L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et les conséquences radiologiques au Japon

Publié le 26/08/2011 à 10:00

Communiqué de presse

I. La situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Vendredi 19 août 2011, une réplique sismique de magnitude 6,8 (échelle de Richter) est survenue au large de la préfecture de Fukushima. Selon Tepco, exploitant de l’installation, ce séisme n’a pas eu de conséquence sur la centrale.

Les dernières analyses japonaises montrent que le combustible des réacteurs 1 à 3 a fondu rapidement après le début de l’accident. Le combustible fondu peut se retrouver en fond de cuve, ce qui risque d’entraîner leur percement.

Une injection d’azote est réalisée dans l’enceinte de confinement des réacteurs 1, 2 et 3 pour prévenir les risques d’explosion d’hydrogène.

Réacteur de Fukushima
Schéma d'un réacteur à eau bouillante

Tepco conduit un plan d’action visant à maîtriser les rejets et à abaisser significativement la radioactivité. Ce plan, qui devrait s’étendre sur plusieurs mois, vise à traiter cinq problématiques : le refroidissement des cœurs ; le refroidissement des piscines ; le devenir de l’eau fortement contaminée ; la maîtrise du confinement des réacteurs ; la protection des travailleurs.

L’exploitant a mis en place des protections temporaires anti-tsunami sur le site.
 La construction de murs souterrains autour des réacteurs est à l’étude. L’objectif est d’empêcher toute fuite éventuelle d’eau contaminée, en particulier vers la mer.

A. Le refroidissement des cœurs de réacteur endommagés.

Un système pérenne de refroidissement en circuit fermé a été mis en place pour refroidir les réacteurs 1, 2 et 3.

B. Le refroidissement des piscines d’entreposage du combustible usé.

Les piscines du réacteur 1, 2 et 3 sont également refroidies en circuit fermé. La piscine du réacteur 4 fait l’objet d’apport d’eau pour compenser l’évaporation. Un système pérenne de refroidissement de la piscine du réacteur 4 est en cours de démarrage.

Depuis le 31 juillet 2011, un système pérenne de refroidissement avec échangeur de chaleur est également en œuvre sur la piscine du réacteur 4 ; il a permis d’abaisser la température de l’eau de 86 à 42° C.

C. La gestion de l’eau contaminée sur le site.

Les eaux stockées sur le site (110 000 tonnes d’eau dans différentes parties du site) sont pompées, stockées, traitées puis réinjectées en partie dans les réacteurs 1, 2 et 3. Au 21 août, près de 50 000 tonnes d’eau ont été traitées.

Pour traiter les effluents générés par les actions de refroidissement du combustible, l’exploitant a mis en service une installation de décontamination des eaux, fournie en partie par Areva. Une seconde installation de décontamination des eaux, appelée Sarry, est actuellement en phase d’essai. L’eau accumulée dans la salle des machines du réacteur 6 est transférée et entreposée temporairement dans une barge flottante, appelée Mega Float, d’une capacité de 10 000 tonnes.

D. Le renforcement de la tenue aux séismes.

Afin de renforcer les structures en cas de séisme, Tepco a mis en place des piliers de soutènement renforcés par un coulage de béton sous la piscine du réacteur 4. Les études concernant le renforcement des autres réacteurs sont actuellement en cours.

E. La limitation des rejets radioactifs.

Afin de limiter la dispersion de la contamination, le recouvrement du bâtiment réacteur n°1 est prévu pour la fin du mois de septembre. Une opération similaire est étudiée pour les réacteurs 3 et 4 dont les bâtiments sont les plus endommagés.

F. La radioprotection des travailleurs.

Les évaluations des doses totales (dose interne et externe), reçues par les intervenants en situation d’urgence radiologique, ont été publiées par Tepco le 10 août :

 

  • en mars, la valeur maximale de la dose mensuelle reçue est 670,4 millisieverts (mSv) et la valeur moyenne est 22,4 mSv (3 715 travailleurs ont bénéficié de cette évaluation) ;
  • en avril, la valeur maximale de la dose mensuelle reçue est 69,3 mSv et la valeur moyenne est 3,9 mSv (3 463 travailleurs ont bénéficié de cette évaluation) ;
  • en mai, la valeur maximale de la dose mensuelle reçue est 41,6 mSv et la valeur moyenne est 3,1 mSv (2 721 travailleurs ont bénéficié de cette évaluation).

 

Six travailleurs ont reçu une dose mensuelle totale supérieure à 250 mSv en mars (aucun en avril et mai).

 

II. Le suivi des populations présentes au Japon

Le gouvernement japonais a annoncé les grandes lignes de sa politique de soutien aux personnes et aux entreprises concernées par l’accident de Fukushima. Parmi les actions annoncées :

  • mise à disposition de 24 000 logements d’ici la mi-août pour les personnes évacuées des zones à proximité de la centrale ;
  • suivi sanitaire des citoyens situés hors de la zone de Fukushima qui le souhaiteraient ;
  • soutien financier actif aux écoles pour lesquelles le débit de dose dans la cour de récréation dépasse 1 micro sievert par heure (µSv/h) et qui ont engagé des travaux de réduction des expositions ;
  • soutien à la création d’emplois dans la préfecture de Fukushima ;
  • prêts long-terme à taux zéro pour les petites et moyennes entreprises dont le siège ou les activités sont localisés dans les zones évacuées ;
  • prêts-relais accordés aux coopératives agricoles et piscicoles afin d’apporter un soutien financier aux entreprises sujettes à des interdictions de commercialisation ;
  • mise en œuvre de l’indemnisation aux personnes évacuées et engagement de l’indemnisation des activités économiques.

La préfecture de Fukushima a proposé des solutions pour réduire la radioactivité dans les rizières (inondation des rizières ; canaux de drainage ; utilisation de plantes absorbant la radioactivité).

L’université de Tokyo a engagé une étude pour évaluer l’impact sanitaire des faibles doses chez les populations ayant été exposées suite à l’accident de Fukushima. Cette étude est présentée comme une étude épidémiologique de très grande ampleur portant sur l’ensemble des résidents de la préfecture de Fukushima (2 millions de personnes) ; elle doit se dérouler sur au moins 30 ans. Cette étude doit permettre d’estimer les niveaux de dose auxquels a été soumise la population d’étude et identifier les effets sanitaires associés

III. La contamination radioactive de l’environnement au Japon

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue globalement. Dans la zone proche du site accidenté, les débits de dose mesurés restent néanmoins importants.

L’IRSN a publié un bilan le 11 juillet qui indique qu’à proximité immédiate de la centrale, les concentrations dans l’eau de mer ont atteint fin mars et début avril jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de Becquerels par litre (Bq/l) pour les césiums 134 et 137 et ont même dépassé 100 000 Bq/l en iode 131. Cet iode a rapidement décru et n’est plus détecté depuis la fin du mois de mai. Les concentrations en césium 137 mesurées dans l’eau de mer au voisinage du site sont aujourd’hui mille fois plus faibles que celles mesurées en avril. La stabilisation des concentrations autour de 3 Bq/l montre que de faibles rejets dans la mer ont toujours lieu.

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue. A Fukushima, le 9 août, le débit de dose était 1,2 µSv/h. Les 46 autres préfectures présentent des débits de dose inférieurs à 0,1 µSv/h.

Les territoires les plus affectés présentent des niveaux de contamination supérieurs à 3 millions de Bq/m² en césium 134/137 et sont situés en zone proche de la centrale (Futaba, Okuma, Obioka, Namie) mais également au-delà de 20 km au nord-ouest (Iitate, Kawamata, Katsuro et Minamisoma). Ces dépôts se seraient formés après les rejets radioactifs émis le 15 mars 2011. Les rejets auraient été dispersés en direction du nord-ouest alors que de fortes précipitations pluvieuses et neigeuses se produisaient. Ces précipitations ont provoqué le « lessivage » des particules radioactives de l’air, entraînant un dépôt humide beaucoup plus intense que le dépôt sec.

Au-delà de cette bande fortement contaminée, les niveaux de contamination en césium restent élevés dans une zone de cinquante kilomètres de long et 20 km de large (dépôts en césium supérieurs à 600 000 Bq/m²).

Concernant le strontium, tous les points de prélèvements, situés dans 10 municipalités différentes, présentent une contamination en 89 Sr et 90 Sr signifiant une contamination assez large du territoire par ces radionucléides (jusqu’à au moins 60 km au nord-ouest de la centrale accidentée, selon le même schéma que le césium). A Namie, le niveau de contamination est de 250 Bq/kg de sol et 120 Bq/kg à Iitate. La contamination relevée aux autres points de prélèvement est inférieure à 20 Bq/kg.

Du plutonium 239 a été détecté dans 3 échantillons de sol prélevés le 30 mars, sur le site de la centrale (à des niveaux de l’ordre de 0,20 Bq/Kg). De faibles quantités de plutonium ont également été détectées à 1,7 km du site.

IV. La mise en place d’un « zonage post accidentel »

Les autorités japonaises ont mis en place 3 zones afin de limiter l’exposition des populations : une zone « interdite d’accès », une zone d’évacuation planifiée et une zone d’évacuation préparée.

La zone « interdite d’accès » est la zone de 20 km évacuée dès le début de la crise. Les 78 000 personnes qui résidaient dans cette zone ont la possibilité de revenir temporairement à leur domicile pour une durée maximale de 2 heures. Ils doivent porter une combinaison, un dosimètre, et subiront un contrôle de radiation en ressortant de la zone. Ces retours ponctuels et encadrés ont déjà été mis en œuvre pour certaines personnes. Les 6 000 personnes résidant dans un rayon de 3 km autour de la centrale ne bénéficieront pas de cette mesure à cause des débits de dose trop élevés.

La zone d’évacuation planifiée comprend les territoires au-delà des 20 km où la dose dépasserait 20 mSv pour les douze mois à venir du fait de l’exposition externe aux substances radioactives déposées dans l’environnement. Elle comprend Katurao village, Namie, Iitate village, une partie de Kawamata et de Minami Souma. L’évacuation de la zone d’évacuation planifiée a débuté le 15 mai. Au 17 juin, plus de 90 % du village d’Iitate était évacué et 99 % de la ville de Kawamata.

La zone d’évacuation préparée correspond aux territoires compris entre 20 et 30 km non concernés par la zone d’évacuation planifiée ; les habitants de cette zone doivent être préparés à une évacuation en cas d’urgence. Les enfants, femmes enceintes, malades ne doivent pas rester dans cette zone ; les établissements scolaires sont fermés. Pour répondre aux inquiétudes des parents face à l’éventuelle réouverture de certains établissements scolaires, le MEXT (Ministry of Education culture sport Technology and Science) envisage l’achat de 1 700 dosimètres à distribuer dans les écoles.

Dans un second temps, le gouvernement japonais a annoncé qu’il recommandait l’évacuation de «points chauds» qui sont des zones où, en fonction du comportement individuel, on ne peut exclure que la dose efficace projetée dépasse 20 mSv dans l’année qui suit l’accident, et où la décontamination ne permet pas d’atteindre des niveaux de dose inférieurs. Le gouvernement a identifié 104 “points chauds” représentant 113 foyers. Ces points sont situés majoritairement à l’intérieur de la zone d’évacuation planifiée mais certains sont en dehors (une partie du canton de Date et de Minami Soma). Les autorités locales ont identifié, en concertation avec les collectivités, au 3 août, 65 points (correspondant à 72 foyers) dans la ville de Minamisoma et 1 point dans le village de Kawauchi

Le gouvernement a informé les populations concernées de cette situation et indiqué qu’il faciliterait leur évacuation ; il a recommandé aux femmes enceintes et aux enfants d’évacuer.

Le 22 avril, les autorités ont annoncé une décision visant à interdire la culture du riz pendant l’année 2011 à l’intérieur de la zone d’évacuation, de la zone d’évacuation planifiée et de la zone d’évacuation préparée. Le 26 avril, il a été décidé que les animaux d’élevage présents dans la zone des 20 km seraient abattus.

Le 9 août, le gouvernement japonais a indiqué qu’il envisageait de réévaluer le zonage post-accidentel mis en place. Le gouvernement a toutefois estimé que dans certains lieux la consigne d’évacuation serait maintenue pendant une longue période.

La récente évaluation de l’état des réacteurs de la centrale de Fukushima et les résultats du plan de surveillance radiologique vont conduire le gouvernement à lever la zone d’évacuation préparée dès que les collectivités concernées auront élaboré leur plan de réhabilitation visant à restaurer des conditions de vie permettant le retour des résidents (en particulier la reprise des services publics, la restauration des infrastructures et la décontamination des cours d’école).

Dans les deux autres zones (accès interdit et évacuation planifiée), les réacteurs nucléaires doivent, préalablement à toute réévaluation du zonage, se trouver dans les conditions d'arrêt à froid. Une surveillance étroite des niveaux d’activité dans l’air et dans les sols ainsi que des actions de restauration des conditions de vie des résidents ont été engagées dans ces deux zones.

 

Trait rose : zone d’évacuation planifiée / Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence
Trait rose : zone d’évacuation planifiée Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence

V. La radioactivité dans les produits alimentaires japonais

Le bilan publié par le ministère de la santé japonais le 17 août fait apparaître que 12 850 échantillons de produits alimentaires ont été analysés depuis le 19 mars, dans 33 préfectures ; Parmi ces échantillons, 551 (4,3 %) ont présenté des résultats supérieurs aux limites réglementaires japonaises.

Au 16 août, la plupart des interdictions de consommation et de distribution des denrées ont été levées sur le territoire japonais. Ne subsistent que les interdictions suivantes :

Interdiction de distribution :

  • préfecture de Fukushima en totalité : anguille (juvenile) et viande de bœuf depuis le 19 juillet ;
  • préfecture de Fukushima pour certaines zones : fougères, pousses de bambou, champignons « Shiitake » (cultivés à l’extérieur et sous serre), abricots, saumons, vandoises et ayus (poissons) ;
  • feuilles de thé pour les préfectures d’Ibaraki (en totalité), de Tochigi, Gunma, Chiba, et Kanagawa (certaines localités) ;
  • viande de bœuf pour les préfectures de Miyagi (en totalité) depuis 28 juillet, Iwate (en totalité) depuis le 1er août, et Tochigi depuis le 2 août.

Interdiction de consommation :

  • Shitake : préfecture de Fukushima (1 localité) ;
  • Anguille : préfecture de Fukushima (totalité).

VI. La radioactivité dans l’eau du robinet au Japon

Les restrictions de consommation d’eau du robinet ont débuté le 21 mars. Elles ont concerné 23 collectivités réparties dans 5 préfectures. Elles sont toutes dues à la présence d’iode 131 au dessus des valeurs admissibles en situation d’urgence. Pour une seule collectivité, les mesures de restriction ont concerné la population générale. Pour les autres, ces mesures se sont adressées uniquement aux nourrissons. Depuis le 10 mai, l’ensemble des mesures de restrictions sont levées.

VII. La radioactivité dans les produits non alimentaires au Japon

Le 22 avril, les autorités japonaises ont publié des directives à l’intention des ports japonais, expliquant les contrôles radiologiques à mettre en œuvre avant le départ des bateaux. Les principales mesures demandées concernent :

  • débit de dose au contact des containeurs ;
  • débit de dose au contact des bateaux ;
  • débit de dose ambiant dans les ports ;
  • débit de dose au contact de l’eau de mer.

 Les contrôles réalisés au contact des containeurs et des bateaux permettront la délivrance, le cas échéant, d’un certificat de non contamination.

VIII. La gestion des déchets contaminés

Les municipalités de Fukushima ont été autorisées à incinérer des débris issus du tsunami fortement contaminés par dépôt de substances radioactives (> 8 000 Bq/kg de césium) si les incinérateurs utilisés disposent des filtres adéquats. Pour l’instant ces débris sont stockés sur des sites d’entreposage (bâtiments en béton). Les débris présentant des niveaux de contamination inférieurs à 8 000 Bq/kg en césium seront enfouis

Dans 16 préfectures, de la boue (provenant des sols) contenant des radionucléides est stockée dans des usines de traitement des déchets où des zones de stockage dédiées ont été identifiées. Mais les niveaux de contamination de ces boues sont supérieurs à ceux que les centres de stockage sont autorisés à gérer. Le gouvernement a donc décidé de prendre une mesure d’urgence autorisant le stockage et l’incinération des boues présentant une activité de plus de 100 000 Bq/kg en césium. Cette disposition ne s’applique qu’à la préfecture de Fukushima, toutefois les autres gouverneurs ont demandé que des valeurs guide soient fixées pour l’ensemble des préfectures.

De même, des questions sur la gestion des boues issues des installations de traitement de 16 préfectures sont en cours d’étude par un panel d’experts.

 Du césium a été détecté dans près de 50 000 tonnes de boues d’usines de traitement des eaux usées. Les usines sont situées dans 14 préfectures de l’est et du nord-est du Japon. Plus de 1 500 tonnes, dans 5 préfectures, incluant Fukushima et Miyagi, contenant 8 000 Bq/kg ou plus, sont trop contaminées et ne peuvent pas être mises en déchet. 76 % de ces boues sont actuellement stockés sur les sites des usines. 54 000 tonnes de boues supplémentaires n’ont pas encore été mesurées. Le gouvernement prépare des lignes directrices pour la gestion de ces boues.

Date de la dernière mise à jour : 03/09/2021