L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et les conséquences radiologiques au Japon

Publié le 02/08/2011 à 10:30

Communiqué de presse

I. La situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible de ces réacteurs se poursuit en circuit fermé. Le 31 juillet 2011, un système de refroidissement avec échangeur a été testé pour la piscine d’entreposage de combustible du réacteur 4. L’exploitant espère pouvoir faire descendre la température de l’eau à un niveau satisfaisant en un mois.

Pour traiter les effluents générés par les actions de refroidissement du combustible, l’exploitant a mis en service une installation de décontamination des eaux, fournie pour partie par Areva. L’aménagement d’une seconde installation de décontamination des eaux appelée Sarry, est en cours d’installation.

Les dernières analyses japonaises montrent que le combustible des réacteurs 1 à 3 a fondu rapidement après le début de l’accident. Le combustible fondu peut se retrouver en fond de cuve, ce qui risque d’entraîner leur percement.

Une injection d’azote est effectuée dans l’enceinte de confinement des réacteurs 1, 2 et 3 pour prévenir les risques d’explosion d’hydrogène.

Réacteur de Fukushima
Schéma d'un réacteur à eau bouillante

Tepco mène actuellement un plan d’action visant à maîtriser les rejets et à abaisser significativement la radioactivité. Ce plan, qui devrait s’étendre sur plusieurs mois, vise à traiter cinq problématiques : le refroidissement des cœurs ; le refroidissement des piscines ; le devenir de l’eau fortement contaminée ; la maîtrise du confinement des réacteurs ; la protection des travailleurs.

Tepco a engagé des actions pour installer des structures visant à limiter les rejets atmosphériques sur le long terme sur les bâtiments de réacteurs qui le nécessitent.

L’exploitant a initié la construction de murs anti-tsunami sur le site. La construction de murs souterrains autour des réacteurs est à l’étude. Leurs objectif est d’empêcher toute fuite éventuelle, en particulier vers la mer, d’eau contaminée.

A. Le refroidissement des cœurs endommagés.

Un système pérenne de refroidissement en circuit fermé a été mis en place pour refroidir les réacteurs 1, 2 et 3.

B. Le refroidissement des piscines de combustibles usés.

Les piscines du réacteur 1, 2 et 3 sont également refroidies en circuit fermé. La piscine du réacteur 4 fait l’objet d’apport d’eau pour compenser l’évaporation. Un système pérenne de refroidissement de la piscine du réacteur 4 est en cours de démarrage.

C. La gestion de l’eau contaminée sur le site.

Un circuit de refroidissement des réacteurs 1 à 3 en circuit fermé a été mis en service : les eaux stockées sur le site (110 000 tonnes d’eau dans différentes parties du site) sont pompées, stockées, traitées puis réinjectées en partie dans les réacteurs 1 à 3. Au 27 juillet, 30 000 tonnes d’eau avaient été traitées.

D. La limitation des rejets radioactifs.

En complément de la filtration de l’air des bâtiments réacteurs, un recouvrement du bâtiment réacteur n°1 est envisagé pour limiter la dispersion de la contamination. Une opération similaire est étudiée pour les réacteurs n°3 et 4 dont les bâtiments sont les plus endommagés.

E. La radioprotection des travailleurs.

Tepco poursuit le contrôle de l’exposition interne de ses employés. Après l’annonce du dépassement de la valeur limite annuelle en situation d’urgence (250 millisieverts (mSv)) pour deux employés, l’exploitant a décidé de conduire une réévaluation des doses reçues par les employés pour lesquels les premières évaluations conduisaient à des valeurs significatives. 2 autres travailleurs ont reçu des doses comprises entre 200 et 250 mSv ; 100 ont été exposés à des doses allant de 100 à 200 mSv. Au 29 juillet, 6 employés ont dépassé la dose de 250 mSv (doses comprises entre 309 et 678 mSv).
 Les fortes chaleurs rendent les conditions de travail très difficiles. Après deux malaises liés à la déshydratation, Tepco tente d’améliorer les conditions de travail notamment par le port de vestes réfrigérées.

II. Le suivi des populations présentes au Japon

Le gouvernement japonais a annoncé les grandes lignes de sa politique de soutien aux personnes et aux entreprises concernées par l’accident de Fukushima. Parmi les actions annoncées :

  • mise à disposition de 24 000 logements d’ici la mi-août pour les personnes évacuées des zones à proximité de la centrale ;
  • mise en place de prêts à taux zéro à long terme pour les petites et moyennes entreprises ;
  • suivi sanitaire des citoyens situés hors de la zone de Fukushima qui le souhaiteraient.

La préfecture de Fukushima a proposé des solutions pour réduire la radioactivité dans les rizières (inondation des rizières ; canaux de drainage ; utilisation de plantes absorbant la radioactivité).

Le gouvernement japonais a annoncé une première ébauche de sa politique de soutien aux personnes et aux entreprises affectées par l’incident de Fukushima, promettant de prendre la responsabilité de sa politique de promotion de l’énergie nucléaire. Parmi les différentes mesures annoncées :

  • Soutien financier actif aux écoles pour lesquelles le débit de dose dans la cour de récréation dépasse 1µSv/h et qui ont engagé des travaux de réduction des expositions ;
  • Soutien à la création d’emplois dans la Préfecture de Fukushima ;
  • Prêts long-terme à taux zéro pour les petites et moyennes entreprises dont le siège ou les activités étaient localisés dans les zones évacuées ;
  • Prêts-relais accordés aux coopératives agricoles et piscicoles afin d’apporter un soutien financier aux entreprises sujettes à des interdictions de commercialisation ;
  • Mise en œuvre de l’indemnisation aux personnes évacuées et engagement de l’indemnisation des activités économiques.

III. La contamination radioactive de l’environnement au Japon

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue globalement.

Dans la zone proche du site accidenté, les débits de dose mesurés restent néanmoins importants.

L’IRSN a publié un avis le 13 mai 2011 sur les rejets dans le milieu marin et les conséquences sur les produits de la pêche. Cet avis confirme que des concentrations importantes en radionucléides sont encore mesurées à proximité du site nucléaire. Les concentrations de l’eau de mer décroissent ensuite rapidement notamment en raison de la dilution : elles sont divisées par environ 100 à 15 km et par 1 000 à 30 km.

L’IRSN a publié le 25 mai une synthèse des informations disponibles sur la contamination radioactive de l’environnement terrestre japonais provoquée par l’accident de Fukushima Daiichi. Ce document propose une explication concernant l’origine des dépôts importants identifiés au nord-ouest de la centrale. Ils se seraient formés lors de rejets radioactifs émis par l’installation le 15 mars 2011. Ces rejets auraient été dispersés en direction du nord-ouest alors que de fortes précipitations pluvieuses et neigeuses se produisaient, notamment sur le village d’Iitate. Ces précipitations ont provoqué le lessivage des particules radioactives de l’air, entraînant ainsi un dépôt humide beaucoup plus intense que le dépôt sec.

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue. A Fukushima, le 5 juillet, le débit de dose était 1,4 µSv/h. Les 45 autres préfectures présentent des débits de dose inférieurs à 0,1 µSv/h.

Les territoires les plus affectés présentent des niveaux de contamination supérieurs à 3 millions de Bq/m² en Césium 134/137 et sont situés en zone proche de la centrale (Futaba, Okuma, Obioka, Namie), mais également au-delà de 20 km au nord-ouest (Iitate, Kawamata, Katsuro et Minamisoma). Au-delà de cette bande fortement contaminée, les niveaux de contamination en Césiums restent élevés dans une zone de cinquante kilomètres de long et 20 km de large (dépôts en césium supérieurs à 600 000 Bq/m²).

Concernant le strontium, tous les points de prélèvements, situés dans 10 municipalités différentes, présentent une contamination en 89 Sr et 90 Sr signifiant une contamination assez large du territoire par ces radionucléides (jusqu’à au moins 60 km au nord-ouest de la centrale accidentée, selon le même schéma que le césium). A Namie, le niveau de contamination est de 250 Bq/kg de sol et 120 Bq/kg à Iitate. La contamination relevée aux autres points de prélèvement est inférieure à 20 Bq/kg.

Du plutonium 239 a été détecté dans 3 échantillons de sol prélevés le 30 mars, sur le site de la centrale (à des niveaux de l’ordre de 0,20 Bq/Kg). De faibles quantités de plutonium ont également été détectées à 1,7 km du site.

IV. La mise en place d’un « zonage post accidentel »

Les autorités japonaises ont mis en place 3 zones afin de limiter l’exposition des populations : une zone « interdite d’accès », une zone d’évacuation planifiée et une zone d’évacuation préparée.

La zone « interdite d’accès » est la zone de 20 km évacuée dès le début de la crise. Les 78 000 personnes qui résidaient dans cette zone ont la possibilité de revenir temporairement à leur domicile pour une durée maximale de 2 heures. Ils doivent porter une combinaison, un dosimètre, et subiront un contrôle de radiation en ressortant de la zone. Ces retours ponctuels et encadrés ont déjà été mis en œuvre pour certaines personnes. Les 6 000 personnes résidant dans un rayon de 3 km autour de la centrale ne bénéficieront pas de cette mesure à cause des débits de dose trop élevés.

La zone d’évacuation planifiée comprend les territoires au-delà des 20 km où la dose dépasserait 20 mSv pour les douze mois à venir du fait de l’exposition externe aux substances radioactives déposées dans l’environnement. Elle comprend Katurao village, Namie, Iitate village, une partie de Kawamata et de Minami Souma. L’évacuation de la zone d’évacuation planifiée a débuté le 15 mai. Au 17 juin, plus de 90% du village d’Iitate était évacué et 99% de la ville de Kawamata.

La zone d’évacuation préparée correspond aux territoires compris entre 20 et 30 km non concernés par la zone d’évacuation planifiée ; les habitants de cette zone doivent être préparés à une évacuation en cas d’urgence. Les enfants, femmes enceintes, malades ne doivent pas rester dans cette zone, les établissements scolaires sont fermés. Pour répondre aux inquiétudes des parents face a l’éventuelle réouverture de certains établissements scolaires, le MEXT (Ministry of Education culture sport Technology and Science) envisage l’achat de 1 700 dosimètres à distribuer dans les écoles.

Dans un second temps, le gouvernement japonais a annoncé qu’il recommandait l’évacuation de « points chauds » qui sont des zones où, en fonction du comportement individuel, on ne peut exclure que la dose efficace projetée dépasse 20 mSv dans l’année qui suit l’accident, et où la décontamination ne permet pas d’atteindre des niveaux de dose inférieurs. Le gouvernement a identifié 104 “points chauds” représentant 113 foyers.

Le gouvernement a informé les populations concernées de cette situation et indiqué qu’il faciliterait leur évacuation ; il a recommandé aux femmes enceintes et aux enfants à évacuer.

Ces points sont situés majoritairement à l’intérieur de la zone d’évacuation planifiée mais certains sont en dehors (une partie du canton de Date et de Minami Soma).

Le 22 avril, les autorités ont annoncé une décision visant à interdire la culture du riz pendant l’année 2011 à l’intérieur de la zone d’évacuation, de la zone d’évacuation planifiée et de la zone d’évacuation préparée. Le 26 avril, il a été décidé que les animaux d’élevage présents dans la zone des 20 km seraient abattus.

 

Trait rose : zone d’évacuation planifiée / Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence
Trait rose : zone d’évacuation planifiée Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence

V. La radioactivité dans les produits alimentaires japonais

Le bilan publié par l’OMS au 27 mai fait apparaître que 3 961 échantillons de produits alimentaires ont été analysés pendant la période du 16 mars au 26 mai, dans 21 préfectures ; ils concernent plus de 300 types de produits différents. Parmi ces échantillons, 301 (7,8 %) ont présenté des résultats supérieurs aux limites réglementaires japonaises.

Au 4 juillet, la plupart des interdictions de consommation/commercialisation des denrées ont été levées sur le territoire japonais. Ne subsistent que les interdictions suivantes :

  • préfecture de Fukushima en totalité : anguille et saumon depuis le 2 juin ;
  • préfecture de Fukushima pour certaines zones : fougères, pousses de bambou, champignons « Shiitake » et abricots depuis le 2 juin ;
  • préfecture d’Ibaraki (en totalité), de Chiba, Kanagawa et Tochigi (certaines localités) : feuilles de thé.

Au 13 mai, l’IRSN indique que la zone marine au sein de laquelle des poissons présentant des niveaux de contamination supérieurs aux niveaux maximaux admissibles (NMA) représente un rayon d’une centaine de kilomètres autour de l’installation.

VI. La radioactivité dans l’eau du robinet au Japon

Les restrictions de consommation d’eau du robinet ont débuté le 21 mars. Elles ont concerné 23 collectivités réparties dans 5 préfectures. Elles sont toutes dues à la présence d’iode 131 au dessus des valeurs admissibles en situation d’urgence. Pour une seule collectivité, les mesures de restriction ont concerné la population générale. Pour les autres, ces mesures se sont adressées uniquement aux nourrissons. Depuis le 10 mai, l’ensemble des mesures de restrictions sont levées.

VII. La radioactivité dans les produits non alimentaires au Japon

Le 22 avril, les autorités japonaises ont publié des directives à l’intention des ports japonais, expliquant les contrôles radiologiques à mettre en œuvre avant le départ des bateaux. Les principales mesures demandées concernent :

  • débit de dose au contact des containeurs ;
  • débit de dose au contact des bateaux ;
  • débit de dose ambiant dans les ports ;
  • débit de dose au contact de l’eau de mer.

Les contrôles réalisés au contact des containeurs et des bateaux permettront la délivrance, le cas échéant, d’un certificat de non contamination.

VIII. La gestion des déchets contaminés

Les municipalités de Fukushima ont été autorisées à incinérer des débris issus du tsunami fortement contaminés par dépôt de substances radioactives (> 8000 Bq/kg de césium) si les incinérateurs utilisés disposent des filtres adéquats. Pour l’instant ces débris sont stockés sur des sites d’entreposage (bâtiments en béton). Les débris présentant des niveaux de contamination inférieurs à 8000 Bq/kg en césium seront enfouis

Dans 16 préfectures, de la boue (provenant des sols) contenant des radionucléides est stockée dans des usines de traitement des déchets où des zones de stockage dédiées ont été identifiées. Mais les niveaux de contamination de ces boues sont supérieurs à ceux que les centres de stockage sont autorisés à gérer. Le gouvernement a donc décidé de prendre une mesure d’urgence autorisant le stockage et l’incinération des boues présentant une activité de plus de 100 000 Bq/kg en césium. Cette disposition ne s’applique qu’à la préfecture de Fukushima, toutefois les autres gouverneurs ont demandé que des valeurs guide soient fixées pour l’ensemble des préfectures.

 De même, des questions sur la gestion des boues issues des installations de traitement de 16 préfectures sont en cours d’étude par un panel d’experts.

Date de la dernière mise à jour : 03/09/2021