La gestion des conséquences de l'accident de Tchernobyl. Perspective historique

Vingt ans après l'accident de Tchernobyl (1986), le projet PAREX a permis de revenir sur l'ensemble de la gestion post-accidentelle en Biélorussie.

Témoignage de Zoia Trafimchik, Directrice de l'Equipe de Coordination du Programme international CORE

Cette jeune linguiste biélorusse a occupé, à partir de 1992, des postes à responsabilité au coeur du dispositif de prise en charge des conséquences de Tchernobyl.
Zoia Trafimchik livre ici sa propre expérience de la catastrophe et ses réflexions sur son engagement de 15 ans au sein du Comité Tchernobyl, puis du programme CORE.

 Portrait

Je suis née au milieu des années 1960, dans un village à 50 km de Minsk, la capitale de la Biélorussie. J'ai suivi des études de linguistique à l'université de Minsk. Je suis mariée et j'ai deux fils.

En 1992, 4 ans après la fin de mes études, je suis entrée au département des relations internationales du Comité Tchernobyl, l'organisme d'Etat qui gère les conséquences de l'accident de Tchernobyl.
 En 2000, je suis devenue chef de ce département.

Puis, en 2004, j'ai quitté ce Comité pour devenir coordinatrice du nouveau programme CORE.

 « Vous avez dit Tchernobyl ? »

Au moment de l'accident, en 1986, j'étais étudiante à Minsk, je n'ai rien su, il n'y a pas eu d'informations, seulement de vagues rumeurs. Au début des années 1990, on a commencé à entendre parler d'une contamination au Sud du pays et en Ukraine. Mais ce n'est qu'en intégrant le Comité Tchernobyl, en 1992, que j'ai découvert qu'une catastrophe s'était produite, 6 ans plus tôt, à la centrale nucléaire de Tchernobyl.

 Plongée dans la réalité

A l'époque où je suis entrée au Comité, la République du Bélarus venait de voir le jour, et la coopération internationale commençait tout juste à se mettre en place. Et moi, ce qui m'intéressait, plus que la question de Tchernobyl, c'était d'organiser cette coopération internationale. Nous n'allions jamais sur le terrain. La collecte des informations, le traitement statistique, les rencontres entre experts nationaux et internationaux, tout se passait à Minsk ou à Gomel, au niveau des laboratoires et des instituts de recherche.

C'est en 1996, à l'occasion du projet Ethos, que j'ai eu l'occasion pour la première fois, de me rendre dans les villages, en territoires contaminés. Et c'est seulement à ce moment-là, en visitant les territoires, en rencontrant des habitants, que j'ai pris conscience de l'ampleur de la catastrophe et de ses conséquences pour notre pays, mais aussi pour le reste du monde.

 La dimension humaine

Par la suite, je suis retournée assez régulièrement dans ces territoires. Et j'ai commencé à appréhender le problème, non seulement sous son aspect technique, mais aussi dans sa dimension humaine. L'État, à cette époque, continuait d'investir des budgets considérables pour limiter l'impact de la radioactivité, améliorer la situation des 1,3 million d'habitants vivant dans les territoires contaminés au Bélarus. Mais ces populations, qui vivaient avec la contamination au quotidien, avec leurs certitudes et leurs inquiétudes, demeuraient très isolées, souvent enfermées dans leurs statuts de victimes de la catastrophe. Tous les efforts pour améliorer leurs situations se déployaient sans les impliquer directement dans la compréhension du risque radiologique et des moyens pour le réduire.

Face à ce constat, les responsables du Comité Tchernobyl ont alors décidé d'organiser autrement la coopération internationale, en invitant des représentants des organismes internationaux à se rendre dans les territoires contaminés. En 1999, nous y avons organisé une première visite des ambassadeurs des pays européens, puis deux autres dans les années qui ont suivi. Pour les habitants, ces visites ont représenté des événements très importants. Il ne s'agissait pas encore d'assistance, mais déjà de solidarité.

 Engagement dans le programme CORE

Au cours des 2 dernières années que j'ai passées au sein du Comité Tchernobyl, j'ai été nommée coordinatrice pour la préparation d'un nouveau programme international de « coopération pour la réhabilitation ». Ceci nous a amenés à parcourir les territoires, à organiser des réunions avec les habitants dans les villages et à mener des consultations pour réfléchir avec eux sur les moyens d'agir ensemble pour améliorer leur quotidien et imaginer le futur. Et les gens nous disaient : « La réhabilitation des conditions de vie dans les territoires ? C'est notre affaire et nous sommes prêts à y participer. Merci pour l'espoir ! ». C'est cette attente, cette espérance et la conscience de la gravité de la situation sanitaire, économique et sociale des populations des territoires contaminés qui m'ont poussée à en faire plus et à m'engager dans le programme CORE.

 Regard sur 15 années d'action

Je me suis donc trouvée, pendant 15 ans, au coeur du dispositif de prise en charge des conséquences de l'accident de Tchernobyl. Je me garderais bien de porter un jugement, d'autant que je ne suis pas scientifique, sur les mesures qui ont été prises, sur les actions qui ont été engagées.

Nous avons dû faire face à un événement inhabituel, inattendu, d'une ampleur considérable : 23% du territoire sont touchés, 1,3 million d'habitants sur 9,5 millions sont concernés par la contamination. C'est un problème national, que nous devrons gérer à long terme. Confrontées à l'accident, les autorités ont cherché à faire au mieux et l'on peut comprendre qu'il y ait eu des tâtonnements, des ratés, des mesures parfois contradictoires. L'Etat a fait d'énormes efforts, et consacre jusqu'à plus de 10% de son budget pour réduire l'impact de la catastrophe sur l'environnement, l'économie, la santé des populations : distribution de nourriture propre aux enfants, envoi des enfants en sanatoriums, décontamination des sites, contre- mesures agricoles.

Mais ces actions ont leurs limites : si l'on édicte des règles, mais qu'elles ne sont pas suivies par les habitants, elles ne sont d'aucune efficacité. Ce qui importe aujourd'hui, c'est de susciter l'engagement des gens, leur propre implication dans le processus de réhabilitation de leurs conditions de vie, en étant à leur écoute, en essayant avec eux de cerner les problèmes et de dégager des leviers pour l'action.

Date de la dernière mise à jour : 23/08/2018