Livre blanc du Tritium

8 Groupes de réflexion tritium - Synthèse des travaux et recommandations L’ACRO rapporte qu’une bioconcentration (d’un facteur 2 à 7) a été mise en évidence dans une étude commune EDF – IRSN plus ancienne (années 1981-1985), sur un petit nombre d’échantillons disponibles de mollusques, de crustacés et de poissons. L’ACRO souligne, à partir des mesures effectuées sur les organismes marins de la baie de Cardiff, que les algues s’avèrent être de mauvais indicateurs pour suivre une contamination tritium de la faune en milieu marin, les concentrations en tritium étant nettement plus élevées (facteur supérieur à 10) dans les poissons que dans les algues. Elle indique que le choix de l’IRSN et d’AREVA en faveur de mesures dans les algues comme support de surveillance n’est pas le plus approprié pour identifier des phénomènes de concentration dans les organismes marins. L’ACRO souligne encore le nombre très limité de mesures effectuées entre 2000 et 2009 autour de La Hague sur des produits marins consommables (poissons plats, crustacés, mollusques, …). • Pour ce qui concerne le milieu terrestre, le CEA a présenté les mécanismes d’incorporation de l’eau tritiée dans les végétaux en s’appuyant sur les travaux effectués au sein de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Le CEA a rapporté également les résultats de mesures de surveillance du site de Valduc réalisées par le CEA et, en parallèle mais indépendamment, fournis par la SEIVA (association locale). L’activité de l’eau de combustion de la matière organique des végétaux se situe entre l’activité de la vapeur d’eaude l’air et l’activité de l’eaudu sol. Pour leCEA, il n’apparait pas de phénomène de concentration dans la matière organique. Selon le CEA, les calculs retenus par l’AIEA pourraient être pénalisants en surestimant la concentration de l’eau libre des végétaux. • Enfin, dans les sédiments de cours d’eau impactés par des rejets de l’industrie horlogère, des concentrations en tritium organique élevées sont mesurées, avec des teneurs en tritium organiquement lié (TOL), rapportées à celle de l’eau de rivière sous la forme HTO, variant par des facteurs compris entre 1000 et 10000. En conclusion, le groupe considère que seules des campagnes de mesures environnementales appropriées, définies selon une approche scientifique, permettront de lever les doutes et d’apprécier les différents facteurs en jeu, notamment la répartition du tritium entre les différents compartiments (y compris la matière organique des sédiments) et, pour les espèces vivantes, de mieux définir les composantes libre et organiquement liée du tritium. Pour ce qui est du milieu marin, ces campagnes devront porter sur un nombre suffisant d’échantillons de produits marins consommables appartenant à différents niveaux trophiques (poissons plats, crustacés, mollusques, …). Des publications anciennes sur des données environnementales (années 1970 – 1980) suggèrent que le tritium pourrait se bioamplifier dans certaines chaînes trophiques aquatiques et donc que la voie nutritionnelle est prépondérante sur la voie directe (eau). Depuis, les travaux de recherche sur ce sujet sont devenus très rares. Les études réalisées à l’échelle internationale ont récemment fait l’objet de synthèse au niveau de l’AIEA (programme EMRAS 20062009) et de proposition de modèle de calcul (TRS N°472 et Tecdoc n°1616). Ces modèles prennent aujourd’hui explicitement en compte la matière organique tritiée élaborée à partir de l’eau tritiée (marquage d’un bol alimentaire), ce qui ne conduit pas à une augmentation des concentrations dans les niveaux trophiques supérieurs. Ceci ne préjuge cependant pas des transferts et incorporation suite à des rejets de molécules organiques tritiées particulières. Le rapport de synthèse IRSN DEI 2009-05 précise que « sur la base des connaissances disponibles et dans les conditions d’activités environnementales “normales”, il n’y a pas de phénomène identifié comme susceptible d’engendrer à terme une “bioaccumulation” significative et aucune mesure en attestant. » Ce rapport mentionne cependant que « dans les organismes animaux, il existe peu de données au regard de la complexité (nombre de processus impliqués, interactions et variabilité en fonction de l’espèce, de l’âge et des aliments)». Le groupe souligne le caractère encore fragmentaire des connaissances actuelles sur la rémanence et le comportement du tritium dans les sédiments et la nécessité de vérifier expérimentalement, par le biais d’études ciblées multidisciplinaires, sur la base de protocoles rigoureux, les hypothèses suggérées par les travaux anciens, et notamment l’influence possible de l’activité des microorganismes au niveau des sédiments aquatiques sur la remobilisation du tritium organique dans les organismes animaux aquatiques. D’une façon générale, les données scientifiques relatives à la transformation du tritium sous forme d’eau tritiée en tritium organique au long de la chaîne alimentaire devraient être renforcées ; des estimations quantitatives fiables sont nécessaires. 2 3 Métrologie Lorsqu’on parle de tritium il est impératif de préciser de quelle forme il s’agit (HTO, HT, TOL) et, même au sein des TOL, il faut clairement définir si on parle de la chaine alimentaire ou d’une molécule marquée à des fins de recherche. Une des raisons des divergences des résultats de mesures et de leur interprétation réside dans les difficultés de métrologie et de représentativité des mesures et finalement de l’absence de protocole normalisé. Une clarification méthodologique est nécessaire pour pouvoir comparer les mesures de tritium dans l’environnement. La Commission d’ETAblissement des Méthodes d’Analyse (CETAMA), groupe de travail français qui a pour mission d’améliorer la qualité des mesures, enorganisant des collaborations entre laboratoires, a fait lepoint sur la mesure du tritium. En pratique, la surveillance environnementale de routine actuelle en France ne porte que sur la mesure du tritium libre (HTO). La CETAMA travaille actuellement à la validation (exercice d’inter comparaison 2009-2010) des méthodes de mesure du tritium organique lié total. La validation de la mesure du TOL non échangeable (TOL NE) est prévue au plus tôt pour dans 5 ans. Ce type de mesure en routine pose encore des problèmes métrologiques (test de séparation TOL-E et TOL-NE encore peu fiable, temps d’analyse de quelques jours,) et ne fait pas l’unanimité : la CETAMA est d’avis que des recherches sont nécessaires pour améliorer cette mesure afin de mieux connaître les différents facteurs de transfert dans l’environnement. Le groupe de réflexion s’est accordé sur la nécessité de poursuivre ce travail de validation et de normalisation des méthodes et protocoles de mesure et échantillonnage (« être sûr de ce qu’on mesure »), et de le conduire dans un cadre international. 2 3 1 Nature des rejets Une autre question reste ouverte : en dehors des industries de synthèse de molécules marquées, existe-t-il d’autres sources de rejets de tritium sous forme organique ? Le rapport IRSN précité souligne l’existence générale de lacunes sur la présence de molécules marquées de haute activité spécifique, sur leur devenir et donc sur les conséquences en terme d’accumulation du tritium. Selon l’IRSN, réaliser des études de métrologie des différentes formes physico-chimiques (spéciation) sous lesquelles le tritium organique est susceptible d’atteindre l’homme est prioritaire.

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