Livre blanc du Tritium

12 Groupes de réflexion tritium - Synthèse des travaux et recommandations Une faible fraction du tritium produit dans les réacteurs nucléaires est valorisée par de petits producteurs pour la synthèse de molécules marquées à usage industriel (luminescence) et pour la recherche. Bien que ces sources ne représentent qu’un faible volume de déchets, elles peuvent être à l’origine de marquages significatifs fortuits dans l’environnement. L’impact radiologique en est difficile à préciser, fortement dépendant de la spéciation. Il est nécessaire de prévoir un exutoire approprié pour la gestion de ces sources. Des déchets tritiés sont stockés dans différents centres de l’ANDRA. Le Centre Manche (CSM) est à l’origine d’un marquage en tritium de la nappe pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de Bq/L par endroit, suscitant des appréciations diverses sur son évolution possible dans le temps. Il est nécessaire de poursuivre la caractérisation de la source et des transferts vers les exutoires et de conforter ces prévisions par des mesures appropriées. Les centres de Soulaines et de Morvilliers sont soumis à une gestion prudente de la capacité radiologique en tritium et à des règles contraignantes d’acceptation des colis. Cette situation permet de respecter un faible marquage environnemental. Toutefois l’ANDRA ne dispose pas de réelles autorisations pour les déchets tritiés, ce qui laisse orphelines de nombreuses sources de déchets tritiés. La solution explicitée dans le rapport CEA rédigé dans le cadre de la loi de 2006 est un entreposage d’une cinquantaine d’années en attendant l’ouverture d’un nouveau site de stockage qui disposera des autorisations appropriées. Les activités de défense ont des installations de purification, recyclage et d’entreposagedematièresnucléaires,pourlafabricationdesous-ensembles d’armes, pour le traitement ou la neutralisation de déchets. Il s’agit notammentdescentresduCEAdeValduc,MarcouleetBruyèresleChâtel. La surveillance des installations montre une diminution des rejets de plus d’un facteur 100 depuis les années 1970-1980, avec un rejet de 95 TBq (0,3 g) par voie gazeuse en 2007 à Valduc. La réduction des rejets est obtenue par détritiation sous traitement thermique des déchets fortement tritiés de manière à séparer le support solide de l’eau tritiée, piégée ensuite sur zéolithe. Les volumes résultants sont faibles et l’entreposage se fait sur le centre de Valduc. La pratique est optimisée. Des recherches sont à poursuivre sur la valorisation des eaux tritiées. Un manque de données concernant certaines installations sous la responsabilité exclusive du ministère de la défense (réacteurs embarqués) a été constaté par le groupe de travail. Les réacteurs à fusion se présentent comme une voie possible d’énergie dans un futur à préciser. L’installation de recherche ITER, qui fournira les éléments pour concevoir un prototype, doit entrer en service en 2019 pour une phase non-nucléaire et environ en 2025 en phase nucléaire et comportera un inventaire d’environ 1 kg de tritium dans les procédés soit 358 PBq. On ne dispose pas actuellement des autorisations de rejets tritiés. Le principe de fonctionnement d’ITER intègre la notion de défense en profondeur vis-à-vis du tritium qui est le combustible de la machine. Ces notions impliquent de multiples barrières de confinement statiques et des systèmes de confinement dynamiques dont la détritiation et le traitement de l’atmosphère à la source, la limitation des quantités d’eau en entrée et le recyclage et la détritiation de l’eau. Une installation est entièrement dédiée au tritium, à l’injection du mélange Deutérium- Tritiumdans le tokamak, à l’extraction, la récupération et la purification du tritium pour sa réutilisation. La faisabilité du démantèlement a été intégrée dans la conception, elle suit le PNGMDR. Elle prend en compte la classification des déchets qui seront générés, de type TFA, FMA et MAVL, les exutoires disponibles et la disponibilité du site pour l’entreposage de ses propres déchets d’exploitation. 3 3 Recommandations du groupe de réflexion «défense en profondeur» Enconclusion il est apparuaugroupede travail que les recommandations et constats suivants pouvaient être proposés. • La maîtrise des procédés actuels permet la comptabilisation des rejets effectués dans l’ensemble des installations ; pour le centre de stockage de la Manche, il est souhaitable d’améliorer la caractérisation de la source et des transferts vers les exutoires et de conforter ces prévisions par des mesures. • La détritiation pour les REP des CNPE n’aurait qu’un effet limité sur l’impact radiologique et n’est pas réalisable actuellement à un coût acceptable. L’ACRO et l’ANCCLI, par application du principe de précaution, s’opposent à l’utilisation de nouveaux combustibles tant qu’il y aura des doutes sur l’impact du tritium. • La détritiation pour l’usine de traitement du combustible irradié de La Hague n’est pas réalisable avec les meilleures techniques actuellement disponibles, et n’aurait qu’un effet limité sur l’impact radiologique. La stratégie rejets/déchets pour favoriser le stockage et récupération du tritium à un coût acceptable n’est envisageable que pour les matériaux d’activité élevée en tritium. L’ACRO et l’ANCCLI demandent que les combustibles les plus anciens soient traités en priorité pour limiter les rejets, alors qu’AREVA et EDF considèrent que la pratique est optimisée sur ce point. • Pour l’ACRO et l’ANCCLI, il est nécessaire de réduire la production de tritium des installations civiles et militaires. • Le confinement absolu du tritium est un problème à la fois technique et financier qui conditionne la mise au point des conteneurs. • La gestion des déchets tritiés au niveau des stockages futurs nécessite des autorisations spécifiques en permettant la comptabilisation au niveau approprié. Des filières spécifiques doivent être accessibles aux petits producteurs. • L’évaluation de l’impact du tritium des stockages de surface nécessite l’amélioration continue de la connaissance des termes sources, des différentes voies de transfert depuis les déchets et des processus de transfert associés, et, in fine de la quantification des poids relatifs des différentes voies de transfert en fonction des solutions techniques retenues. • La mise en service d’entreposages de décroissance dédiés aux déchets tritiés des différentes filières doit être effectuée, conformément au décret en application du Plan National de Gestion des Matières et des Déchets Radioactifs (PNGMDR 2007-2009). • Il est nécessaire de suivre le développement des travaux de détritiation menés pour ITER.

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