Livre blanc du Tritium

9 Groupes de réflexion tritium - Synthèse des travaux et recommandations AREVA estime pour ce qui le concerne qu’après plus de 10 ans d’exploitation de la charge du solvant de ses usines, aucun transfert du tritium des zones tritiées vers les zones non tritiées via le solvant n’a été constaté et, sur la base des facteurs de concentration observés dans les algues, mollusques, crustacés et poissons, en conclut que la forme chimique des rejets est essentiellement HTO. Vu la grande diversité des molécules organiques tritiées, le groupe s’accorde sur la nécessité d’être prudent dans les conclusions et les extrapolations et de procéder à une spéciation chimique des rejets des sites potentiellement concernés. 2 4 La question des effets du tritium sur la santé 2 4 1 Pertinence du concept de dose moyenne à l’organe Les effets du rayonnement bêta du tritium doivent-ils être réévalués ? La question provient du fait que l’isotope tritium présente quelques spécificités : le parcours des électrons est très court (inférieur au diamètre de la cellule et même du noyau cellulaire) et la densité d’ionisation élevée, ce qui, si les molécules tritiées se trouvent dans le noyau cellulaire, est susceptible de provoquer des dommages en grappes au niveau de l’ADN. Deux autres phénomènes contribuent aussi à renforcer localement les effets du tritium : sa transmutation in situ en hélium et l’enrichissement en eau tritiée de l’eau d’hydratation de l’ADN (« buried tritium » ou « effet isotopique »). L’ensemble de ces effets physico-chimiques conduit à des lésions, qui peuvent conduire à leur tour à l’apparition de mutations dans l’ADN. Si la distribution de la dose est relativement homogène quand le tritium est sous forme d’eau tritiée, elle est par contre hétérogène lorsque celui-ci est incorporé dans l’ADN ou les histones. La question se pose dès lors de la pertinence du concept de dose moyenne à l’organe comme indicateur de risque. Autrement dit, les doses calculées selon la méthode classique (en utilisant les facteurs de conversion Sv/Bq de la CIPR) pourraient conduire à une estimation incorrecte du risque. Il serait utile pour comparer les études sur les effets biologiques et sur la santé d’harmoniser les méthodes permettant d’évaluer la dose, ceci à différentes échelles (cellules et organes), en fonction de la forme de tritium, de la voie et durée d’exposition et du délai avant analyse. Ces incertitudes et lacunes rendent nécessaires des recherches complémentaires sur l’efficacité biologique du tritium, en particulier pendant les divers stades de la grossesse. Dans son récent rapport6, l’IRSN, tout en estimant que « l’approche dosimétrique du risque est considérée comme robuste et place le tritium parmi les radionucléides les plus faiblement radiotoxiques », indique que « des données sur le métabolisme et les effets biologiques associés au tritium organique en situations d’expositions environnementales font défaut » et qu’il convient de conduire des études radiobiologiques expérimentales sur différentes formes de TOL, avec unplateau technique adapté, dans un cadre de coopérations à l’échelle de l’Europe. Le groupe s’accorde sur la nécessité de compléter les connaissances sur les effets du tritium, en s’appuyant sur desméthodes récentes qui permettent de caractériserdemanière rigoureuse les formesphysicochimiques utilisées (en couvrant une échelle de concentration incluant celle des rejets industriels) et les mécanismes biologiques en jeu, en ne se limitant pas à l’aspect de la cancérogenèse et en mettant l’accent sur l’âge au moment de l’exposition et sur les différences entre expositions accidentelles et chroniques. 2 4 2 La question du wR et de l’EBR Pour rappel, le facteur de pondération pour les rayonnements (wR) est utilisé en radioprotection pour tenir compte de l’effet du type de rayonnement dans le cadre de l’induction d’effets stochastiques à long terme tels que le cancer ou les effets héréditaires. Les avis du groupe sont partagés quant à la nécessité d’en augmenter la valeur (actuellement prise égale à 1) pour le tritium. Contrairement aux conclusions du rapport britannique AGIR en 2007 et des experts de l’article 31 du traité EURATOM (cf séminaire scientifique de 2007), la CIPR a maintenu récemment son choix en faveur d’un facteur de pondération pour les rayonnements de 1 pour le tritium et les émetteurs bêta de faible énergie, compte tenu, d’une part des incertitudes et, d’autre part, des objectifs purement prospectifs du système de radioprotection et de la priorité à mettre sur l’optimisation et les contraintes de dose. L’IRSN considère que l’EBR du tritium pour les effets stochastiques, à partir duquel le facteur de pondération wR est proposé, est plus proche de 2 que de 1, mais estime que le choix d’un facteur de pondération wR de 2 plutôt que 1 n’a qu’une importance mineure dans les situations de routine et n’est à prendre en compte que dans des situations d’évaluation de risque individuel. Cet avis n’est pas partagé par l’ACRO et l’ANCCLI qui plaident au contraire, par application du principe de précaution, pour un facteur de pondération de 5. Il n’y a pas de consensus sur ce point au sein du groupe. 2 4 3 Les études épidémiologiques Une revue de la littérature montre que les études sur travailleurs exposés ne mettent pas en évidence d’excès de risque de cancer. Cependant, leur robustesse est limitée par la faible puissance statistique et/ou le manque d’information sur la dose tritium. Il convient de noter que les doses tritium enregistrées sont de l’ordre d’une dizaine de mSv ce qui implique des cohortes très importantes pour mettre en évidence une différence statistique significative entre exposés et témoins. Une approche internationale coordonnée s’appuyant sur des évaluations dosimétriques standardisées serait nécessaire. En France, la création d’une base de données tritium serait un préalable indispensable à la prise en compte du tritium dans le cadre d’études épidémiologiques. Il existe par ailleurs très peu d’études se rapportant aux effets du tritium sur la population. Les études existantes sont de type géographique et peu informatives. De façon générale, seules les études multicentriques internationales ont potentiellement la puissance statistique suffisante pour apporter une réponse épidémiologique pertinente. Pour ce qui concerne les populations riveraines des installations nucléaires, le problème de la puissance statistique des études épidémiologiques est d’autant plus aigu que les doses sont faibles. La question de la détectabilité épidémiologique du risque tritium est donc posée et l’intérêt potentiel d’études moléculaires par biomarqueurs est souligné. En pratique, actuellement, les études épidémiologiques sur le tritium dans les populations s’avèrent non pertinentes. Ce qui ne signifie pas que les surveillances épidémiologiques ne soient pas nécessaires, comme pour tout site à risque industriel. Le groupe convient de l’importance d’analyser la faisabilité d’études épidémiologiques chez les travailleurs en France en considérant l’opportunité d’acquérir des données relatives à l’exposition au tritium et de l’intérêt de traiter ces données de manière harmonisée avec les autres études initiées au plan international. 6 IRSN, Eléments de réflexion sur le risque sanitaire posé par le tritium, 2009

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