Centrale nucléaire EPR de Flamanville

L'ASN assure le contrôle des installations nucléaires de base (INB), depuis leur conception jusqu'à leur démantèlement. Elle contrôle en particulier la construction du réacteur EPR (INB n°167) actuellement en cours à Flamanville.

Réacteurs de 1600 MWe - EDF

Installation contrôlée par

la division de Caen

Le réacteur EPR est un réacteur à eau sous pression  dont la conception, en évolution par rapport à celle des réacteurs actuellement en fonctionnement en France, est destinée à répondre à des objectifs de sûreté renforcés.

Historique et situation actuelle :

Après la délivrance du décret d’autorisation de création et du permis de construire, la réalisation du réacteur 3 de Flamanville a débuté au mois de septembre 2007. Les premiers coulages du béton pour les bâtiments de l’îlot nucléaire ont été réalisés en décembre 2007. Depuis, les travaux de génie civil (gros œuvre) se sont poursuivis et sont quasiment achevés. En 2014 et 2015, EDF a achevé les travaux de construction de l’enceinte interne puis de l’enceinte externe du bâtiment destiné à abriter le réacteur. La mise en place des composants (canalisations, pompes, câbles et armoires électriques et de contrôle-commande…) se poursuit dans les différents bâtiments. En 2014, les premiers gros composants (cuve, générateurs de vapeur,…) du circuit primaire principal ont été introduits dans le bâtiment réacteur et soudés aux tuyauteries principales du circuit. Les montages mécaniques se poursuivent en 2016 et EDF prépare les premières grandes phases des essais de démarrage.

Le 19 mars 2015, l’ASN a reçu le dossier de demande d’autorisation de mise en service de Flamanville 3. Ce dossier a été transmis par EDF conformément à l’article 20 du décret n°2007-1557. Il contient un rapport de sûreté, des règles générales d’exploitation, une étude sur la gestion des déchets, un plan de démantèlement, un plan d’urgence interne et une mise à jour de l’étude d’impact. La mise en service de l’installation correspond à l’introduction du premier assemblage combustible dans la cuve du réacteur. Elle est soumise à la délivrance préalable par l’ASN de l’autorisation de mise en service de l’installation. Le même jour, EDF a déposé auprès de l’ASN le dossier de demande d’autorisation de mise en service partielle (étape qui correspond à l’introduction du combustible dans le périmètre INB de Flamanville 3).

L’ASN considère que les deux dossiers remis par EDF sont recevables. L’ASN considère toutefois qu’ils doivent être complétés afin que leur instruction technique puisse être menée. L’ASN a ainsi notifié à EDF ses conclusions et a dressé la liste des compléments, corrections et justifications attendus sur les différentes pièces constitutives, par lettre du 12 juin 2015, pour le dossier de demande d’autorisation de mise en service et par lettre du 13 juillet 2015 pour le dossier de demande d’autorisation de mise en service partielle. Dans l’attente des compléments, le délai d’instruction prévu par la réglementation est suspendu pour ces deux dossiers.

Le contrôle par l’ASN :

Le contrôle par l’ASN porte sur différents champs :

  • le contrôle de la construction, de la fabrication et de la qualification des équipements de l’EPR,
  • l’évaluation de la conformité des équipements sous pression nucléaires, en particulier en ce qui concerne la conception, les opérations de fabrication, de montage, d’installation et de mise en service;
  • le contrôle des essais de démarrage réalisés sur site,
  • l’instruction technique de la conception du réacteur et de ces équipements, en particulier l’instruction des documents transmis dans le cadre de la demande de mise en service du réacteur,
  • l’évaluation de la préparation de l’entité responsable de l’exploitation (le CNPE de FLA3) à la future exploitation du réacteur.

Ce contrôle s’exerce à travers un examen de la documentation technique et la réalisation d’inspections sur le site, dans les services centraux d’EDF ou chez les fabricants d’équipements.

L’ASN poursuit actuellement ce contrôle afin de se positionner sur la demande de mise en service du réacteur.

Sur le chantier de la construction de Flamanville 3, plus des deux tiers des inspections effectuées portent sur des thèmes techniques adaptés à l’avancement du chantier et aux activités en cours (génie civil, montage mécanique, systèmes électriques, essais de démarrage). Les autres inspections portent sur des thèmes transverses (préparation à l’exploitation, organisation pour la radioprotection des travailleurs, protection de l’environnement, etc.).Ces inspections sont soit annoncées à l’exploitant soit réalisée de manière inopinée.

Sur le chantier de construction, l’ASN a réalisé 20 inspections d’EDF en 2015 (dont 3 inopinées). Ces inspections ont porté en particulier sur les thèmes techniques suivants :

  • le génie civil, notamment les activités de mise en précontrainte de l’enceinte interne ;
  • les activités de montage mécanique, y compris les activités de soudage des tuyauteries, dont celles du circuit primaire principal du réacteur ;
  • les activités de montage des systèmes électriques ;
  • l’organisation définie pour la réalisation des essais de démarrage du réacteur ;
  • les contrôles non-destructifs et la radioprotection des travailleurs ;
  • l’organisation et le management de la sûreté au sein du chantier et au sein de l’équipe ayant vocation à assurer l’exploitation future du réacteur ;
  • la protection de l’environnement.

L’ASN exerce également son contrôle au titre de l’inspection du travail. L’ASN réalise des inspections inopinées portant sur les thèmes de la santé et de la sécurité au travail et de l’application de la législation du travail. L’ASN travaille en étroite collaboration avec les autres services de l’État.

L’ASN mène également un contrôle au niveau des services d’ingénierie en charge de la réalisation et de la surveillance des études de conception détaillée et de la surveillance des activités de qualification et de fabrication et y réalise régulièrement des inspections.

En ce qui concerne la fabrication des équipements sous pression nucléaires, l’ASN et les organismes agréés examinent la documentation technique relative à la conception et à la fabrication des ESPN, et surveillent la fabrication de ces équipements, en particulier dans les usines du fabricant Framatome, ainsi que de ses fournisseurs et de leurs sous-traitants

Appréciations 2017

Après délivrance du décret d’autorisation de création n° ­2007-534 du 10 avril 2007 et du permis de construire, les travaux de construction du réacteur Flamanville 3 ont débuté au mois de septembre 2007.

En 2017, les activités de montage mécanique se sont poursuivies avec notamment l’installation des équipements des circuits secondaires principaux de la chaudière nucléaire, des soupapes de protection du circuit primaire principal, des circuits auxiliaires nucléaires, des traversées mécaniques de l’enceinte de confinement, des circuits de traitement des effluents ainsi que des équipements nécessaires au fonctionnement des groupes électrogènes de secours. Par ailleurs, les opérations de tirage de câbles et de raccordement électrique se sont intensifiées. Enfin, les essais de démarrage des systèmes sont entrés dans une phase d’essais d’ensemble avec les « chasses en cuve », une partie des « essais fonctionnels cuve ouverte » et le début des « essais à froid[1] » de la chaudière nucléaire. L’ASN a assuré un contrôle spécifique de ces opérations et a également examiné la radioprotection des travailleurs, la protection de l’environnement et la préparation à l’exploitation du réacteur.

L’ASN considère que l’organisation mise en place par EDF est perfectible notamment dans les domaines suivants :

  • l’absence de prise en compte des exigences spécifiques à la démarche d’exclusion de rupture préalablement au montage des circuits secondaires principaux et des écarts significatifs rencontrés sur ces activités,
  • la rigueur de la documentation des essais de démarrage et l’information de l’ASN sur l’avancement de ces essais et les écarts rencontrés,
  • la protection de l’environnement.

Par ailleurs, le délai de traitement des écarts doit s’améliorer et permettre le traitement de l’ensemble des écarts avant l’éventuelle mise en service du réacteur.

Enfin, la préparation du futur exploitant du réacteur EPR doit s’accélérer au vu du planning actuel d’EDF.

Les montages électromécaniques se sont poursuivis en 2017 et ont amené EDF à déclarer 2 événements significatifs pour la sûreté relatifs au montage des circuits secondaires principaux. Le premier événement relatif à la détection de plusieurs écarts ayant notamment pour origine un manque de culture sûreté des intervenants en charge de ces activités, l’ASN a contrôlé l’identification des causes profondes et la mise en œuvre d’actions correctives appropriées avant la reprise des activités. Le second événement relatif à l’absence de prise en compte des exigences spécifiques de la démarche d’exclusion de rupture préalablement à la fabrication et au montage des équipements est en cours d’instruction par l’ASN. Par ailleurs, EDF doit renforcer sa surveillance des écarts détectés par les intervenants extérieurs en charge des montages mécaniques et s’assurer de leur traitement approprié préalablement aux essais de démarrage et, en tout état de cause, avant l’éventuelle mise en service du réacteur.

Au vu des délais annoncés par EDF pour la mise en service du réacteur et à la suite d’écarts rencontrés en 2016 et 2017 lors de la conservation et la mise en service d’échangeurs de chaleur neufs, EDF doit rester vigilante à la bonne conservation des équipements déjà installés, en tenant compte des conséquences de la mise en eau des circuits lors des épreuves hydrauliques et des essais de démarrage.

L’ASN a poursuivi son contrôle des essais de démarrage avec notamment la réalisation des premiers essais d’ensemble du réacteur EPR. L’ASN considère que l’organisation mise en œuvre pour la préparation et la réalisation des essais de démarrage s’avère globalement perfectible. EDF doit notamment renforcer la rigueur de renseignement des procédures d’essais et doit s’assurer de la documentation appropriée des écarts rencontrés. Par ailleurs, EDF devra améliorer la qualité de l’information fournie à l’ASN sur le déroulement des essais de démarrage et les écarts détectés lors de ces essais. Enfin, les vérifications de la filière indépendante de sûreté d’EDF devront se renforcer sur ce domaine et mener à des actions d’améliorations effectives.

L’ASN a contrôlé l’organisation d’EDF sur le chantier pour la protection de l’environnement et considère cette organisation perfectible. EDF devra particulièrement améliorer sa surveillance des intervenants extérieurs dans le domaine. Par ailleurs, EDF devra assurer une gestion adaptée des ouvrages de prélèvement d’eaux souterraines et des déchets anciens enfouis découverts sur le site.

L’ASN a renforcé son contrôle de l’organisation mise en œuvre par les équipes chargées de la future exploitation du réacteur Flamanville 3, pour le management de la sûreté, l’élaboration de la documentation d’exploitation et de maintenance, la maîtrise des agressions, la radioprotection des travailleurs, les transports ainsi que pour la préparation à la mise en service partielle du réacteur. L’organisation mise en œuvre par EDF pour la préparation à l’exploitation est perfectible et nécessite un travail conséquent dans un délai court au vu du planning actuel d’EDF.

L’ASN assure les missions d’inspection du travail sur le chantier de Flamanville 3. En 2017, l’ASN a contrôlé le respect par les entreprises intervenant sur le chantier des dispositions relatives aux droits du travail. L’ observation des règles de sécurité applicables ont fait l’objet d’un contrôle régulier ; l’ASN a, sur ces aspects, veillé au renforcement de l’organisation des entreprises relative aux travaux dans les espaces confinés et a appelé l’attention d’EDF sur les efforts à mener pour maintenir une forte vigilance sur les risques de chutes de hauteur et sur l’incidence des essais de démarrage qui entraînent la mise sous tension de circuits ou la mise sous pression d’équipements. Enfin, l’ASN a conduit plusieurs actions de contrôle des dispositions réglementaires régissant les opérations de détachement transnational de travailleurs, les dérogations au repos dominical et les règles de conception des locaux de travail.

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[1] . Essais à froid : ces essais ont pour but de réaliser l’épreuve hydraulique réglementaire du circuit primaire principal

Les principes de contrôle de la construction du réacteur Flamanville n° 3

Le 10 avril 2007, le gouvernement a délivré par décret, après avis de l'ASN, l'autorisation de création du réacteur n°3 du site de Flamanville, réacteur de type EPR (European Pressurized water Reactor).

Le contrôle par l’ASN de la construction du réacteur s’effectue dans le cadre général de la réglementation applicables aux installations nucléaires de base complété par plusieurs décisions de l’ASN concernant spécifiquement le chantier de l’EPR (voir Réglementation).

Dans ce contexte, l'ASN :

  • contrôle la construction du réacteur pour s'assurer que celle-ci permet d'obtenir in fine un réacteur répondant aux exigences fixées à la conception ;
  • prépare l'examen de documents relatifs à la demande d'autorisation de mise en service, prévue par l'article 20 du décret n°2007-1557 relatif aux installations nucléaires de base, et qui pourrait intervenir vers 2011.

Le contrôle par l'ASN de la construction du réacteur Flamanville 3 englobe les activités suivantes :

  1. le contrôle de la construction, de la fabrication et de la qualification des équipements de l’EPR
  2. l’évaluation de la conformité des équipements sous pression nucléaires, en particulier en ce qui concerne la conception, les opérations de fabrication, de montage, d’installation et de mise en service ;
  3. le contrôle des essais de démarrage réalisés sur site ;
  4. l’instruction technique de la conception du réacteur et de ces équipements, en particulier l’instruction des documents transmis dans le cadre de la demande de mise en service du réacteur ;
  5. l’évaluation de la préparation de l’entité responsable de l’exploitation (le CNPE de FLA3) à la future exploitation du réacteur.

Le principe en matière de sûreté nucléaire est la responsabilité première de l'exploitant (EDF).

 
 L'objectif du contrôle de l'ASN est donc de s'assurer qu'EDF exerce pleinement sa responsabilité première et maîtrise :

  • la conformité des études de conception détaillée par rapport aux exigences de sûreté ;
  • la conformité des activités de réalisation des équipements ou de l'installation, pour in fine apprécier la qualité de la réalisation dans son ensemble ;
  • l'impact du chantier vis-à-vis de la sûreté des INB voisines et de l'environnement.

L'ASN assure directement le contrôle de la conception et de la fabrication, notamment par Framatome, des principaux équipements sous pression nucléaires (par exemple : la cuve, les générateurs de vapeur, le pressuriseur).
L'ASN a également en charge la mission d'inspection du travail sur le chantier de construction.

L'ASN exerce son contrôle au travers :

  • d'un examen documentaire des études de conception détaillée ;
  • d'un programme d'inspections concernant à la fois les activités des services d'ingénierie d'EDF, du chantier et des fabricants ;
  • de l'examen du traitement des non-conformités ou anomalies qui peuvent survenir sur un chantier de cette ampleur. En effet, au titre de l'arrêté du 7 février 2012*, les anomalies ou écarts survenant lors de la construction doivent être enregistrés et faire l'objet d'un traitement par l'exploitant.

Dans son activité de contrôle, l'ASN bénéficie de l'appui technique des équipes de l'IRSN.
 
En matière d'inspection du travail, l'inspecteur de l'ASN détermine son contrôle en fonction des éléments portés à sa connaissance, de l'avancement du chantier et des opérations en cours. Ce contrôle s'articule autour de l'instruction de dossiers, de la réalisation d'inspections et des différentes demandes formulées auprès de l'inspecteur du travail.
 
Pour mener à bien le contrôle de la construction, l'ASN s'appuie principalement sur :

  • sa Division territoriale de Caen, où une équipe dédiée mène les inspections sur le chantier et examine le traitement des anomalies ou non-conformités ;
  • sa Direction des Équipements sous Pression nucléaires, où une équipe est en charge du contrôle de la fabrication des équipements sous pression nucléaires ;
  • sa Direction des Centrales Nucléaires, en charge de l'examen de la conception détaillée, des inspections dans les services d'ingénierie d'EDF et de la bonne coordination entre les différentes entités de l'ASN.

Ces activités mobilisent l'équivalent de 15 inspecteurs à temps plein auxquels s'ajoutent les effectifs mobilisés par l'IRSN.

 * Arrêté du 7 février 2012 fixant les règles générales relatives aux installations nucléaires de base

 

Date de la dernière mise à jour : 13/04/2018