaux de gaine et embouts de combustible) en vrac, des fines provenant essentiellement du cisaillage, des résines et des déchets technologiques issus de l’exploitation de l’atelier HAO entre 1976 et 1997 ;
  • le stockage organisé des coques (SOC), composé de trois piscines dans lesquelles sont entreposés des fûts contenant coques et embouts.

En 2019, l’exploitant a poursuivi les opérations préalables à la reprise des déchets du silo HAO (notamment la construction de la future cellule de reprise des déchets) et a débuté les essais importants pour la sûreté.

Les solutions anciennes de produits de fission entreposées dans l’unité SPF2 de l’usine UP2-400 

Pour le conditionnement des produits de fission issus du retraitement de combustibles provenant des réacteurs de la filière UNGG et contenant notamment du molybdène (PF UMo), l’exploitant a retenu la vitrification en creuset froid. Le colis ainsi produit est un colis standard de déchets UMo vitrifiés (CSDU). Orano Cycle a poursuivi les opérations de reprise de ces solutions en 2019 et a rencontré divers aléas techniques liés à l’utilisation du creuset froid. L’ASN sera vigilante à la fin de reprise de ces solutions, prévue en 2020.

Les échéances des projets de reprise et conditionnement des déchets anciens

L’ASN a encadré par des prescriptions l’ensemble des programmes de reprise et conditionnement des déchets anciens de La Hague, par décision n° 2014-DC-0472 du 9 décembre 2014. Cette décision définit les priorités en matière de sûreté des opérations de RCD et fixe des jalons pour chacun des programmes concernés.

Le calendrier initialement prévu pour la reprise de ces déchets a fortement dérivé et a continué de dériver ces dernières années. L’ASN a examiné les reports d’échéances demandés par Orano Cycle ainsi que leurs justifications ; elle estime que les retards doivent être accompagnés de mesures compensatoires permettant de réduire le risque à un niveau aussi bas que possible, car les bâtiments dans lesquels ces déchets anciens sont entreposés ne répondent pas aux standards de sûreté actuels. Ainsi, l’ASN estime que les projets de reprise et de conditionnement de déchets doivent être gérés de façon exemplaire et dans des référentiels robustes, qui permettent une mise en œuvre des solutions de reprise rapide, afin de minimiser les risques le plus tôt possible. À ce titre, l’ASN considère qu’il est nécessaire qu’Orano Cycle apporte des améliorations effectives à la gestion des projets de reprise des déchets anciens produits par le fonctionnement de l’usine UP2-400, notamment ceux concernant les boues entreposées dans les silos de STE2, les déchets du silo HAO et ceux du silo 130.

En 2019, l’ASN a instruit des demandes de report d’échéances pour la reprise des solutions anciennes de produits de fission stockées dans l’unité SPF2, des déchets du silo 130, du silo HAO et des piscines du SOC. L’ASN a modifié l’échéance de fin de reprise des solutions anciennes de produits de fission stockées dans l’unité SPF2 à fin décembre 2020 par la décision n°2019-DC-0665 du 9 avril 2019. La nouvelle échéance de début de reprise des déchets du silo 130 est fixée au 29 février 2020 par la décision n°2019-DC-0682 du 12 novembre 2019. Enfin, l’ASN a reporté à juin 2022 l’échéance fixant le début de reprise des déchets du silo HAO et des piscines du SOC.

Compte tenu des difficultés dans les projets de reprise et conditionnement des déchets, l’ASN a entamé une démarche exploratoire de contrôle de l’avancement des projets de reprise des déchets anciens et de démantèlement de La Hague, qui a intégré une auto évaluation de l’exploitant et une inspection de revue en fin d’année 2019. L’ASN constate que l’exploitant a défini une méthodologie de gestion de projets satisfaisante, mais que des progrès sont nécessaires dans la conduite de ces projets, afin que les échéances soient respectées.

Surveillance renforcée

En 2019, l’ASN a décidé de placer sous surveillance renforcée la centrale nucléaire de Flamanville, à la suite des difficultés rencontrées par EDF sur cette centrale depuis mi-2018. À la suite de la convocation du directeur de la centrale, EDF a transmis à l’ASN un plan d’action visant à renforcer la maîtrise et le contrôle des activités d’exploitation. L’ASN effectuera un suivi particulier de ce plan d’action et renforcera son contrôle en 2020.En 2019, l’ASN considère que les performances de l’établissement Orano Cycle La Hague sont satisfaisantes pour ce qui concerne la sûreté nucléaire, la radioprotection et la protection de l’environnement.

Appréciations 2019

Concernant la sûreté nucléaire, l’ASN relève une amélioration, à conforter, dans la maîtrise des contrôles et essais périodiques, résultant de la prise en compte du retour d’expérience des événements significatifs déclarés ces dernières années. Toutefois, l’ASN a constaté plusieurs dépassements de la périodicité des contrôles, liés à des faiblesses organisationnelles relatives à leur intégration dans l’outil de suivi.

L’exploitant devra également améliorer significativement son organisation quant à la gestion des risques impliquant des substances dangereuses. L’ASN a constaté, lors de plusieurs inspections, des insuffisances en matière de prévention des accidents majeurs mettant en jeu des substances dangereuses et un manque de moyens pour maîtriser la conformité des installations classées pour la protection de l’environnement de l’établissement.

L’ASN estime que l’exploitant doit poursuivre les efforts engagés pour la surveillance des intervenants extérieurs, notamment par l’amélioration de la méthodologie d’élaboration des plans de surveillance et la formalisation des supports de surveillance. L’ASN note qu’un plan d’action a été engagé par l’exploitant à ce sujet et sera vigilante au déploiement de nouvelles pratiques en 2020.

L’ASN considère que l’organisation de l’exploitant concernant le risque d’incendie est satisfaisante. Orano Cycle devra cependant veiller à l’adéquation entre les délais d’intervention en cas d’incendie prévus dans sa démonstration de sûreté nucléaire et ceux observés lors d’exercices. De plus, l’exploitant devra améliorer la priorisation des interventions des équipes de lutte contre l’incendie. L’ASN restera attentive, en 2020, à la cohérence entre les gestes d’intervention à accomplir et les moyens humains mobilisés sur le site.

En matière de radioprotection, l’ASN relève que l’organisation du site de La Hague et les résultats obtenus sont satisfaisants, notamment vis‑à‑vis de l’optimisation de la dosimétrie des interventions. Toutefois, les contrôles menés par sondage ont révélé des retards de réalisation des contrôles techniques de radioprotection, ainsi que des manques de rigueur dans la tenue des registres d’entrée en zones orange et rouge et le suivi des balises mobiles de radioprotection.

L’ASN considère l’organisation de l’exploitant satisfaisante pour la protection de l’environnement. Orano Cycle devra néanmoins apporter plus de rigueur à la gestion des déchets dans les ateliers, particulièrement concernant les conditions d’entreposage et les contrôles radiologiques.

Concernant la conduite des projets de démantèlement et de reprise et de conditionnement des déchets anciens, l’ASN considère que l’organisation et la gestion des projets doivent faire l’objet d’améliorations structurantes afin que les échéances des engagements pris par Orano, transcrites dans des prescriptions de l’ASN ou des décrets, soient respectées. L’ASN relève positivement la prise en compte du retour d’expérience issu du projet silo 130, afin d’améliorer la réalisation des essais importants pour la sûreté du projet silo HAO et la maîtrise des risques d’incendie du projet concernant la reprise des déchets anciens du silo 115. Cependant, les efforts doivent être accentués et élargis. Orano devra prendre toutes les dispositions pour allouer les ressources nécessaires, qu’elles soient internes ou externes, sur le moyen et le long terme, afin de garantir l’efficacité de la gestion de ses projets. De plus, l’ASN s’assurera qu’Orano justifie rigoureusement les changements de scénarios et les durées des opérations associées et sera vigilante quant à la rigueur dans la conduite des projets.

Les installations arrêtées, en démantèlement :

INB 80 : atelier haute activité oxyde (HAO)

  • HAO/Nord : atelier de déchargement sous eau et d’entreposage des éléments combustibles usés
  • HAO/Sud : atelier de cisaillage et de dissolution des éléments combustibles usés

INB 33 : usine UP2‑400, première unité de retraitement

  • HA/DE : atelier de séparation de l’uranium et du plutonium des produits de fission
  • HAPF/SPF (1 à 3) : atelier de concentration et d’entreposage des produits de fission
  • MAU : atelier de séparation de l’uranium et du plutonium, de purification et d’entreposage de l’uranium sous forme de nitrate d’uranyle
  • MAPu : atelier de purification, de conversion en oxyde et de premier conditionnement de l’oxyde de plutonium
  • LCC : laboratoire central de contrôle qualité des produits
  • ACR : atelier de conditionnement des résines

INB 38 : installation STE2, collecte, traitement des effluents et entreposage des boues de précipitation et atelier AT1, installation prototype en cours de démantèlement

INB 47 : atelier ÉLAN IIB, installation de recherche en cours de démantèlement

Les installations en fonctionnement :

INB 116 : usine UP3-A

  • T0 : atelier de déchargement à sec des éléments combustibles usés
  • Piscines D et E : piscines d’entreposage des éléments combustibles usés
  • T1 : atelier de cisaillage des éléments combustibles, de dissolution et de clarification des solutions obtenues
  • T2 : atelier de séparation de l’uranium, du plutonium et des produits de fission, et de concentration/entreposage des solutions de produits de fission
  • T3/T5 : ateliers de purification et d’entreposage du nitrate d’uranyle
  • T4 : atelier de purification, de conversion en oxyde et de conditionnement du plutonium
  • T7 : atelier de vitrification des produits de fission
  • BSI : atelier d’entreposage de l’oxyde de plutonium
  • BC : salle de conduite de l’usine, atelier de distribution des réactifs et laboratoires de contrôle de marche du procédé
  • ACC : atelier de compactage des coques et embouts
  • AD2 : atelier de conditionnement des déchets technologiques
  • ADT : aire de transit des déchets
  • EDS : entreposage de déchets solides
  • D/E EDS : désentreposage/entreposage de déchets solides
  • ECC : ateliers d’entreposage et de reprise des déchets technologiques et de structures conditionnés
  • E/EV sud‑est : atelier d’entreposage des résidus vitrifiés
  • E/EV/LH et E/EV/LH 2 : extension de l’entreposage des résidus vitrifiés

INB 117 : usine UP2‑800

  • NPH : atelier de déchargement sous eau et d’entreposage des éléments combustibles usés en piscine
  • Piscine C : piscine d’entreposage des éléments combustibles usés
  • R1 : atelier de cisaillage des éléments combustibles, de dissolution et de clarification des solutions obtenues (incluant l’URP : atelier de redissolution du plutonium)
  • R2 : atelier de séparation de l’uranium, du plutonium et des produits de fission et de concentration des solutions de produits de fission (incluant l’UCD : unité centralisée de traitement des déchets alpha)
  • R4 : atelier de purification, de conversion en oxyde et de premier conditionnement de l’oxyde de plutonium
  • SPF (4, 5, 6) : ateliers d’entreposage des produits de fission
  • BST1 : atelier de deuxième conditionnement et d’entreposage de l’oxyde de plutonium
  • R7 : atelier de vitrification des produits de fission
  • AML – AMEC : ateliers de réception et d’entretien des emballages

INB 118 : installation STE3, collecte, traitement des effluents et entreposage des colis bitumés

  • D/E EB : entreposage des déchets alpha
  • MDS/B : minéralisation des déchets de solvant
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Date de la dernière mise à jour : 02/09/2020