Retour d'expérience de l'accident de Fukushima : Projets de décisions de l'ASN relatives aux prescriptions complémentaires applicables à EDF pour le "noyau dur" des centrales nucléaires

Publié le 18/11/2013

  • Projet de décision individuelle

Thèmes :

  • Centrales nucléaires

  • Sécurité et situations d'urgence radiologique

Installations nucléaires :

  • Centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Cattenom - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Chinon B - Réacteurs de 900 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Chooz B - Réacteurs de 1450 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Civaux - Réacteurs de 1450 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Cruas-Meysse - Réacteurs de 900 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly - Réacteurs de 900 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Fessenheim - Réacteurs de 900 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Flamanville - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Golfech - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Gravelines - Réacteurs de 900 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Paluel - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Penly - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Saint-Alban / Saint-Maurice - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux - Réacteurs de 900 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire du Blayais - Réacteurs de 900 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire du Bugey - Réacteurs de 900 MWe - EDF

  • Centrale nucléaire du Tricastin - Réacteurs de 900 MWe - EDF

Du 18 novembre au 9 décembre 2013, le public est invité à consulter les projets de décisions de l’ASN relatives aux prescriptions complémentaires applicables à EDF pour le « noyau dur » des centrales nucléaires, et à faire part de ses observations sur le contenu de ces projets.

En application de la décision de l’ASN n°2011-DC-0213 du 5 mai 2011, EDF a réalisé en 2011 une évaluation complémentaire de sûreté (ECS) de ses centrales nucléaires, afin de prendre en compte le retour d’expérience de l’accident de Fukushima Daiichi survenu le 11 mars 2011. Ces ECS avaient notamment pour objectif de déterminer les marges de sûreté dont disposent les centrales nucléaires vis-à-vis des risques extrêmes de séisme et d’inondation.

Les ECS des centrales nucléaires ont été analysées par l’ASN, avec l’appui de l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) et du Groupe permanent d’experts chargés des réacteurs (GPR). A l’issue de cette instruction, l’ASN a prescrit[1] à EDF de définir un « noyau dur » de dispositions matérielles et organisationnelles robustes visant, pour les situations extrêmes étudiées dans le cadre des ECS, à prévenir un accident grave ou en limiter la progression, à limiter les rejets massifs et à permettre à l’exploitant d’assurer les missions qui lui incombent dans la gestion d’une crise.

A la demande de l’ASN, le « noyau dur » proposé en réponse par EDF a été analysé par l’IRSN et les conclusions de cette analyse ont été présentées au GPR les 13 et 20 décembre 2012.

A partir des recommandations formulées par le GPR, l’ASN a élaboré des projets de décisions qui établissent des prescriptions complémentaires précisant certaines exigences relatives au « noyau dur » proposé par EDF pour ses centrales nucléaires. Elles ont notamment pour objectifs de préciser les éléments constituant ce « noyau dur ». Celui-ci devra comprendre des dispositions pour prévenir un accident grave ainsi que des dispositions propres à limiter les conséquences d’un tel accident, pour le cas où il n’aurait pu être évité. Les exigences élaborées par l’ASN précisent également les règles de conception à retenir pour les matériels du « noyau dur », notamment les risques extrêmes auxquels ces matériels doivent résister.

Ces décisions seront applicables à l’ensemble des centrales nucléaires en fonctionnement, ainsi qu’au réacteur EPR de Flamanville 3 en cours de construction.

 L’ASN soumet ces projets de décisions à la consultation du public pour une durée de 21 jours.

Consulter :

 

Contribution du collectif "Stop-EPR"

Contribution du Réseau des élus écologistes membres des CLI et Denis BAUPIN, Député de Paris, Vice-Président de l’Assemblée Nationale

Contribution de France Nature environnement

contribution de M.R.Avrillier

[1] Décisions n° 2012-DC-274 à 2012-DC-292 du 26 juin 2012

Référence de la consultation [2013-11-25]

Modalités de la procédure de participation du public pour les projets de décisions de l'ASN relatives aux prescriptions complémentaires applicables à EDF pour le « noyau dur » des centrales nucléaires, définies à la suite du retour d’expérience de l’accident de Fukushima

Les projets de décisions de l’ASN relatives aux prescriptions complémentaires applicables à EDF pour le « noyau dur » des centrales nucléaires, définies à la suite du retour d’expérience de l’accident de Fukushima, sont mis à disposition du public par voie électronique sur le site de l’ASN pour une durée de trois semaines, du 18 novembre au 9 décembre 2013.

Les observations peuvent être faites par voie électronique sur le site de l’ASN jusqu’à la date du 9 décembre 2013.

La référence de la consultation sera mentionnée sur les observations.

Les observations reçues feront l’objet d’une synthèse qui précisera notamment les suites données à la consultation.

Au plus tard à la date de publication de la décision, la synthèse des observations reçues, qui indiquera notamment les suites données à la consultation, sera mise en ligne sur le site de l’ASN pour une durée de 3 mois.

Date de la dernière mise à jour : 10/09/2014

Commentaires

  • le 06/12/2013 à 18:50 par Jean-Eric Donnette

    Prescriptions noyau dur et autres risques exrternesECS

    En tant qu’ingénieur ayant travaillé dans le nucléaire à EDF, et pour témoigner sans hésitation auprès de mes concitoyens du très haut niveau de sûreté avec lequel EDF exploite ses centrales et les rassurer, j’ai besoin de chasser un doute : c’est celui du risque externe provenant d’un attentat de terroristes disposant d’armes de guerre que je ne saurais décrire n’étant pas du tout spécialiste de ce genre d’engins. Ce cas est hors ECS et relève du secret défense. Conséquence, on ne sait pas ce qui est mis en œuvre pour se protéger de cette éventualité. Néanmoins, le bon sens me pousse à penser que tout bâtiment renfermant du combustible nucléaire ou abritant des systèmes de secours ultime tels que prévus au niveau du « noyau dur » doivent être sérieusement confinés et bunkérisés. A ce titre, comme d’autres l’on aussi mentionnés, la couverture des Bâtiments Combustible me semble insuffisante alors qu’elle pourrait constituer une troisième barrière efficace vis à vis de l’environnement au même titre que le bâtiment réacteur et qui de facto remplirait un rôle de bouclier vis à vis de projectiles « ennemis » venant de l’extérieur.
    Pour le reste je suis très favorable aux principes du noyau dur qui assurent de toujours avoir un minimum de débit d’eau et d’électricité pour éviter le pire quand on se situe « hors dimensionnement» au delà des évènements prévus les plus improbables malgré le sérieux de la conception et de l’exploitation des réacteurs en termes de prévention, surveillance, protection et sauvegarde – Je cite là les lignes de défense déjà existantes.
    Il est très probable que les matériels de ce noyau dur n’auront à être mis en service que pour des essais périodiques destinés à en vérifier la disponibilité mais jamais pour un accident réel. Tant mieux et tant pis si ça coûte cher. Il s’agit d’un retour d’expérience suite à l’accident de Fukushima qui améliore encore le niveau de sûreté des installations nucléaires.
    Moi qui ai vécu l’exploitation de nos centrales depuis leur démarrage à la fin des années 70, je peux attester que les installations ont été entretenues et améliorées sans cesse et que le personnel a été de mieux en mieux formé pour acquérir une véritable culture de sûreté, intégrant également les facteurs humains et organisationnels. Je comprends que ceux qui n’ont pas pu confronter leur savoir (= la théorie) au savoir faire (= la pratique) et au vécu (=l’histoire prise en compte) puissent avoir du mal à se prononcer sur les prescriptions de l’ASN, alors que d’autres, campés dès l’origine dans leurs certitudes dogmatiques (mais théoriques), porteront l’avis tranché de celui qui sait tout depuis toujours. Pour ma part c’est avec modestie, en m’appuyant sur mes connaissances et mon vécu, que je porte un avis favorable aux principes prescrits (noyau dur, FARN). Je fais confiance aux techniciens et aux experts enrichis de leur expérience pour leur mise en œuvre.
    Citoyen, je fais là mon nouveau devoir d’expression participative. Puisse-t-il contribuer à ce que notre démocratie représentative en crise, reprenne de la légitimité et un brin de confiance pour prendre les bonnes décisions, en s’appuyant sur les différe
  • le 05/12/2013 à 14:50 par Serge Bardet

    Avis non technique

    Ces tentatives désespérées pour justifier le maintien du nucléaire et le prolongement de la vie des centrales est pathétique !
    Quand le french-fukushima va arriver ( Même chez nous, c'est possible et probable ) nous verrons si l'assurance de tous ces scientistes est toujours aussi ferme...
  • le 04/12/2013 à 17:04 par Jacky roux

    L'avis du public

    Si demander l'avis du plus grand nombre est une belle preuve de démocratie, il parait quand même difficile au commun des mortels de ce prononcer sur un tel sujet. Toutefois cela peut amener une reflexion du plus grand nombre et déboucher sur une connaissance minimum du monde nucléaire.
    Pour revenir au noyau dur post Fukushima, il semble que la réaction d'EDF soit pertinante mais je fais confiance à l'ASN pour corriger ou améliorer certaines dispositions si nécessaire.
    II ne reste plus que l'ASN soit une entité réellement reconnue par les autorités politiques afin qu'une cohérence entre le politique et le gendarme du nucléaire ne soit pas soumise à des aléas pollitique de circonstances, dans ce sens, Fessenheim est un trés mauvais exemple de politique politicienne en opposition avec les décisions murement réfléchies de l'ASN.
  • le 04/12/2013 à 09:31 par Claude RINGOT

    COMMENTAIRES SUR LES PROJETS DE DECISION DE L'ASN

    je suis totalment d'accord avec les commentaires faits par Alain Desgranges et Bruno Comby en date du 3 décembre auxquels je n'ai rien à ajouter
    J'insiste sur le fait que Fukoushima a résisté parfaitement au séisme de magnitude parmi les plus importants connus au cours de l'histoire et qui n'est en aucun cas prévisible en France d'aprés les données historiques et que les conséquences qui ont été parfaitement maitrisées pour les populations résultent d'une conception erronée qui n'a pas permis de contenir le tsunami consécutif
    J'insiste sur le rôle d'indépendance de l'ASN vis à vis de l'Autorité de l'ETAT qui ne peut étre remis en cause

    C.RINGOT
    Ancien expert indépendant à la Commission Européenne
  • le 04/12/2013 à 09:01 par Crepin Didier

    conséquences psycho-mediatiques de l'accident

    Lorsque dans quelques années les historiens décriront les faits et leur relation dans la presse, on notera la disproportion entre la réalité des dégats généraux causés par le tsunami et la relation ponctuelle focalisée sur la seule centrale nucléaire ,sans qu'il soit d'ailleurs insisté sur la seule conséquence physique importante qui est la privation pour le Japon de la source nucléaire d'électricité et le déséquilibre catastrophique de la balance du commerce extérieur que cela a provoqué par l'importation massive de "fossiles" de substitution.Dans une sorte d'hystérie "écologiste" mondiale seul l'accident nucléaire est important pour la santé publique ,alors que les niveaux de contamination de la mer qui en résultent sont noyés dans les autres niveaux de pollutions humaines ou naturelles et par conséquent sans conséquences sérieusement identifiables à terme .Personne n'enquête sur le devenir des milliers de familles privées de l'un des leurs par le tsunami ni sur les conséquence de ces disparitions brutales et des connaissances disparues avec les 20 000 cerveaux emportés par les eaux .sur l'économie du pays . Il est donc parfait que cet accident japonais soit l'occasion d'une réflexion affinée sur notre parc nucléaire , mais il faut raison garder et aller aussi voir ailleurs ,sur la distribution et le transport de gaz par exemple ....
  • le 03/12/2013 à 16:22 par Bruno Comby

    Retour d'expérience de Fukushima et "noyau dur"

    L'accident de FUKUSHIMA a été causé par la concomitance d'un tremblement de terre et d'un tsunami d'amplitudes extrêmes, survenant en même temps qu'une quasi-paralysie de la côte ouest du Japon dévasté par ailleurs par ce tsunami et ce tremblement de terre d'amplitude imprévue et imprévisible (puisque d'ampleur historique).

    Par définition, nous ne sommes bien sûr jamais à l'abri de catastrophes imprévisibles.

    Lors de la construction de chaque centrale nucléaire en France, les risques sismiques, d'inondations ou d'agressions externes ont été pris en compte à leur plus haut niveau historique connu et même davantage (avec une marge de sécurité) et chaque centrale a été construite de manière à y résister.

    Il convient évidemment de se poser la question au vu des événements de Fukushima sur ce qui se passerait en France sur nos réacteurs dans des conditions extrêmes ou imprévues, et de tirer les leçons de Fukushima pour améliorer si possible la sûreté nucléaire déjà très grande de nos réacteurs.

    Remarquons tout d'abord que malgré l'ampleur de la catastrophe naturelle, si 4 des 6 réacteurs ont été détruits à Fukushima (les 2 autres étant intacts), il n'y a cependant eu aucun cas de décès ni de blessé grave par irradiation, que ce soit au niveau du public ou des travailleurs japonais qui sont intervenus sur le site.

    En effet, malgré des relâchements de pression volontaires au début de l'accident (rejets relativement limités) puis des fuites très importantes de radioactivité à partir du 15 mars sur l'enceinte du réacteur n°2 (gravement endommagée, fuitarde à partir du 15 mars), les enceintes de confinement ont globalement parfaitement joué leur rôle consistant à limiter grandement (pour 5 des 6 réacteurs) et à retarder (pour le réacteur n°2) la dispersion de la radioactivité dans l'environnement dans ces circonstances extrêmes.

    Compte tenu de la gravité de la catastrophe naturelle, cela mérite d'être souligné : Fukushima n'est pas Tchernobyl, tout simplement parce que les centrales avaient des enceintes de confinement. De ce fait, les relâchements ont été 10 fois moindres alors que 4 des 6 réacteurs étaient gravement endommagés et ne pouvaient plus être refroidis convenablement. Nous devons rendre honneur pour cela au travail formidable des ingénieurs et techniciens japonais ayant travaillé courageusement et admirablement à la sécurisation de ces réacteurs parfois sans matériels en état de marche (pompes et groupes électrogènes noyés par le tsunami) sans eau douce et sans électricité durant les premiers jours, dans des conditions alors très difficiles.

    Il y a bien eu 4 travailleurs de la centrale décédés à Fukushima mais pour d'autres causes que la radioactivité et ce chiffre est très inférieur au nombre des 20 000 victimes ayant perdu la vie au même moment dans des installations portuaires ou industrielles autres que nucléaires des villes et campagnes aux alentours. Ces 4 personnes décédées à Fukushima sont : 2 noyés par le tsunami n'ayant pas respecté la consigne d'évacuation, 1 ouvrier blessé mortellement dans sa grue par le tremblement de terre et un mort par crise cardiaque en portant des charges lourdes par forte chaleur lors des opérations de sécurisation, AUCUNE par irradiation.

    La grande culture de sûreté qui prévaut dans le nucléaire (et c'est une bonne chose), ainsi que le professionnalisme et l'entrainement régulier des personnels y compris entrainés à travailler en conditions difficiles, explique sans doute ce bilan relativement limité.

    Aujourd'hui une large zone reste inhabitée autour de la centrale. Elle sera progressivement repeuplée. Il convient de remarquer encore une fois que les forts rejets de radioactivité dans cette zone n'ont commencé que le 15 mars (après l'évacuation de la population) lorsque l'enceinte de confinement du réacteur n°2 s'est rompue, l'enceinte de confinement ayant pleinement rempli son rôle de confinement de la radioactivité jusqu'à ce moment, permettant entre temps (en 3 jours) l'évacuation de la zone des 20 km. Aucune personne du public n'a donc été exposée à des doses importantes de radioactivité.

    Il convient de remarquer aussi que la radioactivité aujourd'hui, 30 mois après l'accident, autour de la centrale de Fukushima et sur le site lui-même (en dehors de l'intérieur des bâtiments accidentés où la radioactivité est bien plus forte) n'est plus actuellement que de quelques microsieverts par heure seulement (micro = un millionième = microscopique) ce qui est moins que la radioactivité naturelle dans certaines régions du monde pourtant habitées et qu'on n'évacue pas. Il s'agit même de lieux réputés pour leurs bienfaits sur la santé ! J'ai moi-même mesuré des débits de dose de radioactivité naturelle à hauteur de 3 microSv/heure dans la rue à La Bourboule en France, 50 microSv/heure sur la plage de Guarapari au Brésil et 150 microSv/heure à Ramsar en pleine ville à l'intérieur d'habitations et même dans une école primaire au bord de la mer Caspienne.

    Outre que nos enceintes de confinement en France sont bien plus épaisses (1 mètre de béton armé et même deux fois 1 mètre sur l'EPR au lieu de 10 cm d'acier à Fukushima) et que les risques de tsunami et de tremblement de terre soient bien moindres en France qu'au Japon, il est cependant toujours bon de se questionner pour améliorer si possible la sûreté de nos réacteurs.

    Après l'accident de Fukushima, les ECS (évaluations complémentaires de sûreté, version française des "stress-test" européens) ont donc été rapidement lancés par l'ASN en France, dès début mai 2011, peu après l'accident.

    Ces ECS ont donné lieu fin 2011 à un rapport sur la situation de chaque centrale française au regard du risque d'accidents sismiques ou d'inondations ou d'accidents climatiques extrêmes (tempêtes, typhons...), même de très forte intensité, non prévus initialement.

    Ces ECS ont estimé alors que les mesures de sûreté prises en France étaient globalement satisfaisantes et qu'il n'y avait pas lieu de fermer les centrales françaises, mais que des mesures de renforcement de la sûreté, notamment les dispositions "noyau dur" mises en oeuvre maintenant, pouvaient être envisagées pour mieux faire face aux situations extrêmes, ou à des combinaisons d'événements extrêmes, même très improbables.

    Parmi les recommandations figuraient alors la FARN (Force d'Action Rapide Nucléaire) capable de prêter main forte rapidement sur un ou plusieurs sites nucléaires dévastés par une agression externe ou un événement climatique.

    La FARN est d'ores et déjà déployée, et désormais opérationnelle pour intervenir sur l'ensemble du territoire français, depuis le 1er janvier 2013.

    La FARN permet d'apporter par hélicoptère en moins de 12 heures sur n'importe quel site nucléaire français des moyens matériels d'intervention (pompes et groupes électrogènes de secours notamment) et des moyens humains (4 colonnes de 14 intervenants déployées en France et spécialement formés à cet effet). Son étoffement sera achevé en 2015 pour intervenir alors si nécessaire simultanément sur plusieurs sites et même éventuellement sur 6 réacteurs gravement accidentés en même temps sur un même site.

    L’ASN organise maintenant cette consultation du public sur les projets de prescriptions "noyau dur" décidées par l’Autorité de Sûreté à la suite de l'accident de Fukushima.

    Nous ne pouvons que féliciter l'ASN pour cette initiative. Cela montre qu'il est possible d'être dans une démarche de concertation, de transparence et de réfléchir ensemble à une amélioration constante de nos règles de sûreté.

    Ces prescriptions dites "noyau dur" sont destinées à modifier et renforcer les systèmes de secours, les alimentations électriques de secours (en cas de défaillance totale des équipements habituels déjà redondants) présents sur chaque site afin de garantir l'intégrité et le refroidissement des réacteurs en toutes circonstances pour éviter ou limiter les conséquences en cas d'accident très grave (hors-dimensionnement initial de l'installation).

    Ce renforcement de la sûreté sur les 19 sites nucléaires français, mûrement réfléchi et préparé pendant 2 ans, débouche donc maintenant sur 19 projets de décisions juridiques de l'ASN, une pour chaque site nucléaire, dont on remarque cependant qu'elles sont très semblables d'un site à l'autre.

    Chaque centrale fait donc l'objet de 6 pages de prescriptions (2 pages pour la décision et 4 pages d'annexes) avec des travaux et études complémentaires à réaliser sur chacun des 19 sites.

    Le public est invité à donner son avis et même si ces questions techniques sont avant tout une affaire de spécialistes cette ouverture à la société civile est utile : la sûreté nucléaire nous concerne tous.

    De même que les leçons ont été tirées de l'accident de Three Mile Island pour renforcer la sûreté de tous les REP, le retour d'expérience de Fukushima et le "noyau dur" mis en place maintenant rendent aujourd'hui et rendront demain encore plus solide la sûreté nucléaire en France, et c'est tant mieux.

    Bravo à l'ASN pour ce travail minutieux et de longue haleine au service de la sûreté nucléaire.

    J'attire par ailleurs l'attention sur le fait que dans le cadre des discussions concernant l'arrêt éventuel de la centrale de Fessenheim, il y a un risque pour la sûreté nucléaire de voir une personne physique nommée par le gouvernement pour des considérations purement politiques se substituer à l'ASN pour décider et discuter du bienfondé, du calendrier et des conditions de l'arrêt éventuel de réacteurs y compris du point de vue de la sûreté.

    L'ASN ne devrait-elle pas intervenir officiellement pour souligner cet empiètement inacceptable sur ses prérogatives, dévolues à elle seule en tant qu'autorité indépendante, par la Loi TSN (Transparence et Sûreté Nucléaire) et non pas à un homme agissant seul sur la base de considérations politiques. La sûreté nucléaire est du ressort exclusif de l'ASN, autorité indépendante disposant des compétences nécessaires en toute indépendance. Que deviendra la sûreté nucléaire si l'ASN accepte ainsi des interférences du monde politique sur ce qui est de son ressort exclusif : la sûreté nucléaire ?

    N'est-ce pas, plus généralement, une erreur que d'arrêter des réacteurs nucléaires propres sûrs et respectueux de l'environnement, dont la sûreté a été confirmée par l'ASN, alors que nous allons demain vers un monde (et pour l'Europe plus particulièrement) où l'énergie sera de plus en plus rare et de plus en plus chère ?

    Nous avons besoin de plus de sûreté nucléaire, pas de moins de sûreté nucléaire, et c'est ce qui se passe avec le "noyau dur", bravo !

    Alors qu'internet et les voitures électriques se développent et que les réserves de pétrole s'épuisent, nous avons besoin aussi de plus (et non pas de moins) de nucléaire propre, sûr et respectueux de l'environnement, pour apporter à la population l'énergie propre, disponible 24h/24 et à un coût accessible dont elle aura besoin pour l'avenir.

    Bien cordialement,

    Bruno COMBY

    Président de l'AEPN

    Association des Ecologistes Pour le Nucléaire

    http://www.ecolo.org
  • le 03/12/2013 à 08:50 par Alain DESGRANGES

    Référence de la consultation 2013-11-25

    Je rejoins les avis exprimés dans cette consultation qui confirment l'importance du rôle de l'ASN dans le processus d'amélioration permanente de sûreté des installations nucléaires. Une ASN indépendante et compétente constitue pour le public la garantie que la sûreté de ces installations nucléaires sera un objectif prioritaire en toutes circonstances ...

    Trois remarques:

    1. Cette indépendance de jugement pose la question de la considération par le gouvernement de l'avis de l'ASN sur son autorisation concernant la poursuite du fonctionnement de Fessenheim. Décider en effet de l'arrêt anticipé de cette centrale sans justification de sûreté constitue un déni de l'ASN. Dès lors, comment exiger (à juste raison) des autres pays la mise en place d'une ASN indépendante si notre pays fait la preuve de son inutilité relative ??...

    2. A l'inverse, l'indépendance de jugement pose aussi la question de la rentabilité de l'installation surveillée par l'ASN. N'y a t-il pas un risque de voir un jour l'Autorité de Sûreté prescrire des dispositions parfaitement insupportables pour l'économie du système et conduisant de facto l'Exploitant à décider de lui-même l'arrêt anticipé de son installation ??... On peut en effet accumuler les barrières de protection jusqu'à ce que mort s'en suive. D'où l'interrogation de l'intérêt d'une médiation pour instruire ce cas de figure.

    3. Nos parlementaires vont prochainement avoir à se prononcer sur un projet de loi relatif à la transition énergétique, projet qui précisera la place du nucléaire dans le futur mix-énergétique. Sans grande surprise, force est de constater l'ignorance de la majorité de nos élus sur ce dossier par ailleurs fort complexe. Peu d'entre eux connaissent la loi TSN et le rôle de l'ASN. Encore moins sont informés de la différence de l'approche sûreté française (voir le point 1) notamment au regard de l'approche japonaise en situation d'échec avec Fukushima.
    Ne faudrait-il pas que les Commissions Locales d'Information (CLI) placées auprès des INB se saisissent de cette question et organisent des réunions d'informations dans la cadre de leur mission définie par la loi??... Ne faudrait-il pas inviter ces mêmes élus à consacrer une journée de leur temps pour visiter une centrale ??... La loi à venir engagera notre pays pour des décennies dans le domaine de l'énergie et nous n'avons pas le droit à l'erreur. Il y a là une responsabilité historique à partager entre élus, exploitants et ASN.

    Mais tout cela n'est que suggestions répondant à votre interpellation du public. Je serai néanmoins attentif à la suite que vous voudrez bien lui donner.
  • le 02/12/2013 à 18:05 par COLLET Alain

    Sureté

    Travail remarquable d'amélioration de la sûreté pour les centrales nucléaires soumises à des évènements exceptionnels. Il faut bien imaginer le pire et avoir des parades adaptées même si elles ne doivent et ne seront sans doute jamais mises en œuvre. Les solutions proposées consistent surtout en évolutions matérielles forcément assez onéreuses alors que des mesures organisationnelles pourraient également améliorer la sûreté au quotidien. C'est un peu ce qui est fait avec la FARN qui permet de mutualiser les investissements humains et les professionnaliser. On pourrait en trouver d'autres comme par exemple la personnalisation des programmes de maintenance et d'exploitation en fonction de l'âge des centrales. En effet une centrale plus âgée donc mieux amortie devrait pouvoir bénéficier de marges en matière de délais de réalisation. On se doute que la durée d'entretien d'une centrale âgée peut être plus long que sur une centrale récente. Alors pourquoi ne pas se donner les mêmes objectifs de performance en matière de production entre installations jeune ou ancienne. Pourquoi ne pas admettre des coefficients de disponibilité ou d'indisponibilité fortuite en relation avec l'âge ? Il ne s'agit pas là de sûreté mais de disponibilité. Pourquoi aussi ne pas anticiper des baisses charges préventives en cas de prévisions de phénomènes météo extrêmes. Diminuer le risque d'apparition de transitoires d'exploitation de grande ampleur, c'est aussi un moyen de ne pas connaître des situations d'incident d'exploitation pouvant plus facilement dégénérer que des situations normales. Il ne s'agit surtout pas de propositions pour diminuer la rigueur ou le niveau de sûreté mais des options pour mieux prendre en compte un historique de fonctionnement. On gère pas une personne âgée comme un jeune adulte. Alors pourquoi ne pas lisser les exigence de performance quand l'outil a déjà beaucoup produit, s'octroyer des petites marges supplémentaires que l'exploitant utiliseraient au mieux de ses propres constats de faiblesse relative :Renouvèlement d'effectif, Moyennes d'âge des équipes, nombre de chantiers ou modifications en cours, etc...
  • le 28/11/2013 à 12:45 par Jean-Pierre Pervès

    Décisions suite Fukushima

    Ces décisions semblent très complètes et l'objectif d'éviter toute conséquences durables dans l'environnement semble acquis avec ces compléments aux améliorations déjà issues des retours d'expérience des accidents de TMI aux USA (sans conséquences environnementales) et de Tchernobyl.

    Une seule hésitation: il y a souvent dans l'application des décisions de l'ASN une difficulté liée au fait qu'il n'y a pas assez de hiérarchisation de celles ci, des délais parfois léonins, avec pour conséquence une pression sur le personnel de l'installation qui n'est pas favorable à une mise en oeuvre progressive et raisonnable. La conséquence est une pression sur le terrain pas toujours favorable du point de vue facteur humain: on passe du stress positif à un stress peu supportable.

    Mais globalement le travail de l'autorité, de son expert technique et des exploitants a été remarquable de tous points de vue: rapidité d'analyse, richesse des échanges (parfois difficiles), apport de solutions techniques et sociales.

    Une remarque de prudence: la sous-traitance, souvent critiquée, est très utile même si elle doit rester raisonnable (pas de cascade multiples). Elle permets d'apporter à chaque site des compétences locales (on forme ainsi de nombreux spécialistes) qui peuvent utilement compléter celle de l'exploitant en cas de crise, mais également des compétences nationales ou régionales que chaque site ne peut raisonnablement s'offrir. La sous-traitance n'est pas un mal à combattre mais un bien à contrôler.
  • le 27/11/2013 à 19:39 par MEYNIER Michel

    Noyau dur

    Le facteur humain est déterminant pour la sécurité
    La sous-traitance crée une ambiance détestable dans le nucléaire
    Nous avons des témoignages de personnels très motivés qui n'en peuvent plus et qui envisagent de quitter le nucléaire car ils ne veulent pas cautionner la dérive à la TEPCO dont la priorité était la sécurisation du résultat financier et non celle des installations