L'ASN demande à EDF de renforcer la prévention de la légionellose autour des centrales nucléaires

Publié le 21/06/2006 à 00:00

Note d'information

Dans le cadre du programme gouvernemental de prévention de la légionellose, les pouvoirs publics ont souhaité renforcer la vigilance sur toutes les tours aéroréfrigérantes.

 

L'ASN conduit diverses actions dans ce domaine. En particulier, elle a demandé à EDF de renforcer la prévention des risques liés à la présence de légionnelles dans les circuits de refroidissement des centrales nucléaires.

 

1 – Les causes de la légionellose

 

Les bactéries Legionella sont présentes à l'état naturel dans les eaux douces. Lorsque des conditions favorables à leur développement sont réunies, ces bactéries peuvent coloniser des équipements tels que les réseaux d'eau chaude ou les circuits d'eau des tours aéroréfrigérantes. L'inhalation de micro-gouttelettes d'eau contaminée par les bactéries Legionella peut être la cause d'une infection pulmonaire appelée légionellose. Par contre, la légionellose ne peut pas être contractée par ingestion d'eau contaminée.

 

Toutes les souches de legionella ne sont pas pathogènes pour l'homme. La souche Legionella pneumophila est responsable de plus de 90 % des légionelloses.

 

2 – Les risques associés à la présence de légionelles dans les tours aéroréfrigérantes des centrales nucléaires

 

Onze centrales nucléaires (Belleville, Bugey, Cattenom, Chinon, Chooz, Civaux, Cruas, Dampierre, Golfech, Nogent et Saint-Laurent) sont munies de tours aéroréfrigérantes. Celles-ci permettent d'évacuer dans l'atmosphère, sous forme de vapeur d'eau, une partie de la chaleur produite par les réacteurs et de limiter ainsi l'impact des rejets thermiques sur les rivières. Ces tours, comme toutes les tours aéroréfrigérantes, peuvent contenir des légionelles. Les concentrations en légionelles dans les circuits de refroidissement des centrales nucléaires font l'objet d'une surveillance régulière par EDF.

 

La dose infectante provoquant la légionellose chez l'homme n'est à ce jour pas connue. En outre, on ne sait pas mesurer la quantité de légionelles en suspension dans l'air, mais seulement leur concentration dans l'eau. De ce fait, il n'est pas possible d'établir un lien quantitatif entre le risque sanitaire au voisinage d'une tour aéroréfrigérante et la concentration en légionelles dans les circuits de refroidissement associé à cette tour.

 

Jusqu'à présent, aucune situation de cas groupés de légionellose (c'est-à-dire comportant au moins deux cas susceptibles d'impliquer une source commune potentielle de contamination) n'a été relevé autour des centrales nucléaires. En outre, une étude a montré qu'il n'y a aucune concordance entre les souches de légionelles prélevées dans les circuits des centrales nucléaires, et les souches prélevées sur des malades répertoriées par le Centre national de référence des légionelles de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon.

 

3 – Les dispositions de surveillance et de prévention mises en oeuvre

 

Depuis plusieurs années, EDF conduit des études approfondies pour maîtriser les risques liés aux légionelles dans les centrales nucléaires. Ces études ont été régulièrement présentées aux organismes compétents en matière sanitaire, notamment au Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF).

 

Pour renforcer la prévention du risque de légionellose, l'ASN, en liaison avec la Direction générale de la santé (DGS), a fixé à EDF, par lettre en date du 28 janvier 2005, les niveaux de concentration en légionelles dans les circuits de refroidissement des centrales nucléaires à ne pas dépasser, ainsi que les exigences en matière de surveillance des installations.

 

Il a été tenu compte, pour déterminer ces niveaux, des résultats d'études d'EDF qui montrent que les grandes tours aéroréfrigérantes génèrent, pour une même concentration de légionelles dans les circuits, des concentrations dans l'environnement plus faibles que les tours communément rencontrées dans l'industrie ou le secteur tertiaire.

 

Ainsi, les niveaux de concentration en légionelles à ne pas dépasser dans les circuits de refroidissement des circuits secondaires ont été fixés à 5.106 unités formant colonies (UFC) par litre (unité traduisant le dénombrement des micro-organismes par unité de volume) pour les centrales nucléaires munies de tours aéroréfrigérantes de grande taille (150 m de hauteur environ) et à 5.105 UFC par litre pour la centrale de Chinon (tours de 28 m de hauteur). Les fréquences d'analyse sont adaptées aux concentrations mesurées. Pour les circuits autres que le circuit de refroidissement du circuit secondaire (circuits de climatisation par exemple), il est demandé l'application des prescriptions en vigueur pour les installations classées pour la protection de l'environnement.

 

Les niveaux applicables à la centrale nucléaire de Chinon ont conduit EDF à mettre en place un traitement des circuits par un produit biocide, la monochloramine. Les rejets induits par ce traitement sont réglementés par un arrêté ministériel pris après enquête publique.

 

Aujourd'hui, ces niveaux de concentration en légionelles sont respectés par l'ensemble des centrales nucléaires d'EDF.

 

Cette réglementation a été renforcée par l'arrêté ministériel du 31 janvier 2006 modifiant l'arrêté du 31 décembre 1999 fixant la réglementation technique générale destinée à prévenir et limiter les nuisances et les risques externes résultant de l'exploitation des installations nucléaires de base. Pour les petites tours, elle confirme la nécessité d'appliquer les prescriptions en vigueur pour les installations classées. Pour les grandes tours, la réglementation demande aux exploitants de proposer des dispositions de prévention avant le 1er janvier 2007.

 

Enfin, la DGS, la Direction de la prévention des pollutions et des risques (DPPR), la Direction des relations au travail (DRT) et l'ASN ont conjointement défini l'organisation à mettre en place afin de gérer au mieux la survenue d'une situation de cas groupés de légionellose autour d'installations dotées de tours aéroréfrigérantes, quel que soit le secteur d'activité concerné.

 

4 – Les nouvelles demandes issues de l'expertise de l'AFSSET

 

En liaison avec la DGS et la DPPR, l'ASN a saisi l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET) afin de recueillir son avis sur l'évaluation des risques sanitaires et environnementaux liés à la présence de légionelles dans les circuits de refroidissement des centrales nucléaires.

 

Il s'agissait d'évaluer les études réalisées par EDF et sa stratégie générale en matière de prévention des risques et de surveillance, et le cas échéant d'analyser l'opportunité de réviser les niveaux de concentration à ne pas dépasser.

 

Sur la base d'une première expertise réalisée par l'AFSSET, l'ASN a demandé à EDF, par lettre en date du 16 juin 2006, d'approfondir son analyse sur les points suivants :
- la démonstration du caractère spécifique des grandes tours des centrales nucléaires par rapport aux tours classiques en ce qui concerne les concentrations en légionelles dans l'environnement résultant de la dispersion du panache ;
- le renforcement des dispositions de surveillance des installations ;
- l'examen des moyens permettant de réduire autant que possible le développement des légionelles dans les circuits de refroidissement ;
- l'exploitation des résultats d'études épidémiologiques.

 

Parallèlement, l'AFSSET poursuit son expertise et examine en particulier l'impact sanitaire et environnemental des traitements biocides supplémentaires qui pourraient être mis en oeuvre.

Date de la dernière mise à jour : 18/09/2017