L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Publié le 15/04/2011 à 15:00

Communiqué de presse

I. Situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Les injections d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines 1 à 4 se poursuivent en circuit ouvert.

L’exploitant Tepco se concentre toujours sur trois priorités :

  • La prévention du risque d’explosion en raison de l’accumulation d’hydrogène dans les enceintes des réacteurs. L’exploitant continue à injecter de l’azote gazeux dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1 afin de réduire les risques d’explosion d’hydrogène. La pression dans ce réacteur est globalement stabilisée.
  • La gestion de l’eau contaminée. Cette eau a servi au refroidissement en circuit ouvert du combustible nucléaire. Une fissure provoquant des écoulements vers la mer a été colmatée le 5 avril grâce à l’injection de silicate de sodium dans les fondations.
    Tepco a évalué la quantité d’eau fortement radioactive à pomper dans les diverses installations du site à 60 000 tonnes. La moitié pourrait être entreposée dans des installations extérieures (barge, plateforme flottante) et l’autre moitié sur site.
    Plusieurs jours seront nécessaires pour vider les différents réservoirs sur site et pour vérifier leur étanchéité. A cette fin, un rejet volontaire en mer de 11 500 tonnes d’eau faiblement contaminée a été effectué.
  • L’objectif à terme de l’exploitant est de mettre en place un refroidissement en circuit fermé, lui-même refroidi par un deuxième circuit utilisant une source froide de façon à ce que l’eau contaminée ne s’échappe plus.
 

II. Conséquences radiologiques de l’accident :

Contrôle des denrées alimentaires en provenance du Japon

Le règlement européen UE 297/2011 du 26 mars 2011 impose des conditions particulières à l’importation de produits alimentaires et de produits d’origine animale en provenance du Japon. Ces nouvelles dispositions communautaires prévoient la réalisation de premiers contrôles avant export sous la responsabilité des autorités japonaises, puis la réalisation de contrôles à l’arrivée sur le territoire européen dans l’ensemble des Etats-membres de l’Union Européenne.

Différents niveaux de contrôle ont été définis, selon la proximité géographique de la zone d’origine des marchandises avec la centrale de Fukushima :

  • contrôles systématiques des autorités japonaises avant l’exportation et contrôles d’au moins 10% des denrées par les Etats membres à l’importation pour les produits originaires des 12 préfectures japonaises entourant la centrale de Fukushima (Fukushima, Gunma, Ibaraki, Togichi, Miyagi, Yamagata, Niigata, Nagano, Yamanashi, Saitama, Tokyo et Chiba) ;
  • attestation d'origine des autorités japonaises à l’exportation et contrôle d’au moins 20% des denrées par les Etats membres à l’importation pour les produits originaires des autres préfectures japonaises.

Cette disposition permet à chaque Etat membre d'adapter le taux de contrôle au niveau souhaité. En vue d’assurer un niveau de sécurité maximal des consommateurs, les autorités françaises ont décidé de porter le taux de contrôle à 100% sur toutes les denrées alimentaires d’origine animale produites après le 11 mars et sur les produits frais (salades, légumes, fruits, etc.) en provenance du Japon.

En France, les contrôles effectués depuis le 18 mars n’ont pas révélé de trace de radioactivité.
Les mesures des denrées en iode 131 et césiums sont réalisées par les laboratoires du réseau du ministère chargé de l’agriculture et par les laboratoires dépendant des services des douanes et de la consommation.

Contrôle des produits manufacturés en provenance du Japon

 - A l’arrivée du fret
Dans l’attente de mesures harmonisées à l’échelle internationale, un contrôle systématique de premier niveau a été mis en place sur le fret aérien français en provenance du Japon, sous la responsabilité de la compagnie aérienne en charge de ce fret (au départ du Japon ou en France). Depuis la mise en place du contrôle à la fin du mois de mars, aucune détection positive n’a été rapportée. A compter du 11 avril 2011, un contrôle par sondage est réalisé à raison d’un avion par jour.

 - A réception
Un contrôle par échantillonnage du fret maritime est également en cours de mise en place.

 

 III. Préparation du cahier des charges de l’audit français et des tests de résistance européens

L’ASN considère qu’il est fondamental de tirer les leçons de l’accident survenu au Japon, comme cela a été le cas notamment après ceux de Three Mile Island et Tchernobyl. Le retour d’expérience approfondi sera un processus long s’étalant sur plusieurs années.

L’ASN établira avec l’appui de l’IRSN, d’ici à la fin du mois d’avril 2011, un cahier des charges et un calendrier de l’audit des installations nucléaires françaises demandé par le Premier Ministre. L’ASN participera également à l’établissement des spécifications des tests de résistance des centrales européennes demandés par le Conseil européen. L’ASN veille à la cohérence et à la complémentarité de ces deux démarches.

La démarche de sûreté en vigueur

La démarche de sûreté en vigueur impose à l’exploitant de garantir, sur la base d’hypothèses très pénalisantes, la résistance de l’installation à des accidents de référence, et de démontrer que des dispositions suffisantes sont prises en terme de conception et d'exploitation pour que les conséquences de ces accidents soient acceptables. Les « études probabilistes de sûreté » complètent cette approche : sont envisagées et combinées des défaillances matérielles et des erreurs humaines pour évaluer la probabilité de conséquences inacceptables. Ces deux approches n’étudient toutefois pas les scénarios d’accidents dont la probabilité d’occurrence est extrêmement faible.

L’audit national

L’objectif est d’analyser le comportement des installations nucléaires dans des situations extrêmes, même si la probabilité d’occurrence de telles situations est très faible. Plusieurs types de situation, ainsi que leur cumul, seront pris en compte : agressions par des phénomènes naturels (inondation, séisme, intempéries), perte de l’alimentation électrique, perte de la source froide, gestion des accidents graves (endommagement du combustible dans le réacteur et difficultés de refroidissement des piscines d’entreposage du combustible usé).

Il s’agira notamment de tester la robustesse et les dispositifs de sûreté de chaque installation, de détecter les éventuels points faibles et les « effets de seuil » (stade à partir duquel le niveau de gravité s’amplifie) et de proposer d’éventuelles améliorations. Cette analyse portera sur les installations nucléaires en exploitation, en construction et en projet, avec une priorité sur les centrales nucléaires et les piscines de stockage.

L'ASN veillera à ce que cette démarche soit effectuée de manière ouverte et transparente.

Les tests de résistance européens

Olivier Gupta, directeur général adjoint de l’ASN, a présidé les 5 et 6 avril 2011 une réunion d’un groupe de travail de l’association des responsables des Autorités de sûreté nucléaire d’Europe de l’ouest (WENRA). Cette réunion visait à préparer le cahier des charges des tests de résistance européens, lequel devrait être disponible à la fin du mois d’avril.

Il reviendra à tous les exploitants européens d’effectuer les essais de résistance conformes au cahier des charges et d’établir un rapport pour chacune de leurs installations nucléaires. Chaque Autorité de sûreté nationale fera ensuite une analyse indépendante de ces rapports et rendra publique ses conclusions. Une mise en commun sera également effectuée au niveau européen.

L’audit national et les tests de résistance européens seront menés de façon la plus cohérente. Ils viennent en complément de la démarche de sûreté en vigueur et vont mobiliser d’importantes ressources à l’ASN.


Contact presse ASN, Evangelia Petit, evangelia.petit@asn.fr, tél. : 01 40 19 86 61

Date de la dernière mise à jour : 18/09/2017