Livre blanc du Tritium

93 Le tritium dans l’environnement d’anomalies de ce type a été observé pour la première activité volumique testée (500 Bq/L) (19,6 % en moyenne sur toutes les générations). A cette activité volumique, la proportion de développements anormaux s’accroît à chaque nouvelle génération, jusqu’à atteindre 37,5 % à la cinquième génération. La même tendance est observée pour l’activité volumique de 5.105 Bq/L mais avec des valeurs plus faibles (19,1 % en moyenne pour l’ensemble des générations). Cette diminution des effets peut s’expliquer par la mortalité plus élevée des individus les plus faibles et la survie des petits les plus viables. Les résultats rapportés au nombre d’anomalies de développement d’œufs (toutes générations confondues) permettent de déterminer une EDR50 de l’ordre de 5.106 Bq/L (correspondant à un débit de dose de 0,4 mGy/j). Hagger et al. (2005) ont également observé pour la moule une décroissance en fonction de la dose du pourcentage de larves normales (issues d’œufs exposés pendant 23 h p.f.) à 24, 48 et 72 h. De façon très marquée, à 72 h, seules quelques larves normales (18 % par rapport à 65 % dans le témoin) sont encore observées pour la première dose, soit un débit de dose de 0,04 mGy/j, tandis que pour les doses suivantes, plus aucune larve normale n’est observée. Le plus petit débit de dose (LOEDR) entraînant des effets significatifs en termes de développement a été observé chez un invertébré marin, le pouce-pied, par Abbott et Mix (1979), avec un LOEDR de 2 10-4 mGy/j pour l’index de mue des larves « post-stade I », l’EDR50 pouvant être estimée à 1 mGy/j. Les auteurs indiquent toutefois que cette valeur expérimentale pourrait être surestimée en raison de l’utilisation d’antibiotiques dans le milieu qui aurait pu sensibiliser les larves. Effets histopathologiques - Des histopathologies de tissus stomacaux ont été observées par Cruz-Ramos et Carino (1989) pour des œufs d’escargot aquatique exposés de façon chronique à une gamme d’activités volumiques de tritium. Pour la plus forte activité volumique (3,7.107 Bq/L, correspondant à 3 mGy/j), on observe l’apparition de plis dans la paroi stomacale, de cellules hypertrophiées et une réduction de la taille de l’estomac, qui pourraient être dus à un retard de développement. Référence Espèce Effet étudié Critère d’effet Débit de dose mGy/j (µGy/h) Invertébrés d’eau douce (Gudkov et Kipnis, 1996) Daphnia magna (daphnie) Traits d’histoire de vie sur 5 générations (71 j) EDR50 paramètres de la reproduction EDR50 anomalies du développement a0,08 (3) a0,4 (17) (Cruz-Ramos and Carino, 1989) Pila luzonica (escargot) Histopathologies LOEDR 3 (12.5) Invertébrés marins (Abbott and Mix, 1979) Pollicipes polymerus (pouce-pied) Effets sur le développement EDR50 index de mue des larves post-stade I a1 (42) (Hagger et al., 2005) Mytilus edulis (moule bleue) Effets sur l’ADN, sur le développement et la survie LOEDR effets sur l’ADN (aberrations chromosomiques) LOEDR anomalies développement des larves à 72 h LDR50 à 48 h 0,03 (1,25) 0,04 (1,7) 0,9 (38) (Jha et al., 2005) Mytilus edulis (moule bleue) Effets sur l’ADN hémocytaire (stade adulte) LOEDR 0,3 (1,2) (Réal et al., 2004.) Ophryotrocha diadema (annélide) Performance reproductive Survie EDR20 survie LOEDR survie EDR30 reproduction LOEDR reproduction 175 (7292) 175 175 175 (Higuchi et al., 1980) Artemia salina (artémie) Fécondité LOEDR EDR50 270 (11250) Entre 270 et 1350 (52250) 8 4 1 2 Vertébrés aquatiques Effets sur l’ADN - La seule étude relative aux effets du tritium sur l’ADN de cellules de vertébrés aquatiques (Suyama et al., 1981) a visé l’évaluation d’effets cytogénétiques dans des œufs de medaka exposés depuis leur fertilisation jusqu’au stade blastula (8 h). Une augmentation en fonction de la dose de la fréquence des mitoses aberrantes (i.e. fréquence des cellules contenant des ponts chromosomiques) a été observée à partir du deuxième débit de dose étudié (550 mGy/j). Ainsi, pour le débit de dose le plus élevée (11,1 Gy/j), la fréquence des cellules ayant un ou des ponts chromosomiques passe à 2,75 % alors qu’elle est de 0,56 % dans le témoin. Effets sur la reproduction - La survie des cellules germinales a été étudiée chez des medakas exposés à une gamme d’activités volumiques de tritium, soit au stade adulte (30 jours), soit au stade embryonnaire (2 h post fertilisation jusqu’à l’éclosion entre 9 et 11 j). Il apparaît que les cellules germinales (spermatogonies primaires Ib) des poissons exposés au stade adulte sont affectées par des concentrations de tritium relativement faibles, avec une baisse du nombre de spermatogonies primaires de 62 % pour une exposition à un débit de dose de 20 mGy/j (Hyodo-Taguchi and Egami, 1977). Une diminution du poids des testicules de 40 % a également été observée à partir de 100 mGy/j. Pour les poissons exposés au stade embryonnaire, la sensibilité des cellules germinales est plus faible, avec une baisse de 50 % du nombre de ces cellules observée pour les larves fraîchement écloses pour 195 mGy/j (Etoh and Hyodo-Taguchi, 1983). Le chorion des œufs de poissons medakas pourrait limiter l’entrée du tritium dans l’organisme et expliquer la sensibilité plus faible à ce stade pourtant plus précoce. Il faut souligner que les auteurs ont estimé le facteur de concentration du tritium par les œufs (0,60), mais ne l’ont pas mesuré, il est donc a : débit de dose calculé selon l’équation 1 Tableau 8.5 - Toxicité du tritium chez les invertébrés aquatiques. ECx et LOEDR donnés en mGy/j (µGy/h)

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