La gestion des conséquences de l'accident de Tchernobyl. Perspective historique

Vingt ans après l'accident de Tchernobyl (1986), le projet PAREX a permis de revenir sur l'ensemble de la gestion post-accidentelle en Biélorussie.

La contamination et la protection radiologique dans la vie quotidienne

Zone contaminée. Feux de bois, cueillette de champignons et baies interdits

En 1994, pour les populations des territoires contaminés, la contamination est devenue une donnée de la vie quotidienne. Elle constitue une réalité qui est petit à petit banalisée (des habitants interrogés déclarent ainsi : "cela fait partie de la vie", "où qu'on aille, c'est pareil. Toute la Biélorussie est contaminée", "Partout, c'est contaminé. A Paris aussi, il me semble.")

La perception de la situation radiologique reste floue pour les habitants du district de Tchetchersk. La crédibilité des contrôles et des mesures officiels est faible, et les différents experts internationaux qui passent dans le district ont des discours contradictoires sur la gravité de la situation locale.

De plus, les conseils des experts et organismes publics en matière sanitaire sont pour les habitants un ensemble de prescriptions négatives avec lesquelles il est difficile de vivre. Leur application diminue fortement la qualité de vie (abandon d'activités et de loisirs traditionnels tels la chasse ou la cueillette en forêt …) dans un contexte rural où la nature occupe une place très importante dans l'alimentation, les loisirs et la culture.

Les prescriptions peuvent en outre s'avérer inapplicables dans certaines situations, notamment faute de ressources financières suffisantes pour l'achat de denrées non contaminées dans le circuit commercial. Dans ces conditions, l'une des options choisie pour vivre "normalement" consiste à ne prendre aucune mesure et à vivre en ignorant la contamination.

La crise économique du début des années 1990 a entraîné une régression de la protection radiologique. En effet, sur le plan alimentaire, la réponse des autorités soviétiques puis biélorusses à la contamination de l'environnement a consisté à faire arrêter la production privée et à concentrer ses efforts sur le système public des fermes collectives (kolkhozes et sovkhozes). Cependant, face à des difficultés économiques croissantes, les habitants des territoires contaminés ruraux reprennent massivement une petite activité agricole privée à des fins de subsistance. Toutefois, ils mènent cette activité sans bénéficier des techniques et du savoir-faire en matière de réduction de la contamination des produits agricoles mis à disposition des fermes collectives.

Enfin, les contrôles radiologiques opérés par les acteurs publics, y compris sur les productions alimentaires privées, sont mis en place comme un outil de pilotage des stratégies nationales de protection radiologique. Le système de contrôle radiologique mis en place ne joue pas le rôle d'un outil au service de la population et permettant de construire une évaluation de la situation locale. De plus, ces moyens de mesure, dont la fiabilité ne peut pas être testée par la population, bénéficient d'un faible niveau de confiance.

Date de la dernière mise à jour : 23/08/2018