Le retour de connaissances biélorusse

Devenu professeur associé à l'Institut National Agronomique de Paris-Grignon, je tentais de mettre au point un enseignement de « stratégies patrimoniales » au carrefour entre les sciences politiques et la gestion du vivant. Un jour, Gilles Hériard Dubreuil, revenant de Biélorussie, me sollicite pour constituer le partenariat Ethos.

Les Biélorusses sont ouverts à quelque chose de neuf. Olmany, petit village de Biélorussie de 1400 habitants, devient le lieu d'un véritable partenariat stratégique, Ethos 1, entre des habitants, des autorités et nous : « vous avez le problème de contamination, et nous, nous avons 57 réacteurs, travaillons ensemble… ».

Les événements d'Hiroshima et de Nagasaki n'ont rien à voir avec l'événement de Tchernobyl. Ce ne sont pas 50 kg de plutonium qui brûlent d'un seul coup, ce sont 5, 10, 500, 1 500 tonnes de produits fissiles répandus sur un très vaste territoire, se mêlant au vivant, se diluant et se concentrant de façon différentielle à travers l'agriculture, puis l'alimentation, puis dans les organes…Cela génère une situation tout à fait nouvelle, et là, il est clair qu'il y a, pour l'Union Soviétique, puis pour la Biélorussie, d'énormes problèmes de gestion de la qualité du vivant.
Ce que nous avons constaté en Biélorussie, c'est que, outre son coût immense, la gestion de Tchernobyl par l'Union Soviétique et par la Biélorussie partageait en bien des points les fondements avec la gestion post-accidentelle qui prévaudrait en Occident et donc en France s'il y avait un accident de ce type.

Le problème vécu, ou le "becquerel stratégique"

Cette première phase nous a montré que le becquerel scientifique ne parle pas à ceux qui doivent construire leur santé, c'est-à-dire les habitants. Elle nous a montréla nécessité de passer du « becquerel scientifique », - celui qui se mesure, qui caractérise le « phénomène » et oriente les politiques normatives, au « becquerel stratégique », ce qui a caractérise le « problème vécu » : « quels sont les 20% de becquerels qui font 80% de mon problème ?».

Des habitants ont commencé à réinvestir la qualité de leur vie, en acceptant de prendre en charge, avec d'autres, avec les autorités, comme un patrimoine commun aux uns et autres, bien au-delà de la seule qualité radiologique.

Le partenariat Ethos 1 a fonctionné comme un « faciliteur », comme un « micro-complexe multi-acteurs » agissant en « tiers acteurs » au sein du village, du district et de la Biélorussie, de l'expression et de la rencontre d'une pluralité de regards dans une certaine unité de vue et d'action, celle du problème à résoudre, dans sa dimension locale, nationale et mondiale.

Le partenariat Ethos 2 au niveau du district de Stolyn n'a pas été facile. Mais je retiendrai quelques points.

  • D‘abord, c'est aux Européens plus qu'aux Biélorusses qu'il convient de faire connaître la radio-contamination et ses conséquences sur le vivant, l'agriculture, l'alimentation et les territoires.
  • Mais c'est par le développement que les Biélorusses peuvent se mettre à distance de la contamination, et pour cela il faut mobiliser l'énergie internationale autour de projets porteurs de développement.
  • Puis, le concours des agriculteurs français, avec FERT et Sol et Civilisation, associés à l'Institut BRISSA, a permis une récolte de pommes de terre exceptionnelle, tant en quantité qu'en qualité radiologique, auprès de 50 paysans biélorusses ; ce fut comme un signe de retour à la vie.
  • Enfin, le séminaire de Stolyn a permis la première rencontre après Tchernobyl, entre la société civile, les autorités biélorusses, les ambassadeurs, les instances européennes et mondiales.

Mais pour cela, il faut que toutes les bonnes volontés se rencontrent, communiquent négocient leur engagement respectifs, de façon sécurisée et pertinente pour faire de la réhabilitation des conditions de vie des habitants des territoires contaminés, un « patrimoine commun local, national et mondial.»

Date de la dernière mise à jour : 07/12/2009