L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima et les conséquences radiologiques au Japon

Publié le 23/05/2011 à 15:00

Communiqué de presse

I. La situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

L’injection d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d’entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert.

Le 15 mai, l’exploitant de la centrale (Tepco) a indiqué que le niveau d’eau dans le réacteur n°1 était très bas car le combustible du réacteur a fondu et a percé le fond de la cuve. Afin d’éviter la dispersion d’éléments radioactifs, Tepco a commencé des opérations de recouvrement du bâtiment réacteur n°1.

Schéma d'un réacteur à eau bouillante

Tepco se concentre sur quatre priorités :

  • La prévention du risque d’explosion résultant de l’accumulation d’hydrogène dans les enceintes des réacteurs. L’exploitant continue à injecter de l’azote gazeux dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1 afin de réduire les risques d’explosion d’hydrogène. L’injection d’azote dans les réacteurs 2 et 3 n’a pas encore commencé.
  • Améliorer le refroidissement du cœur endommagé du réacteur n°1. Des travaux préalables à cette opération (recalibrage de l’instrumentation en place et installation de nouvelles jauges pour mesurer le niveau de l’eau dans l’enceinte de confinement) sont en cours. De plus, Tepco a décidé d’augmenter les débits d’injection d’eau (de 8 à 10 tonnes par heure) dans le réacteur. L’exploitant étudie également une solution visant à récupérer l’eau située en fond du bâtiment réacteur, à filtrer cette eau et à la refroidir avant de la réinjecter dans le réacteur.
  • La gestion de l’eau contaminée sur le site. Cette eau a servi au refroidissement en circuit ouvert du combustible nucléaire. L’exploitant cherche à assurer le pompage de l’eau contaminée car cette eau rend les conditions de travail difficiles. Actuellement près de 100 000 tonnes d'eau se sont accumulées dans les unités 1 à 4 (bâtiments turbine et galeries). Le transfert de cette eau vers des réservoirs a commencé.
  • La mise en place, à terme, pour le réacteur n°1 d’un refroidissement en circuit fermé de façon à ce que l’eau contaminée ne s’échappe plus.

Tepco a rendu public, le 17 avril, un plan d’actions visant à maîtriser les rejets et à abaisser significativement la radioactivité. Ce plan, qui devrait durer plusieurs mois, vise à traiter 5 problématiques : le refroidissement des cœurs ; le refroidissement des piscines ; le devenir de l’eau fortement contaminée ; la maîtrise du confinement des réacteurs ; la gestion des populations évacuées.

Afin de limiter la dispersion des substances radioactives présentes dans l’environnement immédiat de l’installation :

  • des opérations d’épandage de résine au sol ont lieu depuis le 26 avril ;
  • des sacs de zéolite (minéral microporeux appartenant au groupe des silicates) ont été immergés dans la mer à l’endroit où des rejets d’eau très contaminée ont eu lieu. L’objectif est que la zéolite absorbe certains composés radioactifs présents dans l’eau ;
  • du silicate de sodium a été injecté dans la galerie des câbles électriques du réacteur n°2 pour résorber la fuite de cette galerie vers la mer ;
  • des sacs de sable et des plaques en inox ont également été installés au niveau de la station de pompage pour limiter les rejets d’eau contaminée vers la mer.

II. La radioprotection des travailleurs

Les bilans publiés concernant l’exposition des travailleurs indiquent que parmi les 300 employés de la centrale, 2 ont reçu des doses comprises entre 200 et 250 millisievert (mSv) depuis le début de l’accident, 8 ont reçu des doses comprises entre 150 et 200 mSv et 11 ont reçu des doses comprises entre 100 et 150 mSv.

Par ailleurs, une personne qui travaillait à la centrale a perdu connaissance samedi 14 mai. Elle a été conduite à l’hôpital où elle est décédée peu de temps après son arrivée. Cette personne ne présentait pas de traces de radioactivité.

III. La contamination radioactive de l’environnement au Japon

A l’extérieur du site, la décroissance des débits de dose mesurés dans l’environnement continue globalement. Dans la zone proche du site accidenté, les débits de dose mesurés restent néanmoins importants.

L’IRSN a publié un avis le 13 mai 2011 sur les rejets dans le milieu marin et les conséquences sur les produits de la pêche. Cet avis confirme que des concentrations importantes en radionucléides sont encore mesurées à proximité du site nucléaire. Les concentrations de l’eau de mer décroissent ensuite rapidement notamment en raison de la dilution : elles sont divisées par environ 100 à 15 km et par 1 000 à 30 km.

IV. La mise en place d’un « zonage post accidentel »

Les autorités japonaises ont mis en place 3 zones afin de limiter l’exposition des populations : une zone « interdite d’accès », une zone d’évacuation planifiée et une zone d’évacuation préparée.

La zone « interdite d’accès » est la zone de 20 km évacuée dès le début de la crise. Les 78 000 personnes qui résidaient dans cette zone auront la possibilité de revenir temporairement à leur domicile pour une durée maximum de 2 h. Ils devront porter une combinaison, un dosimètre, et subiront un contrôle de radiation en ressortant de la zone. Les 6 000 personnes résidant dans un rayon de 3 km autour de la centrale ne bénéficieront pas de cette mesure à cause des débits de dose trop élevés.

La zone d’évacuation planifiée comprend les territoires au-delà des 20 km où la dose dépasserait 20 mSv pour les douze mois à venir du fait de l’exposition externe aux substances radioactives déposées dans l’environnement. La mise en œuvre de cette évacuation est encore en cours.

La zone d’évacuation préparée correspond aux territoires compris entre 20 et 30 km non concernés par la zone d’évacuation planifiée ; les habitants de cette zone doivent être préparés à une évacuation en cas d’urgence. Les enfants, femmes enceintes, malades ne doivent pas rester dans cette zone, les établissements scolaires sont fermés.

Le 26 avril, il a été décidé que les animaux d’élevage présents dans la zone des 20 km seraient abattus.

 

Trait rose : zone d’évacuation planifiée / Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence
Trait rose : zone d’évacuation planifiée Trait jaune : zone d’évacuation préparée en cas d’urgence

V. La radioactivité dans les produits alimentaires japonais d’origine terrestre

Le 22 avril, les autorités ont annoncé une décision visant à interdire la culture du riz pendant l’année 2011 à l’intérieur de la zone d’évacuation, de la zone d’évacuation planifiée et de la zone d’évacuation préparée.

Au 29 avril, la plupart des interdictions de consommation des denrées ont été levées sur le territoire japonais. Ne subsistent que les interdictions de commercialisation du lait, des légumes frais, des champignons « Shiitake ».

Le bilan au 13 mai publié par l’OMS fait apparaître que 2 972 échantillons de produits alimentaires ont été analysés pendant la période du 16 mars au 12 mai, dans 19 préfectures ; ils concernent 271 types de produits différents. Parmi ces échantillons, 247 (8,3 %) ont présenté des résultats supérieurs aux limites réglementaires japonaises.

VI. La radioactivité dans les produits alimentaires japonais d’origine marine

Au 13 mai, l’IRSN indique que la zone marine au sein de laquelle des poissons présentant des niveaux de contamination supérieurs aux niveaux maximaux admissibles (NMA) représente un rayon d’une centaine de kilomètres autour de l’installation.

VII. La radioactivité dans l’eau potable au Japon

Depuis le 7 avril, seule subsiste une restriction de l’utilisation de l’eau de distribution publique pour les enfants dans le village de Itate (préfecture de Fukushima).

Selon les autorités japonaises, sur l’ensemble des échantillons d’eau potable prélevés le 28 avril dans 47 préfectures, seulement trois présentent des niveaux de contamination en iode 131 supérieurs aux limites de détection des appareils. Aucun échantillon ne présentait une contamination détectable en Césium 134/137.

 

VIII. La radioactivité dans les produits non alimentaires au Japon

Le 22 avril, les autorités japonaises ont publié des directives à l’intention des ports japonais, expliquant les contrôles radiologiques à mettre en œuvre avant le départ des bateaux. Les principales mesures demandées concernent :

  • débit de dose au contact des conteneurs ;
  • débit de dose au contact des bateaux ;
  • débit de dose ambiant dans les ports ;
  • débit de dose au contact de l’eau de mer.

Les contrôles réalisés au contact des conteneurs et des bateaux permettront la délivrance, le cas échéant, d’un certificat de non contamination.

Pour en savoir plus :

  • Voir la rubrique Questions fréquentes sur le contrôle des importations de produits japonais en France

Date de la dernière mise à jour : 03/09/2021