Contrôle n°201

DÉCEMBRE 2016 | N° 201 | CONTRÔLE 49 entre l’ASNet l’ASNDpour ce qui concerne les exercices touchant des installations et activités nucléaires de défense. Tirer les leçons d’un exercice Chaque exercice fait l’objet d’une évalua- tion. La définition d’axes de progrès vise à construire une organisation de gestion de crise toujours plus robuste. Les évalua- tions doivent également permettre de bien identifier les biais de ce type d’exercices: mobilisation immédiate des acteurs par- fois complexe à mettre en œuvre, inter- ventions d’observateurs qui peuvent être perturbantes, questions liées au caractère fictif du scénario. À l’inverse, les niveaux d’efficacité et d’engagement atteints en exer- cice n’atteignent pas ceux que l’on observe pour les situations réelles. L’évaluation des exercices fait également l’objet d’une information auprès de la com- mission locale d’information (CLI) lorsque l’exercice concerne un site nucléaire. Apprendre aussi des situations d’urgence réelles Retour sur l’accident du four de fusion de l’installation Centraco Une expérience des plus marquantes pour la division de Marseille a été le déclenche- ment, le 12 septembre 2011 à 12h40, du système national de crise par le CEA sur le site de Marcoule, à la suite du déclen- chement à 12h d’un PUI dans l’installa- tion Centraco exploitée par Socodei, une filiale d’EDF. Deux agents de la division de Marseille de l’ASN se sont alors immédia- tement rendus à la préfecture du Gard, à Nîmes, et deux autres sur le site. La CLI a été très rapidement informée de la situation. Au cours de leur trajet, les agents ont pu échanger par téléphone sur les premiers éléments concernant l’accident. Alors qu’aucune communication officielle n’avait encore été émise, une information non officielle a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Les premières dépêches, tombées dès 13h30, ont fait l’objet de « flashs » sur les chaînes d’information, indiquant qu’une explosion au niveau du four de fusion de l’INB avait fait plusieurs victimes (un mort et des blessés). À leur arrivée au centre de crise de la pré- fecture du Gard, les deux agents de la divi- sion de Marseille ont intégré une équipe restreinte et efficace . Aucun scénario acci- dentel de Centraco ne justifie la prise en compte de cette installation dans l’identi- fication d’actions incombant aux pouvoirs publics dans le PPI de la plateforme de Marcoule. Toutefois, du fait de la nature de l’accident, il était nécessaire de fournir des informations claires à la population concernant les conséquences de l’accident. L’accident a rapidement été maîtrisé et les victimes prises en charge, mais aucune action de protection des populations n’a été requise. En raison d’une sensibilité médiatique forte (l’accident a eu lieu près de sixmois après l’accident de Fukushima), les heures qui ont suivi ont principalement été consacrées à fournir l’appui nécessaire au préfet du Gard pour expliquer la situa- tion, l’accompagner dans sa démarche d’in- formation des publics. L’inquiétude de la population était forte, et la confiance en la communication institutionnelle limitée. De plus, l’évocation d’un « four de fusion » a laissé penser que l’activité de l’installation concernée était proche du phénomène de fusion qui a lieu dans le cœur de réacteur nucléaire, alors qu’il s’agissait en réalité d’un procédé de fonderie opérant sur des déchets métalliques de faible activité. Le déplacement de Nathalie Kosciusko- Morizet, alors ministre en charge de l’éco- logie, devant le site de Centraco a rassuré les riverains sur le fait qu’il s’agissait d’un accident conventionnel sans conséquence radiologique sur les populations. L’ organisation de crise mise en place, assez spécifique compte tenu de l’absence de scénario PPI pour cette installation, a montré une réelle efficience avec des discussions précises et efficaces. Après la phase d’urgence, les conséquences de l’accident ont nécessité une mobilisation forte de la division durant les semaines qui ont suivi. En outre, afin de s’assu- rer que le retour d’expérience de l’acci- dent avait été tiré par l’exploitant, l’ASN a subordonné le redémarrage des fours de fusion et d’incinération à son accord préalable. Depuis, le redémarrage du four d’incinération a été autorisé en 2012, celui du four de fusion en 2015. Autres événements ayant nécessité l’intervention de la division Si les accidents dans le domaine de l’in- dustrie nucléaire restent heureusement rares, de nombreux événements peuvent nécessiter de mobiliser la division. S’ils présentent de moindres risques pour les populations, il apparaît néanmoins que, dès lors qu’une situation concerne un risque nucléaire, son impact médiatique potentiel doit être pris en compte rapide- ment afin de préparer les acteurs locaux aux éventuelles sollicitations. Plusieurs exemples illustrent cet état de fait. Ainsi, en septembre 2012, le vol dans les Bouches-du-Rhône, d’un camion de livraison contenant des téléphones haut de gamme avait a priori peu de chance de concerner la division. C’était sans comp- ter sur la présence, dans ce même camion, d’un colis contenant une source destinée au centre CEA de Cadarache. Dans ces circonstances, la recherche de la source dans les débris du camion, retrouvé tota- lement calciné, a été réalisée sur le site de Cadarache. La source a ainsi pu être récupérée. Découverte d’un fût de minerai d’uranium dans unemaison duGard, d’une collection de sources radioactives chez un particulier dans le Var, ou encore d’un pot de pein- ture contenant des substances radioactives dans l’enceinte d’un institut médico-édu- catif des Alpes-Maritimes: autant de cas traités par la division en lien avec les pré- fectures et services départementaux d’in- cendie et de secours concernés. Il ressort de ces événements qu’il est impor- tant de communiquer très rapidement avec la préfecture pour, d’une part, pro- céder dans les meilleures conditions aux interventions nécessaires et, d’autre part, la préparer à répondre aux éventuelles sol- licitations médiatiques. Notons également qu’au cours de ces différentes situations d’urgence, l’ASN a été informée efficace- ment, notamment par son numéro vert. Conclusion Les différents exercices de crise comme les situations d’urgence réelles montrent l’importance d’une bonne connaissance mutuelle des acteurs locaux impliqués dans la gestion de crise. Une bonne coordination dans lamise enœuvre des plans de secours et dans l’information des populations est primordiale. Les crises pouvant toucher un champ large d’activités nucléaires, certes à des degrés divers, chaque département doit être préparé à l’éventualité d’une crise nucléaire. Les exercices de crise et les situa- tions réelles à moindre enjeu permettent ainsi aux divisions de sensibiliser les interlocuteurs locaux à la gestion de crise nucléaire, tout en maintenant les compé- tences de la division en la matière.

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