L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et les conséquences radiologiques au Japon

Publié le 16/06/2011 à 16:34

Communiqué de presse

I. La situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert. La sûreté ne peut être considérée comme stabilisée tant que cette situation persiste.

Les dernières analyses japonaises montrent que le combustible des réacteurs 1 à 3 a fondu rapidement après le début de l’accident. Le combustible fondu peut se retrouver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur percement.

Pour traiter les effluents générés par les actions de refroidissement du combustible, une installation de décontamination des eaux, fournie pour partie par Areva, est en cours de test en vue d’un fonctionnement d’ici la mi-juin.

Réacteur de Fukushima
Schéma d'un réacteur à eau bouillante

Tepco mène actuellement un plan d’action visant à maîtriser les rejets et à abaisser significativement la radioactivité. Ce plan, qui devrait s’étendre sur plusieurs mois, vise à traiter cinq problématiques : le refroidissement des cœurs ; le refroidissement des piscines ; le devenir de l’eau fortement contaminée ; la maîtrise du confinement des réacteurs ; la protection des travailleurs.

A. Le refroidissement des cœurs endommagés.

L’injection d’eau pour le refroidissement des cœurs des réacteurs est assurée en tant que de besoin, par les lignes normales d’injection d’eau. Pour mettre en place un système pérenne de refroidissement en circuit fermé, des travaux sont en cours sur les différents bâtiments réacteurs. Les conditions d’intervention sont difficiles :

  • Un robot a détecté des fumées hautement radioactives dans le bâtiment réacteur n°1 ; aucune intervention humaine n’est prévue dans les zones concernées.
  • Dans le bâtiment réacteur n°2, les conditions hydrométriques (99 % d’humidité) interdisent l’accès humain. Des travaux sont en cours pour installer un système de filtration de l’air pour, in fine, pouvoir ouvrir les portes du bâtiment et permettre l’accès.
  •  Des travaux de déblaiement des débris radioactifs sont en cours pour permettre l’accès au bâtiment réacteur n°3.

B. Le refroidissement des piscines de combustibles usés.

Pour la piscine du réacteur n°2, Tepco a mis en place, début juin, un système de refroidissement. Ceci a permis de diminuer fortement la température de l’eau, qui est désormais proche d’un niveau normal. La mise en place d’un tel système est également prévue pour les piscines des réacteurs n°1, 3 et 4. Toutefois, pour cette dernière, un renforcement préalable de son soutènement avec des piliers en acier est nécessaire.

Au cours des derniers jours, en raison des fortes pluies, Tepco a dû protéger les installations électriques avec des sacs de sable.

C. La gestion de l’eau contaminée sur le site.

De grandes quantités d’eau (105 000 tonnes selon Tepco) ont servi au refroidissement en circuit ouvert du combustible nucléaire et se sont accumulées dans les unités 1 à 4 (bâtiments turbine et galeries). 500 tonnes d’eau s’ajoutent quotidiennement ; les pluies abondantes risquent également de saturer plus rapidement les dispositifs de stockage, entraînant un risque de débordement de l’eau contaminée dans l’environnement.

L’exploitant cherche à assurer le pompage de l’eau contaminée et son traitement à l’aide de l’installation de décontamination des eaux qui devrait être opérationnelle à la mi-juin. Les effluents seront alors transférés vers des réservoirs de stockages sur site. En parallèle, Tepco entreprend depuis début juin de boucher les galeries souterraines, sources de fuites de l’eau contaminée.

D.La limitation des rejets radioactifs.

En complément de la filtration de l’air des bâtiments réacteurs, un recouvrement du bâtiment réacteur n°1 est envisagé pour limiter la dispersion de la contamination. Une opération similaire est étudiée pour les réacteurs n°3 et 4 dont les bâtiments sont les plus endommagés.

E. La radioprotection des travailleurs.

Les bilans publiés concernant l’exposition des travailleurs indiquent que parmi les 300 employés de la centrale, deux ont reçu des doses de l’ordre de 650 millisieverts (mSv), supérieures aux limites autorisées. Au vu des nouveaux résultats dosimétriques, Tepco a indiqué engager des analyses médicales plus poussées sur les 150 travailleurs en charge d’opérations similaires à celles des deux employés exposés.

Le 30 mai Tepco a indiqué que deux ouvriers présentaient des niveaux d’iode 131 à la tyroïde supérieurs aux évaluations de doses réalisées jusqu’alors ; ils subiront des analyses médicales plus poussées. Suite à cette découverte, le MHLW (Ministry of Health, Labour and Welfare) a contrôlé avec plus d’attention la contamination interne de tous les employés. A ce stade, il indique que 52 travailleurs auraient été exposés en interne à plus de 20 mSv et 3 autres à plus de 100 mSv.

Les fortes chaleurs rendent les conditions de travail très difficiles. Après deux malaises liés à la déshydratation, Tepco tente d’améliorer les conditions de travail notamment par le port de vestes réfrigérées.

 

II. Le suivi des populations présentes au Japon

Le gouvernement japonais a annoncé les grandes lignes de sa politique de soutien aux personnes et aux entreprises concernées par l’accident de Fukushima. Parmi les actions annoncées :

  •  mise à disposition de 24 000 logements d’ici la mi-août pour les personnes évacuées des zones à proximité de la centrale ;
  • mise en place de prêts à taux zéro à long terme pour les petites et moyennes entreprises ;
  • suivi sanitaire des citoyens situés hors de la zone de Fukushima qui le souhaiteraient.

La préfecture de Fukushima a proposé des solutions pour réduire la radioactivité dans les rizières (inondation des rizières ; canaux de drainage ; utilisation de plantes absorbant la radioactivité).

III. La contamination radioactive de l’environnement au Japon

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue globalement.

Dans la zone proche du site accidenté, les débits de dose mesurés restent néanmoins importants.

L’IRSN a publié un avis le 13 mai 2011 sur les rejets dans le milieu marin et les conséquences sur les produits de la pêche. Cet avis confirme que des concentrations importantes en radionucléides sont encore mesurées à proximité du site nucléaire. Les concentrations de l’eau de mer décroissent ensuite rapidement notamment en raison de la dilution : elles sont divisées par environ 100 à 15 km et par 1 000 à 30 km.

L’IRSN a publié le 25 mai une synthèse des informations disponibles sur la contamination radioactive de l’environnement terrestre japonais provoquée par l’accident de Fukushima Daiichi[1]. Ce document propose une explication concernant l’origine des dépôts importants identifiés au nord-ouest de la centrale. Ils se seraient formés lors de rejets radioactifs émis par l’installation le 15 mars 2011. Ces rejets auraient été dispersés en direction du nord-ouest alors que de fortes précipitations pluvieuses et neigeuses se produisaient, notamment sur le village d’Iitate. Ces précipitations ont provoqué le lessivage des particules radioactives de l’air, entraînant ainsi un dépôt humide beaucoup plus intense que le dépôt sec.

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue. A Fukushima, le 7 juin, le débit de dose était 1,6 µSv (micro sievert)/h. Les 45 autres préfectures présentent des débits de dose inférieurs à 0,1 µSv/h.

Depuis le 19 mai, aucun nouveau dépôt significatif d’iode 131 n’a été mesuré. Depuis le 4 juin, aucun nouveau dépôt significatif de césium 137 n’a été mesuré.

En revanche, la caractérisation de la contamination en strontium progresse. Au 9 juin, le média japonais NHK indique que des analyses extensives de la contamination des sols en strontium a été publiée. Tous les points de prélèvements, situés dans 10 municipalités différentes, présentent une contamination en strontium 89 et 90 signifiant une contamination assez large du territoire par ces radionucléides (jusqu’à au moins 60 km au nord-ouest de la centrale accidentée, selon le même schéma que le césium). A Namie, le niveau de contamination est de 250 becquerels par kilo (Bq/kg) de sol et 120 Bq/kg à Iitate. La contamination relevée aux autres points de prélèvement est inférieure à 20 Bq/kg.

IV. La mise en place d’un « zonage post accidentel »

Les autorités japonaises ont mis en place 3 zones afin de limiter l’exposition des populations : une zone « interdite d’accès », une zone d’évacuation planifiée et une zone d’évacuation préparée.

La zone « interdite d’accès » est la zone de 20 km évacuée dès le début de la crise. Les 78 000 personnes qui résidaient dans cette zone auront la possibilité de revenir temporairement à leur domicile pour une durée maximale de 2 heures. Ils devront porter une combinaison, un dosimètre, et subiront un contrôle de radiation en ressortant de la zone. Ces retours ponctuels et encadrés ont déjà été mis en œuvre pour certaines personnes. Les 6 000 personnes résidant dans un rayon de 3 km autour de la centrale ne bénéficieront pas de cette mesure à cause des débits de dose trop élevés.

La zone d’évacuation planifiée comprend les territoires au-delà des 20 km où la dose dépasserait 20 mSv pour les douze mois à venir du fait de l’exposition externe aux substance radioactives déposées dans l’environnement. Au 1er juin, sur les 10 000 résidents des 5 villes concernées, 1 800 personnes étaient encore chez elles, dont 1 427 habitants d’Iitate (23%) : ils devraient pouvoir avoir quitté la ville d’ici le 20 juin.

La zone d’évacuation préparée correspond aux territoires compris entre 20 et 30 km non concernés par la zone d’évacuation planifiée ; les habitants de cette zone doivent être préparés à une évacuation en cas d’urgence. Les enfants, femmes enceintes, malades ne doivent pas rester dans cette zone, les établissements scolaires sont fermés. Pour répondre aux inquiétudes des parents face a l’éventuelle réouverture de certains établissements scolaires, le MEXT (Ministry of Education culture sport Technology and Science) envisage l’achat de 1 700 dosimètres à distribuer dans les écoles.

Le 22 avril, les autorités ont annoncé une décision visant à interdire la culture du riz pendant l’année 2011 à l’intérieur de la zone d’évacuation, de la zone d’évacuation planifiée et de la zone d’évacuation préparée. Le 26 avril, il a été décidé que les animaux d’élevage présents dans la zone des 20 km seraient abattus.

Le 24 mai 2011, l’IRSN a publié[2] des évaluations de dose externe liée au dépôt de particules radioactives dans l’environnement projetées sur 3 mois, 1 an et 70 ans, réalisées sur la base de l’évaluation de la contamination en césium fournie par le MEXT. En dehors des personnes déjà évacuées pendant la phase d'urgence (zone d'exclusion de 20 km), ces calculs montrent que dans la zone située au nord-ouest de la centrale accidentée, si les populations étaient maintenues sur place :

  • 2 200 personnes recevraient une dose supérieure à 100 mSv pendant la première année ;
  • 3 100 personnes recevraient une dose supérieure à 50 mSv pendant la première année ;
  • 70 000 personnes recevraient une dose supérieure à 10 mSv pendant la première année.

Sur 70 ans : 70 000 personnes (dont 9 500 enfants) recevraient des doses approchant 100 mSv.

En conséquence, si les autorités Japonaises décident de maintenir un niveau de référence de 20 mSv/an par personne, l'éloignement doit concerner 15 000 à 20 000 personnes.

 

Trait rose : zone d’évacuation planifiée / Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence
Trait rose : zone d’évacuation planifiée Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence

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V. La radioactivité dans les produits alimentaires japonais

 Le bilan publié par l’OMS au 27 mai fait apparaître que 3 961 échantillons de produits alimentaires ont été analysés pendant la période du 16 mars au 26 mai, dans 21 préfectures ; ils concernent plus de 300 types de produits différents. Parmi ces échantillons, 301 (7,8 %) ont présenté des résultats supérieurs aux limites réglementaires japonaises.

Au 14 juin, la plupart des interdictions de consommation/commercialisation des denrées ont été levées sur le territoire japonais. Ne subsistent que les interdictions suivantes :

  • préfecture de Fukushima en totalité : anguille et saumon depuis le 2 juin ;
  • préfecture de Fukushima pour certaines zones : fougères, pousses de bambou, champignons « Shiitake » et abricots depuis le 2 juin ;
  • préfecture d’Ibaraki (en totalité), de Chiba, Kanagawa et Tochigi (certaines localités) : feuilles de thé.

Au 13 mai, l’IRSN indique que la zone marine au sein de laquelle des poissons présentant des niveaux de contamination supérieurs aux niveaux maximaux admissibles (NMA) représente un rayon d’une centaine de kilomètres autour de l’installation.

VI. La radioactivité dans l’eau du robinet au Japon

Les restrictions de consommation d’eau du robinet ont débuté le 21 mars. Elles ont concerné 23 collectivités réparties dans 5 préfectures. Elles sont toutes dues à la présence d’iode 131 au dessus des valeurs admissibles en situation d’urgence. Pour une seule collectivité, les mesures de restriction ont concerné la population générale. Pour les autres, ces mesures se sont adressées uniquement aux nourrissons. Depuis le 10 mai, l’ensemble des mesures de restrictions sont levées. 

  

VII. La radioactivité dans les produits non alimentaires au Japon

Le 22 avril, les autorités japonaises ont publié des directives à l’intention des ports japonais, expliquant les contrôles radiologiques à mettre en œuvre avant le départ des bateaux. Les principales mesures demandées concernent :

  • débit de dose au contact des containeurs ;
  • débit de dose au contact des bateaux ;
  • débit de dose ambiant dans les ports ;
  • débit de dose au contact de l’eau de mer.

Les contrôles réalisés au contact des containeurs et des bateaux permettront la délivrance, le cas échéant, d’un certificat de non contamination.

Pour en savoir plus

  • le contrôle des importations de produits japonais en France

[1]http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/IRSN-NI_Fukushima-Consequences_environnement_Japon-25052011.pdf

[2]Évaluation au 66ème jour des doses externes projetées pour les populations vivant dans la zone de retombée nord-ouest de l’accident de Fukushima

Date de la dernière mise à jour : 03/09/2021