Surveillance et gestion des denrées alimentaires

En phase post-accidentelle, la principale source d’exposition interne des populations est l’ingestion de denrées contaminées. Après l’accident de Fukushima, le rapport du NAIIC indique qu’une surveillance radiologique des denrées produites dans les préfectures de Fukushima, Ibaraki, Tochigi et Gunma a été engagée. Le 20 mars 2011, plus de trente cas de non-conformité avaient été identifiés. Des restrictions de consommation et de mise sur le marché des denrées alimentaires ont donc été mises en œuvre dès le 21 mars (épinards et kakina produits dans les quatre préfectures et lait produit dans la préfecture de Fukushima). Cependant, des analyses réalisées le 22 mars ayant montré que d’autres types de denrées alimentaires étaient susceptibles d’être non conformes, les restrictions ont été étendues dès le 23 mars à différents végétaux frais et à la préfecture d’Ibaraki.

Ces restrictions ont ensuite été maintenues sans modification jusqu’au 8 avril 2011. A partir de cette date, les restrictions ont évolué de façon continue en fonction des résultats de la surveillance radiologique des denrées. Lorsque des non conformités étaient repérées, les produits étaient interdits de commercialisation sur une zone géographique donnée ; inversement, lorsque trois analyses radiologiques successives sur un produit montraient que son niveau de contamination était inférieur aux Niveaux Maximaux Admissibles (NMA), l’interdiction était levée.

Cependant la mise en œuvre de ces restrictions a rencontré de nombreuses difficultés :

  • faible disponibilité des appareils de mesure radiologique ;
  • manque d’information et incompréhension par la population du système des NMA pour la gestion des denrées alimentaires en situation accidentelle et post-accidentelle ;
  • mise sur le marché de denrées alimentaires non conformes (bœuf, champignons…), malgré la surveillance radiologique mise en œuvre.

La responsabilité de la réalisation des contrôles était portée par les préfectures, qui devaient appliquer le plan de surveillance radiologique des denrées alimentaires élaboré au niveau national. Cependant, les différentes préfectures ne disposaient initialement pas des mêmes compétences et moyens de mesure radiologique, ce qui a généré des disparités quant à leur capacité à mettre en œuvre ces plans. Pour la préfecture de Fukushima, par exemple, une partie des appareils de mesure était située dans les zones évacuées et n’a donc pas pu être utilisée. Par ailleurs, le rapport indique que certains gouvernements locaux semblaient initialement peu enclins à réaliser ces contrôles, car la diffusion de leurs résultats leur semblait de nature à nuire à la réputation des territoires concernés. Cependant, malgré ces difficultés, plus de 130 000 tests ont été réalisés entre mars 2011 et mars 2012, dont moins de 1 % ont permis d’identifier des niveaux de contamination des denrées alimentaires supérieures aux NMA.

Certaines entreprises privées se sont par ailleurs engagées dans une démarche d’autosurveillance radiologique des produits. Enfin, certains distributeurs ont choisi de faire réaliser des tests complémentaires à ceux des autorités et d’appliquer des valeurs de commercialisation plus basses que les NMA définis au niveau national.

Les valeurs de NMA choisies en 2011 s’appuyaient sur les valeurs de NMA définies par le Codex Alimentarius[1], fondées sur un niveau de référence de dose de 5 mSv/an. Cependant, dès le 29 mars 2011, la Food Safety Commission (FSC) aurait émis des recommandations spécifiques à destination des enfants et des femmes enceintes ou allaitantes, indiquant qu’une attention spéciale devait être apportée à leur alimentation dans un contexte d’incertitude sur les effets des faibles doses d’iode et de césium présents dans les denrées alimentaires. Plus tard, en octobre 2011, la FSC a transmis au ministère de la santé japonais (MLHW) des recommandations d’abaissement des valeurs des NMA dans un objectif d’optimisation des doses susceptibles d’être reçues par la population. Les valeurs ont effectivement été abaissées le 1er avril 2012 par le MLHW, sur la base d’un niveau de référence de dose de 1 mSv/an.

Ci-dessous, un tableau présentant les valeurs retenues par la NSC en 2011 et en 2012 :

Appliqué en 2011

Appliqué depuis le 1er avril 2012

Catégorie d’aliments

Niveau maximum admissible pour le Césium (Bq/kg)

Catégorie d’aliments

Niveau maximum admissible pour le Césium (Bq/kg)

Eau potable

200

Eau potable

10

Lait et produits laitiers

200

Lait

50

Végétaux frais

500

Aliments pour nourrissons

50

Céréales

Autres aliments

100

Viande, œufs, poisson

Ce nouveau système a été progressivement mis en place à partir du mois d’avril 2012 pour les denrées nouvellement produites, les denrées produites avant le 31 mars 2012 restant soumises à l’ancien système.

L’IRSN a publié, le 13 juillet 2012, une synthèse des informations disponibles au Japon concernant la contamination des denrées alimentaires par les radionucléides persistant dans l’environnement après l’accident de Fukushima. Cette synthèse indique que les niveaux de contamination de nombreuses denrées ont baissé depuis le printemps 2011, mais invite à la vigilance pour certaines denrées particulières (champignons shiitake, pousses de plantes sauvages, gibiers et poissons) qui présentent toujours des non conformités, parfois sur des territoires étendus. La surveillance radiologique du lait est poursuivie, avec des résultats qualifiés de bons par l’IRSN, indiquant une bonne gestion des élevages et notamment une bonne alimentation du bétail. Pour les poissons d’eau douce, de nombreux dépassements des NMA ont été observés, notamment dans les rivières et les lacs de la préfecture de Fukushima, à mettre en relation avec les niveaux de contamination importants de ces milieux.

Concernant l’abaissement des NMA, l’IRSN observe que la plupart des communes qui étaient déjà concernées par des restrictions de mise sur le marché des denrées alimentaires avant le 1e avril 2012, l’étaient toujours en juin 2012. En revanche, ces restrictions concernent aujourd’hui de nouvelles communes, assez nombreuses et, pour certaines, géographiquement éloignées de la centrale accidentée de Fukushima.

Entre le 1er avril et le 26 décembre 2012, 204 681 échantillons ont été analysés, 2 000 d’entre eux présentant des niveaux de contamination supérieurs aux niveaux maximaux admissibles (NMA), principalement dans les préfectures de Fukushima (1 093), d’Iwate (255), Tochigi (229) et de Miyagi (141).

Du fait de l’importance des rejets de radionucléides en milieu marin, une surveillance spécifique des poissons et produits d’origine marine a été mise en œuvre par les autorités japonaises et une interdiction de pêche a été fixée sur un périmètre de 20 km autour de l’installation accidentée[2]. Cette interdiction a été réduite à 5 km à la fin du mois d’août 2012.

L’IRSN indique que, depuis l’abaissement des NMA, des dépassements de nouvelles normes sont observés pour diverses espèces de poissons, mais aussi pour les palourdes et les oursins. Certains poissons pêchés en mer ou dans certaines rivières de la préfecture de Fukushima présentent des niveaux de contamination en césium allant jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de Bq/kg. Les restrictions de mise sur le marché de ces denrées, qui concernaient jusqu’alors essentiellement les ports de la préfecture de Fukushima, ont donc été étendues aux ports des préfectures de Miyagi (au nord) et d’Ibaraki (au sud).

L’état des restrictions de mise sur le marché des denrées alimentaires est tenu à jour et publié sur Internet par le MLHW (voir tableau en annexe).

[1] La Commission du Codex Alimentarius, créée en 1963 par la FAO et l'OMS, met au point des normes alimentaires, des lignes directrices et des codes d’usages internationaux et harmonisés visant à protéger la santé des consommateurs et à assurer des pratiques loyales dans le commerce des aliments.

[2] “Basic Policy for Inspections on Radioactive Materials in Fishery Products”, Fisheries Agency of Japan, 6 mai 2011.

Date de la dernière mise à jour : 03/04/2014