Livre blanc du Tritium & bilan des rejets de tritium pour les INB

262 Eléments de réflexion sur le risque sanitaire posé par le tritium • S’agissant de gérer le risque individuel, il convient de disposer de concepts et d’outils fondés sur les meilleures connaissances scientifiques du moment, mais suffisamment simples pour être opérationnels. On observe que, pour le tritium, les expositions sont généralement faibles, voire très faibles, et que les individus concernés sont le plus souvent soumis à de multiples autres types d’expositions. Dans ce contexte et compte tenu des incertitudes qui demeurent par ailleurs, il n’est pas nécessaire de raffiner la valeur du facteur de pondération pour le rayonnement, w R , qui intervient dans le calcul de la dose efficace. La valeur de 1 retenue par la CIPR est une approximation qui apparaît justifiée. On rappelle à cet égard que cette position est celle admise pour d’autres radionucléides que le tritium, mais aussi pour les rayonnements X. En tout état de cause, le fait de multiplier ce facteur par 2, et par suite les coefficients de dose et les évaluations de dose qui en résultent, ne changerait pas fondamentalement les choses vis-à-vis du risque à gérer en pratique. 7 Conclusion et perspectives Le risque sanitaire résultant d’une exposition chronique au tritium suscite un nouveau questionnement pour des raisons contextuelles politiques et sociéta- les, liées au développement de nouveaux réacteurs nucléaires (EPR, ITER) et à l’utilisation de combustibles à hauts taux de combustion qui induiront à terme une augmentation des rejets de tritium dans l’environnement. Historiquement, le tritium est un des radionucléides qui a été le plus étu- dié. L’essentiel des connaissances acquises est fondé sur ses effets bio- logiques observés expérimentalement in vitro et in vivo sous sa forme physico-chimique d’eau tritiée (HTO), ceci dans des conditions qui ne sont pas toujours représentatives des situations d’expositions chroniques environnementales. Les études épidémiologiques sur les populations humaines sont peu informatives sur les risques potentiels associés à une exposition au tritium, par manque de puissance statistique et par manque d’informations sur la dose due au tritium. Faute de disposer de données épidémiologiques fiables, le risque radiologique du tritium a été estimé par une approche dosimétrique comportant différentes étapes (modélisa- tion biocinétique du comportement du tritium dans l’organisme, calcul de la dose absorbée dans les tissus de rétention, pondération de la dose absorbée par un coefficient prenant en compte les propriétés physiques et biologiques du tritium). A cet égard, le tritium n’est pas un cas particulier. Même si les estimations de doses et de risques consécutifs à une exposi- tion interne par des radionucléides sont entachées d’incertitudes, cette approche fondée sur le calcul dosimétrique pour estimer le risque radio- logique s’est jusqu’à présent révélée être robuste. Elle a ainsi conduit pour d’autres radionucléides tels que le radon ou le 239 Pu à des estimations de risque cohérentes par rapport aux résultats d’études épidémiologiques. Cette approche dosimétrique du risque place le tritium parmi les radio- nucléides les moins radiotoxiques ainsi que l’illustre la figure 1 où sont reportées par ordre croissant les valeurs des coefficients de dose détermi- nées pour plus de 700 radionucléides, dans le cas d’une incorporation par ingestion chez un enfant de 1 à 5 ans. Il est à noter que l’échelle en ordonnées est de type logarithmique. Des publications récentes sur le tritium sont susceptibles de modifier cer- tains paramètres biocinétiques des modèles dosimétriques, mais pas de changer très fortement la valeur des coefficients de dose utilisés actuelle- ment pour les calculs de dose efficace. Les données scientifiques actuelles montrent par ailleurs que l’efficacité biologique relative (EBR) de ce radionucléide est plus proche de 2 que de 1. S’agissant d’évaluer le risque individuel dans une situation d’ex- position particulière (niveau élevé d’exposition notamment), il serait justifié de considérer l’utilisation d’un EBR de 2. S’agissant de calculer la dose efficace utilisée pour gérer le risque, en particulier dans le domaine des faibles doses, la valeur actuelle de 1 retenue par la CIPR pour le fac- teur de pondération w R reste cependant une simplification acceptable, à l’instar du choix fait pour d’autres radionucléides émetteurs bêta et pour les rayonnements X de faibles énergies. Pour ce qui concerne le risque lié plus particulièrement à la forme organique du tritium (OBT), certaines données scientifiques font défaut sur le métabolisme et les effets biologiques associés au tritium organique en situation d’expositions environnementales (chroniques et à faibles débits de dose). Ainsi, des études permettant la caractérisation des différentes formes physico-chimiques (études de spéciation) sous lesquelles le tritium organique est susceptible d’atteindre l’homme devraient être menées. De la même manière, des études de radiobiologie expérimentale pour évaluer les effets biologiques des diverses formes possibles d’OBT sur les différentes classes d’âge et plus particulièrement sur le fœtus et l’embryon devraient être conduites. Néanmoins il conviendra au préalable de définir unmodèle expérimental représentatif et de disposer d’un plateau technique performant et adapté en raison du caractère labile de ce radionucléide. Un tel plateau technique ne peut être envisagé que dans le cadre d’un programme concerté d’envergure nationale, voire de coopérations à l’échelle de l’Europe. Ce sujet devrait faire l’objet de discussions plus approfondies dans le cadre des propositions de programmes de recherche sur les risques aux faibles doses qui sont en cours à la suite des recommandations du groupe européen HLEG 12 , tenant compte des priorités à accorder aux différents radionucléides d’intérêt et de l’état des lieux des infrastructures existantes pour mener à bien ces recherches. Par ailleurs, il est nécessaire de poursuivre des études épidémiologiques chez les travailleurs en France, en considérant l’opportunité d’acquérir des données relatives à l’exposition au tritium et l’intérêt de traiter ces données demanièreharmonisée avec les autres études initiées sur ce sujet Fig1 : distribution des coefficients de dose (ingestion, enfant de 1 à 5 ans) des radionucléides 12 http://www.hleg.de/

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