L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et les conséquences radiologiques au Japon

Publié le 14/09/2011 à 10:30

Communiqué de presse

I. La situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Les dernières analyses japonaises montrent que le combustible des réacteurs 1 à 3 a fondu rapidement après le début de l’accident. Le combustible fondu peut se retrouver en fond de cuve, ce qui risque d’entraîner leur percement.

Une injection d’azote est réalisée dans l’enceinte de confinement des réacteurs 1, 2 et 3 pour prévenir les risques d’explosion d’hydrogène.

Réacteur de Fukushima
Schéma d'un réacteur à eau bouillante

Tepco conduit un plan d’action visant à maîtriser les rejets et à abaisser significativement la radioactivité. Ce plan, qui devrait s’étendre sur plusieurs mois, vise à traiter cinq problématiques : le refroidissement des cœurs ; le refroidissement des piscines ; le devenir de l’eau fortement contaminée ; la maîtrise du confinement des réacteurs ; la protection des travailleurs.

L’exploitant a mis en place des protections temporaires anti-tsunami sur le site.
 La construction de murs souterrains autour des réacteurs est à l’étude. L’objectif est d’empêcher toute fuite éventuelle d’eau contaminée, en particulier vers la mer.

Le 31 août, Tepco a présenté son plan pour retirer les assemblages combustibles ; l’exploitant annonce un délai de 3 ans avant le début des opérations de déchargement. Le démantèlement complet et l’assainissement du site s’étaleront sur 10 à 20 ans.

A la suite de la demande du gouvernement japonais d’examiner les failles sismiques présentes à proximité des centrales nucléaires, Tepco a annoncé que 5 failles proches de Fukushima étaient actives.

A. Le refroidissement des cœurs de réacteur endommagés.

Un système de refroidissement en circuit fermé a été mis en place pour refroidir les réacteurs 1, 2 et 3.

B. Le refroidissement des piscines d’entreposage du combustible usé.

Les piscines du réacteur 1, 2 et 3 sont également refroidies en circuit fermé.

Depuis le 31 juillet 2011, un système de refroidissement avec échangeur de chaleur est également en œuvre sur la piscine du réacteur 4 ; il a permis d’abaisser la température de l’eau de 86 à 42° C.

C. La gestion de l’eau contaminée sur le site.

Les eaux stockées sur le site (110 000 tonnes d’eau dans différentes parties du site) sont pompées, stockées, traitées puis réinjectées en partie dans les réacteurs 1, 2 et 3. Au 21 août, plus de 60 000 tonnes d’eau ont été traitées.

Pour traiter les effluents générés par les actions de refroidissement du combustible, l’exploitant a mis en service des installations de décontamination et de désalinisation des eaux, fournie en partie par Areva.

D. Le renforcement de la tenue aux séismes.

Afin de renforcer les structures en cas de séisme, Tepco a mis en place des piliers de soutènement renforcés par un coulage de béton sous la piscine du réacteur 4. Les études concernant le renforcement des autres réacteurs sont actuellement en cours.

E. La limitation des rejets radioactifs.

Afin de limiter la dispersion de la contamination, le recouvrement du bâtiment réacteur n°1 est prévu pour la fin du mois de septembre. Une opération similaire est étudiée pour les réacteurs 3 et 4 dont les bâtiments sont les plus endommagés.

F. La radioprotection des travailleurs.

Les évaluations des doses totales (dose interne et externe), reçues par les intervenants en situation d’urgence radiologique, ont été actualisées par Tepco le 31août :

  • en mars, la valeur maximale de la dose mensuelle reçue est 670,4 millisieverts (mSv) et la valeur moyenne est 22,4 mSv (cette évaluation porte sur 3 738 travailleurs) ;
  • en avril, la valeur maximale de la dose mensuelle reçue est 69,3 mSv et la valeur moyenne est 3,9 mSv (cette évaluation porte sur 3 522 travailleurs) ;
  • en mai, la valeur maximale de la dose mensuelle reçue est 41,6 mSv et la valeur moyenne est 3,1 mSv (cette évaluation porte sur 2 996 travailleurs) ;
  • en juin, la valeur maximale de la dose mensuelle reçue est 38,7 mSv et la valeur moyenne est 2,35 mSv (cette évaluation porte sur 1 981 travailleurs) ;

Six travailleurs ont reçu une dose mensuelle totale supérieure à 250 mSv en mars (aucun en avril mai et juin).

Le ministre japonais de la santé a prévu de réintroduire la valeur initiale de 100 mSv pour la limite de dose cumulée pour les travailleurs impliqués dans une situation d’urgence à Fukushima Daiichi cet automne (actuellement cette limite est fixée à 250 m Sv). Le ministre a rappelé que 103 travailleurs ont reçu une dose supérieure à 100 mSv du fait de leur intervention en situation d’urgence radiologique en mars. Les mois suivants, aucun travailleur n’a dépassé cette valeur.

 

II. Le suivi des populations présentes au Japon

Le gouvernement japonais a annoncé les grandes lignes de sa politique de soutien aux personnes et aux entreprises concernées par l’accident de Fukushima. Parmi les actions annoncées :

  • mise à disposition de 24 000 logements d’ici la mi-août pour les personnes évacuées des zones à proximité de la centrale ;
  • suivi sanitaire des citoyens situés hors de la zone de Fukushima qui le souhaiteraient ;
  • soutien financier actif aux écoles pour lesquelles le débit de dose dans la cour de récréation dépasse 1 micro sievert par heure (µSv/h) et qui ont engagé des travaux de réduction des expositions ;
  • soutien à la création d’emplois dans la préfecture de Fukushima ;
  • prêts long-terme à taux zéro pour les petites et moyennes entreprises dont le siège ou les activités sont localisés dans les zones évacuées ;
  • prêts-relais accordés aux coopératives agricoles et piscicoles afin d’apporter un soutien financier aux entreprises sujettes à des interdictions de commercialisation ;
  • mise en œuvre de l’indemnisation aux personnes évacuées et engagement de l’indemnisation des activités économiques.

L’université de Tokyo a engagé une étude pour évaluer l’impact sanitaire des faibles doses chez les populations ayant été exposées suite à l’accident de Fukushima. Cette étude est présentée comme une étude épidémiologique de très grande ampleur portant sur l’ensemble des résidents de la préfecture de Fukushima (2 millions de personnes) ; elle doit se dérouler sur au moins 30 ans. Cette étude doit permettre d’estimer les niveaux de dose auxquels a été soumise la population étudiée et identifier les effets sanitaires associés.

 
 

III. La contamination radioactive de l’environnement au Japon

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue globalement. Dans la zone proche du site accidenté, les débits de dose mesurés restent néanmoins importants.

L’IRSN a publié un bilan le 11 juillet qui indique qu’à proximité immédiate de la centrale, les concentrations dans l’eau de mer ont atteint fin mars et début avril jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de Becquerels par litre (Bq/l) pour les césiums 134 et 137 et ont même dépassé 100 000 Bq/l en iode 131. Cet iode a rapidement décru et n’est plus détecté depuis la fin du mois de mai. Les concentrations en césium 137 mesurées dans l’eau de mer au voisinage du site sont aujourd’hui mille fois plus faibles que celles mesurées en avril. La stabilisation des concentrations autour de 3 Bq/l montre que de faibles rejets dans la mer ont toujours lieu.

Pour plus d’information :

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue. A Fukushima, le 29 août, le débit de dose était 1,22 µSv/h. Les 46 autres préfectures présentent des débits de dose inférieurs à 0,1 µSv/h.

Les territoires les plus affectés présentent des niveaux de contamination supérieurs à 3 millions de Bq/m² en césium 134/137 et sont situés en zone proche de la centrale (Futaba, Okuma, Obioka, Namie) mais également au-delà de 20 km au nord-ouest (Iitate, Kawamata, Katsuro et Minamisoma). Ces dépôts se seraient formés après les rejets radioactifs émis le 15 mars 2011. Les rejets auraient été dispersés en direction du nord-ouest alors que de fortes précipitations pluvieuses et neigeuses se produisaient. Ces précipitations ont provoqué le « lessivage » des particules radioactives de l’air, entraînant un dépôt humide beaucoup plus intense que le dépôt sec.

Au-delà de cette bande fortement contaminée, les niveaux de contamination en césium restent élevés dans une zone de cinquante kilomètres de long et 20 km de large (dépôts en césium supérieurs à 600 000 Bq/m²).

Concernant le strontium, tous les points de prélèvements, situés dans 10 municipalités différentes, présentent une contamination en 89 Sr et 90 Sr signifiant une contamination assez large du territoire par ces radionucléides (jusqu’à au moins 60 km au nord-ouest de la centrale accidentée, selon le même schéma que le césium). A Namie, le niveau de contamination est de 250 Bq/kg de sol et 120 Bq/kg à Iitate. La contamination relevée aux autres points de prélèvement est inférieure à 20 Bq/kg.

Du plutonium 239 a été détecté dans 3 échantillons de sol prélevés le 30 mars, sur le site de la centrale (à des niveaux de l’ordre de 0,20 Bq/Kg). De faibles quantités de plutonium ont également été détectées à 1,7 km du site.

Les résultats de la campagne renforcée de mesure des débits de dose (à 1 m au-dessus du sol) réalisée pendant l’été dans un rayon de 100 km autour de la centrale de Fukushima et sur l’ensemble de la préfecture de Fukushima ont été publiés par le ministère de l’industrie (MEXT). Ces mesures ont été réalisées :

  • aux points de prélèvement de la terre contaminée réalisé dans le cadre de l’évaluation approfondie de la contamination des sols ;
  • sur l’ensemble des routes nationales et préfectorales.

Cette large campagne, coordonnée par le MEXT, bénéficie de la mutualisation des moyens de mesure de nombreux acteurs nationaux (Japan chemical analysis center, National institute for agro-environnemental sciences, National institute of radiological sciences…) et locaux (laboratoires des universités, hôpitaux, laboratoires privés).

Les cartes présentant les résultats de ces mesures confirment les résultats des cartographies aéroportées, tout en apportant des précisions sur la contamination des sols à l’échelle locale.

Ces cartes sont disponibles à l’adresse suivante :

IV. La mise en place d’un « zonage post accidentel »

Les autorités japonaises ont mis en place 3 zones afin de limiter l’exposition des populations : une zone « interdite d’accès », une zone d’évacuation planifiée et une zone d’évacuation préparée.

La zone « interdite d’accès » est la zone de 20 km évacuée dès le début de la crise. Les 78 000 personnes qui résidaient dans cette zone ont la possibilité de revenir temporairement à leur domicile pour une durée maximale de 2 heures. Ils doivent porter une combinaison, un dosimètre, et subiront un contrôle de radiation en ressortant de la zone. Ces retours ponctuels et encadrés ont déjà été mis en œuvre pour certaines personnes. Les 6 000 personnes résidant dans un rayon de 3 km autour de la centrale ne bénéficieront pas de cette mesure à cause des débits de dose trop élevés.

La zone d’« évacuation planifiée » comprend les territoires au-delà des 20 km où la dose dépasserait 20 mSv pour les douze mois à venir du fait de l’exposition externe aux substances radioactives déposées dans l’environnement. Elle comprend Katurao village, Namie, Iitate village, une partie de Kawamata et de Minami Souma. L’évacuation de la zone d’évacuation planifiée a débuté le 15 mai. Au 17 juin, plus de 90 % du village d’Iitate était évacué et 99 % de la ville de Kawamata.

La zone d’« évacuation préparée » correspond aux territoires compris entre 20 et 30 km non concernés par la zone d’évacuation planifiée ; les habitants de cette zone doivent être préparés à une évacuation en cas d’urgence.

Dans un second temps, le gouvernement japonais a annoncé qu’il recommandait l’évacuation de «points chauds» qui sont des zones où, en fonction du comportement individuel, on ne peut exclure que la dose efficace projetée dépasse 20 mSv dans l’année qui suit l’accident, et où la décontamination ne permet pas d’atteindre des niveaux de dose inférieurs. Le gouvernement a identifié 104 “points chauds” représentant 113 foyers. Ces points sont situés majoritairement à l’intérieur de la zone d’évacuation planifiée mais certains sont en dehors (une partie du canton de Date et de Minami Soma). Les autorités locales ont identifié, en concertation avec les collectivités, au 3 août, 65 points (correspondant à 72 foyers) dans la ville de Minamisoma et 1 point dans le village de Kawauchi.

Le gouvernement a informé les populations concernées de cette situation et indiqué qu’il faciliterait leur évacuation ; il a recommandé aux femmes enceintes et aux enfants d’évacuer.

Le 22 avril, les autorités ont annoncé une décision visant à interdire la culture du riz pendant l’année 2011 à l’intérieur de la zone d’évacuation, de la zone d’évacuation planifiée et de la zone d’évacuation préparée. Le 26 avril, il a été décidé que les animaux d’élevage présents dans la zone des 20 km seraient abattus.

Le 9 août, le gouvernement japonais a indiqué qu’il envisageait de réévaluer le zonage post-accidentel mis en place. Le gouvernement a toutefois estimé que dans certains lieux la consigne d’évacuation serait maintenue pendant une longue période.

La récente évaluation de l’état des réacteurs de la centrale de Fukushima et les résultats du plan de surveillance radiologique vont conduire le gouvernement à lever la zone d’évacuation préparée dès que les collectivités concernées auront élaboré leur plan de réhabilitation visant à restaurer des conditions de vie permettant le retour des résidents (en particulier la reprise des services publics, la restauration des infrastructures et la décontamination des cours d’école).

Dans les deux autres zones (accès interdit et évacuation planifiée), les réacteurs nucléaires doivent, préalablement à toute réévaluation du zonage, se trouver dans les conditions d'arrêt à froid. Une surveillance étroite des niveaux d’activité dans l’air et dans les sols ainsi que des actions de restauration des conditions de vie des résidents ont été engagées dans ces deux zones.

Le METI (Ministry of Economy, Trade ans Industry) a publié le 29 août une mise à jour des cartes relatives au zonage. La zone initialement appelée « zone d’évacuation planifiée » devient la « zone d’évacuation délibérée » sans que ce changement de terminologie ne s’accompagne d’un changement de critères ni d’une évolution de la délimitation de cette zone.

Trait rose : zone d’évacuation planifiée Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence
Trait rose : zone d’évacuation planifiée Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence

 

 

Le 9 août, la NISA a souhaité clarifier les conditions d’accès à la zone des 3 km autour de la centrale accidentée. Cette possibilité de retour temporaire est garantie :

  • à toute personne qui résidait avant l’accident dans cette zone et qui en fait la demande. Toutefois, l’accès est restreint à une personne par foyer et n’est pas garanti aux enfants de moins de 15 ans et aux personnes nécessitant une assistance spécifique ;
  • à toute personne pour qui le fait d’accéder à cette zone est justifié par l’intérêt public. Pour ces personnes, la décision d’accès à la zone est prise au cas par cas, par les responsables locaux de la gestion de l’urgence nucléaire.

Ces retours temporaires sont autorisés sous réserve que les personnes portent des équipement spécifiques (dosimètre individuel, masque, imperméable et combinaison étanche).

Actuellement, l’accès temporaire n’est pas autorisé sur l’ensemble de la zone des 3 kms, certaines en sont exclues du fait d’un risque physique lié aux conséquences du Tsunami ou du fait d’un débit de dose trop élevé.

 

V. La radioactivité dans les produits alimentaires japonais

Le bilan publié par le ministère de la santé japonais le 5 septembre fait apparaître que 18 190 échantillons de produits alimentaires ont été analysés depuis le 19 mars, dans 33 préfectures ; Parmi ces échantillons, 607 (3,3 %) ont présenté des résultats supérieurs aux limites réglementaires japonaises.

Au 29 août, la plupart des interdictions de consommation et de distribution des denrées ont été levées sur le territoire japonais. Ne subsistent que les interdictions suivantes :

Interdiction de distribution :

  • préfecture de Fukushima en totalité : anguille (juvenile) et viande de bœuf à l’exclusion du bétail destiné à l’expédition et soumis au dispositif d’inspection de la préfecture de Fukushima ;
  • préfecture de Fukushima pour certaines zones : champignon « Shiitake » (cultivé à l’extérieur et sous serre), pousse de bambou, fougère, abricot japonais (ume), citron japonais (yuzu), saumon, vandoise japonaise, ayu (produit de la pêche) et champignon à mycorhize[1] ;
  • feuilles de thé pour les préfectures d’Ibaraki (en totalité), de Tochigi, Gunma, Chiba, et Kanagawa (certaines localités) ;
  • viande de bœuf pour les préfectures de Miyagi (en totalité) depuis 28 juillet, Iwate (en totalité) depuis le 1er août, et Tochigi à l’exception des troupeaux destinés à l’expédition et soumis aux inspections menées par la préfecture.

Interdiction de consommation :

  • Shitake : préfecture de Fukushima (1 localité) ;
  • Anguille : préfecture de Fukushima (totalité) ;
  • Champignons à mycorhize (interdiction limitée aux champignons sauvages) : préfecture de Fukushima (1 localité).

L’été a été marqué par la « crise du bœuf » au Japon faisant suite à la découverte dans quatre préfectures (Fukushima, Miyagi Iwate, Tochigi) de viande de bœuf dont les niveaux de contamination (césium) étaient supérieurs aux NMA. Ces niveaux de contamination sont expliqués par l’apport d’une alimentation contaminée (paille de riz). Le gouvernement japonais a décidé de mettre sous séquestre les élevages de bœuf des préfectures concernées et de racheter aux éleveurs les bœufs contaminés. Toutefois, une partie de la viande a été distribuée avant que la contamination ait été mise en évidence. A ce jour, les autorités locales (préfectures) sont responsables de la surveillance de ce bétail. Le bétail en provenance des fermes contaminées doit être entièrement testé. Seule une tête par ferme sera testée partout ailleurs. L’équipement disponible limite cependant le flux de bœufs vers la vente.

Le 3 septembre, du thé dont le niveau de contamination dépasse les NMA a été contrôlé dans les préfecture de Chiba et de Saitama (du thé contaminé avait déjà été identifié dans la préfecture de Chiba mais la préfecture de Saitama n’était jusqu’à présent pas concernée). Les feuilles de thé prélevées à Chiba présentent un niveau de contamination en césium de 2 720 Bq/kg (plus de 5 fois les NMA) et celles prélevées dans la préfecture de Saitama, 1 530 Bq/kg. Les autorités locales vont mener des inspections spécifiques afin de déterminer l’origine de ces feuilles de thé et éventuellement les quantités qui auraient déjà été mises sur le marché. Des restrictions de commercialisation ont été mises en place à partir du 6 septembre.

VI. La radioactivité dans l’eau du robinet au Japon

Les restrictions de consommation d’eau du robinet ont débuté le 21 mars. Elles ont concerné 23 collectivités réparties dans 5 préfectures. Elles sont toutes dues à la présence d’iode 131 au dessus des valeurs admissibles en situation d’urgence. Pour une seule collectivité, les mesures de restriction ont concerné la population générale. Pour les autres, ces mesures se sont adressées uniquement aux nourrissons. Depuis le 10 mai, l’ensemble des mesures de restrictions sont levées.

VII. La radioactivité dans les produits non alimentaires au Japon

Le 22 avril, les autorités japonaises ont publié des directives à l’intention des ports japonais, expliquant les contrôles radiologiques à mettre en œuvre avant le départ des bateaux. Les principales mesures demandées concernent :

  • débit de dose au contact des containeurs ;
  • débit de dose au contact des bateaux ;
  • débit de dose ambiant dans les ports ;
  • débit de dose au contact de l’eau de mer.

Les contrôles réalisés au contact des containeurs et des bateaux permettront la délivrance, le cas échéant, d’un certificat de non contamination.

VIII. La gestion des déchets contaminés

Dans 16 préfectures, de la boue (provenant des sols) contenant des radionucléides est stockée dans des usines de traitement des déchets où des zones de stockage dédiées ont été identifiées. Mais les niveaux de contamination de ces boues sont supérieurs à ceux que les centres de stockage sont autorisés à gérer. Le gouvernement a donc décidé de prendre une mesure d’urgence autorisant le stockage et l’incinération des boues présentant une activité de plus de 100 000 Bq/kg en césium. Cette disposition ne s’applique qu’à la préfecture de Fukushima, toutefois les autres gouverneurs ont demandé que des valeurs guide soient fixées pour l’ensemble des préfectures.

De même, des questions sur la gestion des boues issues des installations de traitement de 16 préfectures sont en cours d’étude par un panel d’experts.

Du césium a été détecté dans près de 50 000 tonnes de boues d’usines de traitement des eaux usées. Les usines sont situées dans 14 préfectures de l’est et du nord-est du Japon. Plus de 1 500 tonnes, dans 5 préfectures, incluant Fukushima et Miyagi, contenant 8 000 Bq/kg ou plus, sont trop contaminées et ne peuvent pas être mises en déchet. 76 % de ces boues sont actuellement stockés sur les sites des usines. 54 000 tonnes de boues supplémentaires n’ont pas encore été mesurées. Le gouvernement prépare des lignes directrices pour la gestion de ces boues.

Un plan de décontamination a été publié le 26 août par le gouvernement japonais ; des directives pour la gestion des déchets issus de la décontamination ont été définies :

  • Dans les municipalités disposant de moyens de gestion des déchets,
      • Si leur contamination est inférieure à 8 000 Bq/kg, ils peuvent être enterrés ;
      • Si leur contamination est supérieure à 8 000 Bq/kg, ils doivent être incinérés et les cendres doivent être entreposées ;
  • Dans les municipalités ne disposant pas de moyens de gestion des déchets, les déchets doivent être entreposés sur des sites dédiés.

Le choix de la localisation des sites d’entreposage doit tenir compte de la présence des aquifères. De plus, les sites doivent être rendus les plus imperméables possibles afin de limiter le transfert des substances radioactives vers les sols et les eaux souterraines. Enfin, les déchets eux-mêmes doivent être emballés dans des matériaux imperméables. Une couche de sol faiblement contaminée peut être ajoutée par-dessus, afin de limiter l’exposition externe des opérateurs. Si cela n’est pas fait, il est recommandé de recouvrir le site afin de le rendre le plus imperméable possible aux eaux de pluie. Les débits de dose sur ces sites doivent être surveillés régulièrement.

VIII. Publication d’un plan de décontamination

Le gouvernement japonais a publié, le 26 août, un plan pour la décontamination des zones proches de la centrale. Ce plan de décontamination prévoit :

  • une réduction de la contamination des bâtiments par le nettoyage à haute pression des toits pour les bâtiments les plus contaminés, et le nettoyage des gouttières et tuyaux d’écoulement des eaux de pluie de tous les bâtiments ;
  • le décapage des jardins les plus contaminés et l’élagage des arbres et la tonte de l’herbe de tous les jardins ;
  • le nettoyage des routes en asphalte et l’enlèvement des déchets et des boues accumulés le long des routes ;
  • la taille des arbres plantés le long des routes et l’élimination des feuilles mortes.

Les niveaux de référence retenus pour définir les zones à décontaminer prioritairement sont :

  • 20 mSv/an sauf dans les lieux accueillant les enfants ;
  • 1 mSv/an dans les lieux accueillant des enfants et sur le long terme.

Le budget alloué à ce plan est aujourd’hui de 2 milliards d’euros (220 milliards de yen)

L’objectif de ce plan est de réduire l’exposition des personnes de 50 % dans les zones résidentielles proches de la centrale dans les deux années à venir, tenant compte du fait que la décroissance physique et environnementale des radionucléides entraînera, au cours de ces deux années une diminution de 40 % de l’exposition de la population.

Une attention particulière sera portée aux lieux accueillant des enfants, du fait de la sensibilité au risque radiologique de ces derniers. L’objectif, dans les lieux accueillant les enfants, est de réduire les niveaux d’exposition de 60 % en deux ans, en tenant compte des travaux de décontamination déjà menés.

Le gouvernement japonais a la responsabilité de l’ensemble des travaux de réduction de la contamination des territoires affectés par l’accident de Fukushima. Cependant, en fonction du niveau de contamination des zones, les modalités de définition et de mise en œuvre du plan de réduction de la contamination diffèrent :

  • Si l’exposition prévisionnelle dépasse 20 mSv/an, le gouvernement national est responsable de la définition du plan et de sa mise en œuvre, avec l’utilisation de techniques de décontamination spécifiques et un dispositif de protection et de surveillance des intervenants. Cependant si les acteurs locaux souhaitent mettre en œuvre leur propre plan de décontamination, ils sont également invités à le faire, sous réserve d’une exposition importante des intervenants.
  • Si l’exposition prévisionnelle est inférieure à 20 mSv/an, les municipalités sont responsables (car plus proches des attentes de la population) mais le gouvernement national prévoit la mise à disposition d’aides financières, de main-d’œuvre, de moyens de mesure et enfin l’envoi d’experts de décontamination et de radioprotection chargés d’assister les acteurs locaux. De plus des « Guidelines for Municipality’s decontamination work » seront publiées, décrivant les actions de décontamination et leur efficacité. Enfin, les plans municipaux seront coordonnés par les gouvernements des préfectures.
  • Si l’exposition prévisionnelle est inférieure à 1 mSv, la décontamination n’est pas nécessaire a priori mais des actions peuvent être ponctuellement mises en œuvre dans les lieux de reconcentration de la radioactivité (ex. gouttières des toits).

Le gouvernement national se chargera également de la coopération internationale et de la sollicitation d’experts étrangers si nécessaire. La prise en charge des déchets générés par les actions de réduction de la contamination (ex. sols contaminés) sera centralisée, le gouvernement national étant responsable de l’implantation de sites de stockage. Cependant, cette démarche n’étant pas encore terminée, il est proposé que les municipalités définissent elles-mêmes des lieux d’entreposage pour les déchets issus de la décontamination de leur ville.

Le MEXT a réactualisé les recommandations à destination des populations désirant mettre en œuvre par elles-mêmes des travaux de décontamination, dont la première version avait été élaborée en juillet 2011. Il y est indiqué les lieux où la contamination a tendance à s’accumuler et où le travail de décontamination est le plus efficace (sols ayant subi un dépôt humide, gouttières des toits, caniveaux…). Un ordre de grandeur des doses additionnelles reçues pendant la mise en œuvre des actions de décontamination est également proposé (0,05 à 0,5 µSv par action mise en œuvre) et des conseils de radioprotection simples sont donnés :

  • limiter la durée d’exposition/jour en rationnalisant le travail ;
  • porter des masques, lunettes, bottes de protection et éventuellement des combinaisons ;
  • procéder à un nettoyage approfondi des personnes et des vêtements utilisés.


[1] Une mycorhize est le résultat de l'association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes.

Date de la dernière mise à jour : 03/09/2021