Suivi sanitaire et protection des travailleurs et des populations

Concernant l’exposition des travailleurs impliqués dans les opérations de stabilisation de l’état de l’installation accidentée, un dépassement des limites d’expositions en situation d’urgence a été autorisé de mars 2011 à août 2011, de 100 à 250 mSv. Deux catégories de travailleurs sont aujourd’hui distinguées. Les « specific high radiation dose workers » sont soumis à une limite de dose de 100 mSv en situation d’urgence, alors que les « Provisionnal measures applied workers » sont soumis à la limite de dose de 250 mSv.

Au 27 décembre 2012, le bilan de l’exposition des travailleurs a été réactualisé par Tepco :

  • plus de 25 000 travailleurs sont intervenus sur le site de mars 2011 à novembre 2012 ;
  • dans les premiers moments qui ont suivi l’accident :
    • 6 travailleurs ont reçu des doses (interne + externe) supérieures à 250 mSv ;
    • 167 travailleurs (dont les six personnes précitées) ont reçu des doses (interne + externe) supérieures à 100 mSv ;
    • 361 travailleurs ont été nouvellement mobilisés sur le site au mois de novembre 2012 avec une dose externe maximale de 19,3 mSv.

Le premier rapport du « Investigation Committee on the Accident at Nuclear Power Stations of Tokyo Electric Power Company[1] », édité fin décembre 2011, apporte des précisions sur l’exposition des six travailleurs ayant reçu des doses supérieures à 250 mSv. Trois d’entre eux étaient présents dans la salle de contrôle des unités 3 et 4 de la centrale de Fukushima entre le 11 et le 13 mars 2011. Les doses reçues par ces travailleurs au cours de cette période seraient respectivement de :

  • 678 mSv (88 mSv par voie externe et 590 mSv par voie interne);
  • 643 mSv (103 mSv par voie externe et 540 mSv par voie interne);
  • 352 mSv (110 mSv par voie externe et 242 mSv par voie interne).

Le manque de masques adaptés a exposé ces travailleurs à une dose interne par inhalation, principalement d’iode. Cependant ils ont pu disposer de masques dès le 12 mars au soir et ont été évacués du site le 15 mars 2011.

Par ailleurs, trois autres travailleurs présents dans la salle de contrôle des unités 1 et 2 de la centrale et qui ne disposaient pas non plus de masques adaptés au début des opérations auraient reçu des doses de :

  • 309 mSv (50 mSv par voie externe et 259 mSv par voie interne);
  • 475,5 mSv (42,4 mSv par voie externe et 433,1 mSv par voie interne);
  • 359 mSv (31 mSv par voie externe et 328 mSv par voie interne).

Des précisions ont également été apportées sur les trois travailleurs exposés à de l’eau contaminée dans l’unité 3 de la centrale, le 24 mars 2011. Les doses externes reçues par ces trois travailleurs seraient respectivement de 180 mSv; 179 mSv et 173 mSv. La dose équivalente à la peau reçue par deux de ces trois travailleurs serait de 466 mSv, mais aucun d’entre eux n’aurait souffert de brûlures liées à l’exposition aux rayonnements ionisants.

Cependant ces données sur l’exposition des travailleurs présents sur le site accidenté doivent être analysées avec une certaine prudence, surtout pour ce qui concerne les premiers jours après l’accident, du fait de la faible disponibilité initiale d’appareils de mesure radiologique. Le rapport du NAIIC indique en effet qu’au moment de l’accident, Tepco disposait sur le site de 5 000 dosimètres, mais qu’un grand nombre de ces appareils aurait été endommagé par le tsunami, n’en laissant que 320 en état de fonctionnement. Il aurait donc souvent été choisi d’équiper les travailleurs de dosimètres par groupe plutôt qu’individuellement. D’autre part, un pourcentage non négligeable de travailleurs (au moins 25 %) ont déclaré à la commission d’enquête n’avoir jamais reçu de dosimètre.

De plus, bien que le site de Fukushima hébergeait, avant l’accident, quatre appareils d’anthroporadiométrie destinés à la surveillance radiologique des travailleurs. L’augmentation très importante du bruit de fond sur le site, ainsi que la dispersion de particules radioactives ont rendu ces appareils inopérants. Le 22 mars, le JAEA a néanmoins mis à disposition de Tepco un appareil d’anthroporadiométrie mobile, qui a permis de commencer à évaluer la contamination interne des travailleurs, mais seulement 11 jours après le début de l’accident.

Une estimation de l’exposition externe des populations résidant dans la préfecture de Fukushima a également été réalisée et ses premiers résultats concernant 14 000 habitants ont été publiés en juin 2012, montrant qu’au cours des quatre premiers mois suivant l’accident :

  • 0,7 % des résidants auraient été exposés à des doses supérieures à 10 mSv par exposition externe ;
  • 42,3 % auraient été exposés à des doses comprises entre 1 et 10 mSv.

Ces résultats, relativement bas, ne tiennent cependant pas compte de l’exposition interne aux radionucléides, qui constitue toujours une source d’inquiétude pour les populations.

Concernant l’évaluation de l’exposition interne des résidants de la préfecture de Fukushima, le rapport du NAIIC indique que les actions engagées par les autorités japonaises n’ont pas permis d’effectuer d’évaluation suffisamment précise pour connaître les doses effectivement reçues par les populations par voie interne, notamment dans les premiers moments après l’accident.

Du 26 au 30 mars 2011, environ 1 100 tests thyroïdiens ont été réalisés chez des nourrissons et des enfants jusqu’à 15 ans. Les résultats ont indiqué qu’aucun enfant n’avait reçu des doses efficaces à la thyroïde supérieures à 100 mSv.

Le 27 mai 2011 a été engagé un suivi de long terme de la santé des résidants de la préfecture de Fukushima. Ce suivi comprend une surveillance générale de la santé des résidants et plus particulièrement celle des enfants, des femmes enceintes et des personnes pour lesquelles un suivi spécifique semble nécessaire. Cependant ces examens se focalisent sur des points particuliers, par exemple les examens de la thyroïde chez les enfants, mais n’envisageraient pas, le suivi de la contamination interne par le césium, en dehors de l’initiative de certaines communes et de certains hôpitaux, qui pratiquent des anthroporadiométries.

Le rapport compare ce protocole à celui mis en œuvre dans les trois pays les plus affectés par l’accident de Tchernobyl. Il indique que ces pays ont engagé, depuis de nombreuses années, un suivi anthroporadiométrique systématique, accompagné d’actions spécifiques destinées aux femmes enceintes et aux enfants. Il indique également que ce suivi a permis d’identifier des augmentations de la contamination interne des populations plus de dix après l’accident, en lien avec la consommation de denrées contaminées. Le rapport fait donc remarquer qu’en l’absence d’un suivi anthroporadiométrique individuel et coordonné au niveau national, il sera, à l’avenir, difficile de détecter d’éventuelles augmentations de la contamination interne des populations de la préfecture de Fukushima, notamment en lien avec la consommation de denrées alimentaires contaminées, qui peut survenir des années après l’accident.

L’OMS a publié, début mai 2012, un rapport sur les doses reçues par les populations japonaises au cours de la première année suivant l’accident de Fukushima. L’estimation des doses reçues a été établie par un panel d’une trentaine d’experts nommés par l’OMS, assistés de représentants de l’AIEA et de la FAO. L'UNSCEAR, qui mène une évaluation parallèle mais de plus longue durée (au moins deux ans), a également été associé à ces panels, ainsi que des experts japonais (missions permanentes du Japon à Vienne et Genève). Des hypothèses relativement conservatives ont été choisies, concernant les actions de protection de la population.

Avec ces hypothèses, les résultats de ces travaux indiquent que les doses efficaces estimées :

  • sont de l’ordre de 1 à 10 mSv pour la première année suivant l’accident, dans la préfecture de Fukushima, sauf pour la ville de Namie et le village d’Iitate où elles atteignent 10 à 50 mSv ;
  • varient entre 0,10 et 10 mSv dans les préfectures limitrophes et sont inférieures à 1 mSv dans toutes les autres préfectures du Japon ;
  • sont inférieures à 0,01 mSv dans le reste du monde.

Les doses équivalentes à la thyroïde ont également été estimées :

  • dans les régions les plus affectées de la préfecture de Fukushima, elles varient de 10 à 100 mSv, avec cependant une exception dans la ville de Namie, où des nourrissons auraient reçu des doses à la thyroïde allant jusqu’à 200 mSv ;
  • dans le reste de la préfecture de Fukushima, elles sont de l’ordre de 1 à 10 mSv pour les adultes et de 10 à 100 mSv pour les enfants et les nourrissons ;
  • dans les autres préfectures japonaises elles varient de 1 à 10 mSv et sont inférieures à 0, 01 mSv dans le reste du monde.

Dans la préfecture de Fukushima, les doses reçues par ingestion de denrées contaminées auraient été maximales au cours du premier mois suivant l’accident et auraient ensuite décru jusqu’au sixième mois suivant l’accident. Elles seraient cependant restées inférieures à 2 mSv au cours de la première année suivant l’accident et les doses équivalentes à la thyroïde seraient restées inférieures à 40 mSv. Les doses reçues par ingestion d’eau potable seraient faibles, voire très faibles, en comparaison des doses reçues par les autres voies d’exposition.

[1] Investigation Committee on the Accident at Nuclear Power Stations of Tokyo Electric Power Company – Interim report – décembre 2011

Date de la dernière mise à jour : 26/03/2014