Livre blanc du Tritium

195 Rejets marins de tritium ouest de l’Angleterre entre Cardiff et Sellafield, les mesures faites sur les bio-indicateurs (poissons plats et moules) n’indiquent pas de présence décelable de tritium, alors que ceux de Sellafield, zone située encore plus au nord de Wylfa par rapport à la baie de Cardiff, sont en permanence à des teneurs 3H organique et 3H total comprises entre 100 et 200 Bq/kg frais (carte des installations nucléaires anglaises ci-après, Fig. 7). Distribution du tritium, 3H organique et 3H total, chez Platichys flesus (flet) et Pleuronectes platessa (carrelet ou plie) autour des sites nucléaires de la côte ouest de l’Angleterre : Sources : RIFE 2001 à 2008 Les teneurs en tritium sous la forme HTO dans l’eau de mer, à proximité des émissaires de Sellafield en mer d’Irlande et de La Hague en mer de la Manche étant sensiblement les mêmes, aussi bien en milieu proche que dans une large zone géographique, nous devrions constater un même processus de bioaccumulation du tritium dans la faune marine, d’autant qu’une partie non négligeable, environ 1/5ème (18,5 % selon [EDF, 2005]), des radionucléides rejetés sont dilués dans la zone comprise entre la canalisation de rejet du site de la Hague et celles de la centrale nucléaire EDF de Flamanville (Fig. 4). Masson et al ont étudié l’état du tritium sous les formes HTO et OBT dans la flore marine dans les échantillons d’algues brunes prélevées de Concarneau à Gravelines entre 1998 et 2002 [Masson et al., 2004]. Quelques échantillons de la faune ont fait l’objet de déterminations de l’activité du tritium sous des formes libre et organique à Concarneau et à Gravelines. Il n’y a pas eu, au cours de cette étude, de déterminations récentes sur la faune à proximité de l’émissaire d’AREVA NC La Hague. Les auteurs donnaient pour l’environnement marin de Flamanville en 1981 des valeurs d’OBT dans les crustacés, mollusques et poissons (exprimées en Bq/l d’eau de combustion) nettement supérieures à celles des Fucus serratus observées pour le même site, voir (Tab. 1) : Rapportées à une valeur générique moyenne de 10 Bq/l de tritium libre dans l’eau de mer entre les caps de Flamanville et de la Hague, [Bailly du Bois et Dumas, 2004] et carte IRSN Fig. 4, ces valeurs interpellent. Tout en notant que les années observées dans la publication et la carte ne correspondent pas à la période 1973-85. Ces mesures d’OBT pratiquées en 1981-82 dans l’eau de combustion des poissons, mollusques et crustacés, prélevés au large de Flamanville, sont à comparer aux valeurs de tritium libre dans l’eau de mer dans la même zone, à la même période. Une étude de Wedekind, publiée en 1982, donne une valeur moyenne de 1,3 Bq/l dans le détroit du Pas de Calais, en surface, pour des prélèvements effectués en 1980-81 [Wedekind, 1982]. Quant aux mesures mensuelles de tritium dans l’eau demer au nez de Jobourg de l’OPRI de cette période, elles sont toutes inférieures au seuil de détermination de l’époque (AAD ou AAS) de 40 Bq/l. Entre 1,3 Bq/l et < 40Bq/l de tritium libre dans l’eau de mer en 1981, pour des valeurs de tritium organique dans les mollusques et les crustacés allant jusqu’à 140 et 150 Bq/l d’eau de combustion observées devant Flamanville cette même année. Ces données de 1981 sont indicatives d’une bioaccumulation en tritium, comme celle constatée depuis 1999 par les anglais devant Sellafield. 2 3 Discussion En dehors des études [Masson et al., 2004] et [EDF, 2005] pour la période 1981-1985, nous n’avions pas trouvé de publication portant sur la détermination du tritium dans la faune marine proche des émissaires de La Hague et de Flamanville. Seule une étude radioécologique décennale sur l’environnement proche du CNPE de Flamanville, effectuée par l’IRSN pour EDF, publie quelques résultats d’analyses OBT et HTO sur des prélèvements marins effectués lors du 2ème trimestre de 2006 entre Flamanville et Carteret : un poisson plat, un poisson rond et un homard pêchés au « large de Flamanville », et les mêmes bio-indicateurs devant le port de Carteret [IRSN, 2008]. Ces quelques analyses ne montrent pas de bioaccumulation notable par rapport aux valeurs de tritium relevées dans l’eau de mer, mais si l’on se réfère aux relevés de tritium dans l’eau de mer en 2001-02 publiés dans le même document (voir Fig. 4), ces prélèvements ne sont pas pratiqués dans la zone la plus polluée en permanence par les rejets tritiés de La Hague à des taux supérieurs à 10 Bq/l, zone comprise entre les caps de Flamanville et de Goury. Une analyse OBT – HTO de patelles à Goury et à une à Diélette port, ont été pratiquées en mars 2006, sans bioaccumulation tritium mise en évidence. Patella species est un mollusque brouteur d’algues, et les algues sont connues pour avoir une teneur proche de l’équilibre avec celle de l’eau de mer en tritium (voir § 2.3 ci-après). Figure n°7 : Carte des sites nucléaires anglais et pollutions tritium comparées chez les poissons plats de 2000 à 2008. Tableau n° 1 : Tritium lié à la matière organique (Bq/l d’eau de combustion) dans l’environnement marin de la mer de la Manche de 1981 à 1995 (étude non publiée de l’IRSN et d’EDF), Masson 2004 et al. Radioprotection, Suppl. 1, Vol. 39 (2004). Site – année Fucus serratus Crustacés Mollusques Poissons Flamanville (1981) 24 à 41 152 à 185 26 à 174 126 à 174 Gravelines (1992) 10,3 20,3 Paluel (1995) 4,5 à 5,9 6,5 à 7,6 6,5 à 13,6

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