Actions visant à améliorer les conditions de vie des populations résidentes

Le rapport du NAIIC indique que l’accident de Fukushima a conduit au rejet d’environ 900*1015 Bq de différents radionucléides dans l’environnement (Iodes : 500*1015 Bq ; Césium 137 : 10*1015 Bq) et à la contamination de larges espaces du territoire japonais, avec environ 1 800 km² sur lesquels la population est susceptible d’être exposée, par voie externe, à plus de 5 mSv/an et 515 km² où l’exposition externe susceptible d’être reçue serait supérieure à 20 mSv/an.

Des travaux de décontamination de grande ampleur ont été engagés par les autorités japonaises, dont l’efficacité varie cependant de façon importante en fonction des caractéristiques des zones à décontaminer. Par exemple, pour les habitations situées à proximité des forêts, la mise en œuvre d’actions de décontamination sur le bâtiment n’entraîne souvent qu’une diminution faible des débits de dose à l’intérieur du bâtiment, du fait de la contribution significative des radionucléides déposés en forêt, aux débits de dose à l’intérieur des bâtiments. De plus, dans un second temps, des contaminations secondaires (ex. ruissellement, remise en suspension de particules en cas de feu de forêt) peuvent survenir, limitant ainsi l’efficacité de la décontamination.

De ce fait, certaines villes et villages situés aux abords de massifs forestiers seront difficilement décontaminables, et des projets de relogement seraient encore étudiés, notamment pour les enfants en bas âge et les femmes enceintes.

Carte de la zone autour de Fukushima

La principale action de décontamination engagée dans la préfecture de Fukushima est le décapage de la couche supérieure de sol, qui présente un réel intérêt en matière de réduction des débits de dose (exemple cité dans le rapport : de 2,42 µSv/h à 0,58 µSv/h). Elle a été mise en œuvre en priorité autour des lieux accueillant des enfants. Cette action n’est cependant pas généralisable à tous les types de sols et ne peut être mise en œuvre à grande échelle. Les habitations ont principalement été nettoyées (toits, gouttières, murs externes) et les feuilles mortes ont été ramassées. Le nettoyage a une efficacité variable en fonction des habitations, mais un pourcentage de décontamination d’environ 50 % a pu être atteint sur certaines habitations. Les mesures radiologiques réalisées ont en revanche montré que le nettoyage du bâti et des routes avait tendance à créer des lieux de concentration de la radioactivité (ex. gouttières et bord des routes). L’enlèvement des débris accumulés sur le bord des routes s’est donc montré également assez efficace, avec par exemple à Nihonmatsu une diminution du débit de dose de 5,8 µSv/h à 0,8 µSv/h.

Pour les espaces agricoles, le décapage de la couche supérieure du sol serait également efficace mais génèrerait des quantités extrêmement importantes de déchets. Dans certaines zones, un labour profond a été mis en œuvre, permettant de limiter le débit de dose en surface, en diluant la contamination dans les sols. Le rapport indique cependant qu’il existe des méthodes permettant de limiter le transfert des radionucléides présents dans les sols vers les produits agricoles (fertilisation potassique, sélection des variétés, sélection des pâtures pour les animaux…), sans décontaminer l’environnement agricole à proprement parler.

Zonage élargie de la préfecture de Fukushima
Zonage élargie de la préfecture de Fukushima

Afin de proposer un cadre commun à la mise en œuvre d’actions de décontamination, le gouvernement japonais a publié, le 30 août 2011, une loi[1] encadrant la décontamination des territoires contaminés à la suite de l’accident survenu sur la centrale de Fukushima Daiichi. Des équipes spécialisées ont été mobilisées dans la préfecture de Fukushima, la « Fukushima Decontamination Promotion Team ».

Un état des lieux de l’avancement des travaux de décontamination a été publié par le département décontamination du gouvernement de la préfecture de Fukushima en juillet 2012. Les cartes ci-dessous et la légende présentent un « zonage élargi » de la préfecture de Fukushima et des préfectures voisines, dont les zones ont été définies en fonction des objectifs de décontamination :

 

Dose efficace prévisionnelle annuelle

Débit de dose

Plan de décontamination

Financement

Mise en œuvre

< 1mSv

< 0,23 µSv/h

Non requis

Préfectoral

Municipalités (organisations de quartier, associations de parents d’élèves)

Intensive contamination Survey Area (104 communes situées dans 8 préfectures)

> 1 mSv

Compris entre 0,23 et 1 µSv/h

Plans municipaux

(35 plans approuvés[2] au 14 juin 2012)

Préfectoral

Municipalités

Préfecture

Niveau national

Special decontamination areas (11 communes de la préfecture de Fukushima)

> 20 mSv

> 1 µSv/h

Plans nationaux

National

Niveau national

Le budget 2011 a été estimé à environ 220 milliards de yens (environ 2 milliards d’euro), dont la majeure partie (185 milliards de yens) pour la décontamination des zones habitées (bâtiments, voirie, habitations, parcs urbains) et l’assistance aux résidants. Cette partie est prise en charge par le fonds pour la santé des résidants de la Préfecture de Fukushima (« Fukushima Prefecture Resident’s health management fund »).

Ensuite le budget se décompose en :

  • 10 milliards de yens pour la gestion des points chauds de contamination (« hot spots ») et l’affectation de spécialistes de la décontamination dans la préfecture de Fukushima ;
  • 8 milliards de yens pour la gestion des déchets agricoles pris en charge par la préfecture de Fukushima ;
  • 16 milliards de yens pour les travaux de décontamination expérimentaux, la gestion des pailles de riz et des carcasses d’animaux contaminées et la mise en œuvre de systèmes de mesure.

En 2012, le budget attribué à la décontamination est estimé à environ 270 milliards de yens.

Au sein du plan de décontamination, l’accent est principalement mis sur la formation des intervenants de la décontamination (workshops, sessions de formation organisées en différents lieux de la préfecture) et la mise à disposition d’experts et de moyens pour la centralisation et la transmission de l’information aux résidants de la préfecture de Fukushima (« decontamination information plaza », réunions publiques). Le « decontamination information plaza » est en lien direct avec les experts nationaux (Atomic Energy Society of Japan et Japan Atomic Energy Agengy) et diffuse l’information et les moyens disponibles auprès des résidants, mais également auprès des municipalités responsables de leur plan de décontamination. Ce dispositif vise également à promouvoir la mise en œuvre des techniques de décontamination les plus efficaces et des bonnes pratiques identifiées à l’occasion des projets de décontamination expérimentaux menés dans la préfecture de Fukushima en 2011 et 2012.

Pour les zones où les doses prévisionnelles annuelles sont supérieures à 1 mSv/an (en jaune et orange sur la carte), il est conseillé de mener une décontamination globale par zone (« Broad-area decontamination »), c'est-à-dire une décontamination qui traite de façon cohérente les différents espaces (habitations, voirie, forêts…) d’une même zone. Cette approche permet notamment de limiter les contaminations secondaires, par exemple la recontamination de bâtiments décontaminés, par des radionucléides présents en forêt. Un guide décrivant cette décontamination globale a été édité par la préfecture de Fukushima en mars 2012 (en japonais).

A noter que 80% des municipalités de la préfecture de Fukushima, qui avaient fermé leurs piscines à la suite de l’accident ont décidé de les rouvrir à l’été 2012. Le gouvernement a fixé à 50Bq/l la limite pour les eaux de baignade.

A l’occasion de la “Fukushima Ministerial Conference on Nuclear Safety”, organisé par l’AIEA du 15 au 17 décembre 2012, un bilan de l’avancement des travaux de décontamination a été présenté. Il concerne 41 communes et il y est indiqué que :

  • Pour les habitations : plus de 6 200 chantiers auraient été menés sur les 68 000 planifiés (9%) ;
  • Pour les bâtiments accueillant du public : environ 2 500 chantiers auraient été menés sur les 3 200 planifiés (77 %) ;
  • Pour la voirie : environ 400 chantiers auraient été menés sur les 3 400 planifiés (12 %) ;
  • Pour les espaces agricoles : environ 12 000 chantiers auraient été menés sur les 26 000 planifiés (47 %).

 

[1] “Act on Special Measures Concerning the Handling of Environment Pollution by Radioactive Materials Discharged by the NPS Accident Associated with the Tohoku Disctrict – Off the Pacific Ocean Earthquake That Occured on March 11, 2011”, 30 août 2011.

[2] Fukushima City, Nihonmatsu, Date, Motomiya, Koori-machi, Kunimi-machi, Kawamata-machi, Otama-mura, Koriyama, Sukagawa, Tamura, Kagamiishi-machi, Ishikawa-machi, Tamakawa-mura, Hirata-mura, Asakawa-machi, Furudono-machi, Miharu-machi, Ono-machi, Ten’ei Village,Shirakawa, Nishigo-mura, Izumizaki-mura, Nakajima-mura, Yabuki-machi, Tanagura-machi, Samegawa-mura, Yugawa-mura, Aizu Misato Town,Shinchi-machi, Soma, Minami Soma, Hirono-machi, Kawauchi-mura, Iwaki

Date de la dernière mise à jour : 26/03/2014