L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et ses conséquences au Japon

Publié le 12/04/2011 à 18:04

Communiqué de presse

I. Situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Deux séismes importants d’une magnitude de 6,6 et de 6.3 sur l’échelle de Richter ont eu lieu respectivement les 11 et 12 avril à 8h16 et 5h07 (heure GMT) sans provoquer de nouveaux dégâts significatifs sur les installations nucléaires. Lors du séisme du 11 avril dont l’épicentre était situé à environ 80 km de Fukushima, les travailleurs ont été évacués par précaution. L’alimentation électrique permettant le refroidissement des réacteurs 1, 2 et 3, rétablie depuis le 5 avril, a été coupée, mais a pu être rétablie rapidement. Le refroidissement des réacteurs n’a été interrompu que pendant 50 minutes. Le tsunami généré a été de faible amplitude (moins d’un mètre). Le séisme du 12 avril n’a pas eu d’impact direct sur l’état des réacteurs. Un incendie au niveau du bâtiment d’échantillonnage des rejets en mer a toutefois été repéré à 6h38 et maîtrisé avant 7h00.

Les injections d’eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines 1 à 4 se poursuivent en circuit ouvert. Une partie de l’eau apportée se répand donc dans l’enceinte de confinement ou dans d’autres bâtiments, essentiellement les salles des turbines. Des infiltrations en sous-sol et des ruissellements sont donc probables.

L’exploitant Tepco travaille actuellement sur trois priorités :

  • La prévention du risque d’explosion en raison de l’accumulation d’hydrogène dans les enceintes des réacteurs. Alors que la pression dans la cuve du réacteur n° 1 est toujours en augmentation, l’exploitant injecte de l’azote gazeux dans l’enceinte de confinement depuis le 6 avril afin de réduire les risques d’explosion d’hydrogène. La même opération est envisagée dans les enceintes des réacteurs 2 et 3.
  • La gestion de l’eau contaminée. Cette eau a servi au refroidissement en circuit ouvert du combustible nucléaire. Une fissure provoquant des écoulements vers la mer a été colmatée le 5 avril grâce à l’injection de silicate de sodium dans les fondations.Tepco a évalué la quantité d’eau fortement radioactive à pomper dans les diverses installations du site à 60 000 tonnes. La moitié pourrait être stockée dans des installations extérieures (barge, plateforme flottante) et l’autre moitié sur sitePlusieurs jours seront nécessaires pour vider les différents réservoirs sur site et pour vérifier leur étanchéité. A cette fin, un rejet volontaire en mer de 11 500 tonnes d’eau faiblement contaminée a été effectué.
  • L’objectif à terme de l’exploitant est de mettre en place un refroidissement en circuit fermé, lui-même refroidi par un deuxième circuit utilisant une source froide de façon à ce que l’eau contaminée ne s’échappe plus.

 II. Conséquences radiologiques de l’accident au Japon

Protection des personnes en zone contaminée

Le Gouvernement japonais a étendu partiellement la zone d’exclusion à une liste de communes situées entre 20 et 30 km dont la contamination radiologique pourrait conduire à une exposition supérieure à 20 mSv sur un an. Une seconde liste de communes pouvant être concernée par les mesures d’évacuation est à l’étude.

Le Gouvernement met en place un dispositif de contrôle des retours vers la zone d’exclusion : contrôle des accès, encadrement des aller-retour (convoi – surveillance radiologique).

 III. Reclassement au niveau 7 sur l’échelle INES par les autorités japonaises

L’Autorité de sûreté japonaise (NISA) a reclassé l’accident affectant les réacteurs 1, 2 et 3 (considéré comme un seul événement) du niveau 5 au niveau 7 sur l’échelle INES. Ce classement a été établi sur la base de l’estimation de l’activité totale rejetée à l’atmosphère (de l’ordre d’une centaine de milliers de Térabecquerels). Sur cette base, l’Autorité de sûreté japonaise estime que le rejet radioactif à l’atmosphère s’élève à environ 10% de l’activité totale rejetée en 1986 lors de l’accident de Tchernobyl (de l’ordre du million de térabecquerels).

Pour mémoire, le niveau 7 est le niveau maximum sur l’échelle INES ; il s’applique à un rejet dans l’environnement correspondant à une activité équivalente au rejet à l’atmosphère de plusieurs dizaines de milliers de Térabecquerels d’iode 131.

 IV. Préparation du cahier des charges de l’audit français et des tests de résistance européens

L’ASN considère qu’il est fondamental de tirer les leçons de l’accident survenu au Japon, comme cela a été le cas notamment après ceux de Three Mile Island et Tchernobyl. Le retour d’expérience approfondi sera un processus long s’étalant sur plusieurs années.

L’ASN établira avec l’appui de l’IRSN, d’ici à la fin du mois d’avril 2011, un cahier des charges et un calendrier de l’audit des installations nucléaires françaises demandé par le Premier Ministre. L’ASN participera également à la définition des tests de résistance des centrales européennes demandée par la Commission européenne. L’ASN veille à la cohérence et à la complémentarité de ces deux démarches.

Olivier Gupta, directeur général adjoint de l’ASN, a présidé les 5 et 6 avril 2011 une réunion d’un groupe de travail de l’association des responsables des Autorités de sûreté nucléaire d’Europe de l’ouest (Wenra). Cette réunion visait à préparer le cahier des charges des tests de résistance européens. Ce document devrait être prêt à la fin du mois d’avril.

L’objectif est d’analyser le comportement des centrales nucléaires dans des situations extrêmes, même si la probabilité d’occurrence de telles situations est très faible. Plusieurs types de situation, ainsi que leur cumul, seront pris en compte : agressions par des phénomènes naturels (inondation, séisme, intempéries), perte de l’alimentation électrique, perte de la source froide, gestion des accidents graves (endommagement du combustible dans le réacteur et difficultés de refroidissement des piscines d’entreposage du combustible usé).

Il s’agira notamment de tester la robustesse et les dispositifs de sûreté de chaque installation, de détecter les éventuels points faibles et les « effets de seuil » (stade à partir duquel le niveau de gravité s’amplifie) et proposer d’éventuelles améliorations. Cette analyse portera sur les centrales en exploitation, en construction et en projet.

Il reviendra à tous les exploitants européens d’effectuer les essais de résistance conformes au cahier des charges et d’établir un rapport pour chacune de leurs installations nucléaires. Chaque Autorité de sûreté nationale fera ensuite une analyse indépendante de ces rapports et rendra publique ses conclusions. Une mise en commun sera également effectuée au niveau européen.

Ce travail va mobiliser d’importantes ressources à l’ASN.

 


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Date de la dernière mise à jour : 18/09/2017