Témoignage d'Henry Ollagnon, professeur à l'Institut National d'Agronomie

Henry Ollagnon est professeur à l'Institut National d'Agronomie, responsable de l'unité de formation et de recherche « Gestion du vivant et stratégies patrimoniales » et animateur d'une équipe d'auditeurs patrimoniaux autour de l'Institut des Stratégies Patrimoniales.

Engagé dès mars 1986 dans une réflexion sur les conséquences d'un accident nucléaire en France, il a participé à partir de 1996 au projet Ethos, puis au programme CORE.

‘'Jusqu'à 1989 j'étais chargé de mission, puis conseiller technique au ministère de l'Agriculture pour l'évaluation des politiques publiques.
Fin 1985, les services de défense et de sécurité du ministère de l'Agriculture ont été conduits à s'intéresser aux faibles doses et à leurs conséquences pour la production et la mise en marché des denrées alimentaires.

Au-deçà de la norme, si elle existe, « jusqu'à quel niveau de contamination peut-on manger les moutons ? ».
Etre en difficulté pour répondre à cette question, - en tant qu'institution autant qu'en tant que personne- pose évidemment problème. En tout cas, à travers les moutons, le « nucléaire » engage potentiellement la responsabilité de l'Agriculture sur l'alimentation…

Au début du programme électronucléaire, pour son accompagnement, le ministère de l'Agriculture avait proposé un plan de suivi des faibles doses. Celui-ci ne fut pas suivi d'effet. L'important, alors, c'étaient les effets déterministes, mettant en jeu la santé humaine. Si les services agricoles prenaient des mesures, elles étaient interprétées d'un point de vue médical.

Ceci explique l'absence d'expertise suffisante à l'époque sur la question radiologique au ministère de l'Agriculture. Le monde scientifique d'alors, même dans le domaine agricole, ne s'intéresse guère aux faibles doses (« c'est pas très payant : la science est beaucoup plus à l'aise avec les effets déterministes qu'avec les faibles doses, les effets stochastiques… »). Pour tout le monde, les faibles doses dans le domaine agricole et alimentaire ne constituaient pas vraiment un phénomène intéressant….

Les responsables de défense saisissent la Mission d'Analyse et d'Evaluation, et donc moi-même, au titre de l'évaluation et de l'adaptation des politiques publiques, en raison de l'expérience acquise lors d'interventions réalisées pour adapter des politiques d'État confrontées à des situations de « co-action complexe » en crise (par exemple, les risques naturels ou les politiques de restauration des terrains en montagne).

Date de la dernière mise à jour : 07/12/2009