Dépassement de la limite autorisée de matière fissile dans un fût de déchets

Publié le 09/11/2010

Laboratoire de purification chimique (LPC) Transformation de substances radioactives - CEA

Le centre CEA de Cadarache a constaté la présence de 246 g de matière fissile[1] dans un fût de déchets alors que la limite autorisée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est de 100 g par fût. Ce constat a été fait le 26 octobre 2010 à l’occasion d’une campagne de reconditionnement de déchets dans l’installation nucléaire de base LPC (laboratoire de purification chimique[2]).

Le CEA a identifié deux autres fûts qui seraient susceptibles de dépasser cette limite. L’événement n’a eu aucune conséquence sur les travailleurs ou l’environnement.

Le CEA a déclaré cet événement à l’ASN le 28 octobre 2010. La division de Marseille de l’ASN a procédé à une inspection du LPC le 29 octobre 2010 afin d’analyser les circonstances de l’événement ainsi que la pertinence des mesures correctives immédiates prises par l’exploitant.

Il en ressort que l’exploitant a immédiatement espacé les trois fûts selon la distance requise pour prévenir le risque de criticité[3]. Toutefois, même dans cette configuration géométrique, le fût contenant 246 g de matière fissile demeure en écart par rapport aux exigences de sûreté, et des mesures complémentaires devront être prises concernant ce fût.

L’inspection a également permis d’examiner les circonstances et l’origine de l’événement. L’exploitant a indiqué que des mesures effectuées en 2005 avaient conduit à évaluer la masse de matière fissile présente dans un fût de déchets à 22 g. La nouvelle mesure du 26 octobre 2010, qui utilise un dispositif de comptage différent et plus fiable, a conduit à une évaluation de 246 g de matière fissile. L’écart entre ces valeurs est attribué par l’exploitant à une erreur de paramétrage du logiciel de suivi des matières nucléaires. L’exploitant a déclaré que cette erreur était ponctuelle et concernait vraisemblablement un nombre très limité de fûts.

À la suite de l’inspection, la division de Marseille de l’ASN a notamment demandé[4] au CEA :

  • qu’une analyse de la sûreté du fût en situation de non conformité soit conduite sous une semaine et que des mesures compensatoires soient proposées à l’ASN ;
  • qu’une vérification complète du logiciel de suivi des matières nucléaires soit réalisée pour s’assurer que l’erreur identifiée ne concerne pas d’autres fûts de déchets.

En raison du non respect d’une exigence de sûreté, l’Autorité de sûreté nucléaire classe cet événement significatif au niveau 1 de l’échelle internationale de gravité des événements nucléaires (échelle INES), qui en compte 7.


[1]Une matière fissile est susceptible de subir des réactions de fission nucléaire sous certaines conditions. Les matières fissiles utilisées dans l’industrie nucléaire sont l’uranium enrichi et le plutonium. Dans le cas de l’installation LPC, il s’agit de plutonium.

[2] Le Laboratoire de purification chimique (LPC), dont l’opérateur industriel est AREVA NC, assurait historiquement des analyses des produits de l’Atelier de technologie du plutonium (ATPu), le traitement de ses rebuts et le contrôle des déchets contaminés en émetteurs alpha. L’exploitation industrielle de l’ATPu et du LPC a cessé en 2003 et ces installations sont actuellement en démantèlement à la suite de la parution de leurs décrets de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement en mars 2009.

[3] Le risque de criticité est défini comme le risque de déclenchement incontrôlé d’une réaction nucléaire en chaîne lorsqu’une masse de matière fissile trop importante est rassemblée au même endroit.

[4] L’ensemble des demandes formulées par l’ASN est accessible sur le site Internet de l’ASN.

Date de la dernière mise à jour : 17/01/2014