Livre blanc du Tritium & bilan des rejets de tritium pour les INB

192 Rejets marins de tritium  Résumé Bioaccumulation du tritium La bioaccumulation du tritium sous sa forme organique dans les milieux terrestres et aquatiques est une propriété observée depuis une trentaine d’années, [Kirchmann et al. , 1971, 1979 et 1981] et [Foulquier et al. , 1982]. Cette propriété a été observée pour la faune dulçaquicole, dans une étude IPSN de 1993 [Pally et al. , 1993]. La bioaccumulation dans l’environnement marin, proche de sites nucléaires rejetant de grandes quantités de tritium, est constatée depuis une dizaine d’années en Grande Bretagne à Cardiff et à Sellafield. Ces données ont été publiées notamment dans [RIFE, 1996 à 2008] pour la bioaccumulation dans les poissons, les crustacés et les mollusques. Les teneurs en tritium des éléments de la faune marine sous les formes tritium total et tritium organiquement lié (OBT), rapportées à celle de l’eau de mer sous la forme HTO, varient d’un facteur 10 à Sellafield à des facteurs compris entre 1000 et 10000 à Cardiff. A Sellafield, dans les mollusques comme dans les poissons ou les crustacés, les contaminations 3 H organique et 3 H total en Bq/kg frais sont à l’équilibre. Ce constat d’équilibre 3 H organique - 3 H total est identique pour tous les bio-indicateurs suivis sur le site de Cardiff, mollusques, poissons et algues. La bioaccumulation du tritium dans la faune marine de la zone mariti- me située entre les caps de la Hague et de Flamanville fait débat : elle est retenue égale à 1 (donc inexistante) dans deux études récentes de l’IRSN [Maro et al. , 2008] et [IRSN, 2008], alors qu’elle était mise en évidence (en étant supérieure à 10) dans une étude commune EDF – IRSN plus ancienne sur quelques échantillons de mollusques, de crustacés et de poissons dans les années 1981 – 85 [EDF 2005]. Les algues, considérées habituellement comme de bons amplificateurs de la pollution radioactive marine, s’avèrent être de mauvais indicateurs pour suivre une contamination tritium de la faune en milieu marin. A Cardiff, où les rejets tritiés sont effectués sous la forme combinée tritium libre (HTO) et molécules marquées (OBT), la teneur en tritium ( 3 H orga- nique et 3 H total) dans les flétans et les moules est 100 fois supérieure à celle des algues Fucus serratus [RIFE, 1996 à 2008]. 1 Le tritium libre (HTO) dans l’environnement marin Depuis la publication de l’arrêté du 10 jan- vier 2003 (prélèvements d’eau et rejets), l’ex- ploitant des usines de La Hague AREVA NC effectue des prélèvements quotidiens d’eau de mer à la côte en deux points proches de l’émissaire marin, Les Moulinets et Goury, prélèvements regroupés en aliquote men- suel, et des prélèvements trimestriels en trois points au large, pour y surveiller notamment l’activité tritium. L’activité tritium aux stations AREVA NC à la côte varie entre 10 et 20 Bq/l. Elle fluctue avec l’importance des rejets, suivant une activité volumique moyenne ajoutée d’environ un mBq/l par TBq de tritium rejeté en mer. Ces données AREVA NC sont en accord avec l’étude sur la modélisation hydrodynamique de dispersion des substances solubles [Bailly du Bois et Dumas, 2004], les auteurs soulignent : « Le marquage induit par les rejets de l’usine de La Hague est net : les concentrations mesurées dans le panache de l’émissaire varient de 100 à 3000 Bq/l pour chaque rejet tritié. Les concentrations induites le long des côtes du cap de La Hague sont d’environ 10 Bq/l, elles sont encore de 6 Bq/l dans le Pas de Calais. Ces valeurs sont à comparer au « bruit de fond » des eaux entrant en Manche par l’Ouest qui varie entre 0,2 et 0,3 Bq/l. » Si l’on compare les rejets liquides de tritium cumulés de ces 10 derniè- res années, des sites de Sellafield et de La Hague, le site de La Hague a rejeté 5 fois plus de tritium en mer de la Manche que le site de Sellafield en mer d’Irlande : 118 000 TBq pour La Hague et 23 300 TBq pour Sellafield. Figure n° 1 : Activité volumique en tritium de l’eau de mer sur deux stations à la côte, comparée aux rejets marins de l’usine de La Hague Figure n° 2 : Comparaison de l’activité du tritium dans les effluents marins des usines de La Hague et de Sellafield Source : AREVA NC Source : AREVA NC

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