Situation de Fukushima en janvier 2013

Gestion des conséquences radiologiques au Japon

Synthèse

Le rapport de la « National Diet of Japan Fukushima Nuclear Accident Independent Investigation Commission (NAIIC)» a été publié en anglais en octobre 2012. Cette Commission a été établie en décembre 2011 afin de conduire, pour la Diète (parlement japonais), une investigation sur les causes et les conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima. Elle s’est appuyée pour cela sur de nombreuses auditions, des personnels de Tepco, des autorités nationales et locales, des agences d’expertise, des résidants de la préfecture de Fukushima, ainsi que sur plus de 10 000 questionnaires. Ce rapport présente de nombreux éléments d’évaluation de la gestion de la crise de Fukushima.

Au mois de décembre 2012 a eu lieu dans la ville de Koriyama, située dans la préfecture de Fukushima, la « Fukushima Ministerial Conference on Nuclear Safety », organisée par l’AIEA. La délégation française à cette conférence était dirigée par Mme Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie et était composée notamment du président et d’un commissaire de l’ASN et de représentants de l’IRSN. Cette conférence a été l’occasion de dresser un bilan global de la situation actuelle au Japon.

En octobre 2012 a eu lieu une seconde réunion entre les experts européens et japonais de la contamination radiologique de l’espace maritime (la première réunion avait eu lieu en octobre 2011). Les principales conclusions de cette réunion sont que :

  • bien que des incertitudes persistent quant aux quantités de radionucléides rejetées en mer après l’accident de Fukushima et aux mécanismes de transfert entre l’eau de mer et les sédiments, la situation de la contamination marine autour de Fukushima est aujourd’hui bien connue grâce à la surveillance radiologique engagée par les autorités japonaises ;
  • le risque que des poissons et autres produits de la mer pêchés dans l’Océan Pacifique, au-delà des eaux territoriales japonaises, présentent des niveaux de contamination supérieurs aux NMA peut aujourd’hui être écarté.

Le bilan de l’exposition des travailleurs a été actualisé par Tepco au 27 décembre 2012 :

  • plus de 25 000 travailleurs sont intervenus sur le site de mars 2011 à novembre 2012 ;
  • dans les premiers moments qui ont suivi l’accident :
    • 6 travailleurs ont reçu des doses (interne + externe) supérieures à 250 mSv ;
    • 167 travailleurs (dont les six personnes précitées) ont reçu des doses (interne + externe) supérieures à 100 mSv ;

L’IRSN a publié, le 12 mars 2012 le rapport « Fukushima un an après – premières analyses de l’accident et de ses conséquences » qui présente les résultats des travaux engagés depuis 1 an par l’Institut pour suivre la situation au Japon. Les césiums 134 et 137 sont majoritaires dans l’environnement depuis fin avril 2011, les iodes et autres radionucléides de courte période ayant diminué par décroissance radioactive. Aujourd’hui l’activité des césiums représente environ 99% de l’activité totale des dépôts.

L’OMS a publié, en mai 2012, un rapport sur les doses reçues par les populations japonaises au cours de la première année suivant l’accident de Fukushima. Les résultats de ces travaux indiquent que les doses efficaces estimées :

  • sont de l’ordre de 1 à 10 mSv pour la première année suivant l’accident, dans la préfecture de Fukushima, sauf pour la ville de Namie et le village d’Iitate où elles atteignent 10 à 50 mSv ;
  • varient entre 0,10 et 10 mSv dans les préfectures limitrophes et sont inférieures à 1 mSv dans toutes les autres préfectures du Japon;
  • sont inférieures à 0,01 mSv dans le reste du monde.

Les zones les plus contaminées par les substances radioactives sont interdites d’accès et les populations résidentes ont été relogées en dehors de ces zones. Au-delà de ces territoires, des actions de décontamination et de surveillance renforcée sont engagées.

La zone « interdite d’accès »est la zone de 20 km autour de la centrale évacuée dès le début de la phase d’urgence au mois de mars 2011.

La zone « d’évacuation planifiée » (devenuezone « d’évacuation délibérée » le 29 août) comprend les territoires situés au-delà du périmètre de 20 km, où l’exposition externe aux substances radioactives présentes dans l’environnement dépasserait 20 mSv/an.

Depuis le 1er avril 2012, le statut d’une partie de ces zones a été requalifié[1] avec l’introduction progressive de nouveaux périmètres (actualisés au 30 novembre 2012) :

  • Périmètres au sein desquels la levée de l’évacuation est en cours de préparation (area 1) : la dose externe susceptible d’être reçue est inférieure à 20 mSv/an. Les personnes sont donc autorisées, dans un premier temps, à rester temporairement sur place (séjour d’une journée maximum) et à reprendre certaines activités industrielles et agricoles ;
  • Périmètres au sein desquels le retour des populations n’est pas envisagé à court terme, mais à plus long terme (area 2): la dose externe susceptible d’être reçue est supérieure à 20 mSv/an. Seuls des retours ponctuels des populations sont autorisés ;
  • Périmètres au sein desquels le retour des populations n’est pas envisagé, même à long terme (area 3) :la dose externe susceptible d’être reçue est supérieure à 50 mSv/an.

Une surveillance renforcée des niveaux de contamination des denrées alimentaires produites sur le territoire japonais a été organisée au niveau des préfectures les plus affectées par la contamination, voire au-delà. Les résultats de ces analyses sont actualisés à un rythme hebdomadaire (au 6 janvier 2013). Au mois de mars 2012, les autorités japonaises ont annoncé un abaissement des Niveaux Maximaux Admissibles (NMA) japonais, mis en œuvre progressivement depuis le 1er avril 2012. Depuis cette date, la liste des restrictions de mise sur le marché éditée de façon hebdomadaire par le Ministry of health, labour and welfare (MHLW), actualisée au 4 janvier 2013, montre que certaines interdictions ont été étendues à des préfectures limitrophes (Ibaraki, Chiba et Kanagawa) en lien avec l’abaissement des NMA.

 

Appliqué en 2011

Appliqué depuis le 1e avril 2012

Catégorie d’aliments

Niveau maximum admissible pour le Césium (Bq/kg)

Catégorie d’aliments

Niveau maximum admissible pour le Césium (Bq/kg)

Eau potable

200

Eau potable

10

Lait et produits laitiers

200

Lait

50

Végétaux frais

500

Aliments pour enfants

50

Céréales

Autres aliments

100

Viande, œufs, poisson

 

L’IRSN a également publié, le 13 juillet 2012 une synthèse des informations disponibles concernant la contamination des denrées alimentaires, qui indique que les niveaux de contamination de nombreuses denrées ont baissé depuis le printemps 2011, mais invite à la vigilance pour certaines denrées particulières (champignons shiitake, pousses de plantes sauvages, gibiers et poissons) qui présentent toujours des non conformités aux NMA, parfois sur des territoires étendus.

Une loi encadrant la décontamination des territoires contaminés a été promulguée par le gouvernement japonais le 30 août 2011. Un état des lieux de l’avancement des travaux de décontamination a été publié par le département décontamination du gouvernement de la préfecture de Fukushima en juillet 2012. Depuis, un site Internet consacré à la mise en œuvre des actions de décontamination a été mis en place par le ministère de l’environnement (MOE) et de nombreux résultats sur l’avancement des travaux de décontamination ont été publiés, notamment par le JAEA (Japan Atomic Energy Agency). Les terres contaminées ont été entreposées dans des communes,a priori pour une période de trois ans qui pourrait être prolongée. Dans la zone de décontamination spéciale (« Special decontamination areas ») le MOE prend en charge la construction de bâtiments dévolus à l’entreposage des terres contaminées. Dans les autres communes (« Intensive contamination survey area »), la construction de bâtiments dévolus à l’entreposage est laissée sous la responsabilité des communes avec le soutien financier et technique du MOE.

Sont également prévues :

  • la construction de sites d’entreposages intermédiaires (« Interim storage facility ») dans la préfecture de Fukushima, dont la construction devrait être achevée en 2015, pour une durée de trente ans ;
  • la construction d’un site de stockage (« Final disposal ») en dehors de la préfecture.

Un des défis à l’heure actuelle est la sécurisation des sites d’entreposage de déchets présents dans les différentes communes de la préfecture de Fukushima.

L’organisation du contrôle de la sûreté nucléaire a été profondément revue depuis l’accident de Fukushima. En septembre 2012 a été instituée la Nuclear Regulation Autority (NRA), ayant un statut de Commission indépendante affiliée au ministère de l’environnement.

Depuis mars 2011, des dispositions communautaires (règlement EU n°1371/2011 du 21 décembre 2011) prévoyaient un contrôle renforcé des denrées importées en provenance de 11 préfectures japonaises. Ce règlement a été remplacé par le règlement EU 284/2012 du 29 mars 2012, qui définit un alignement de l’Union européenne pour les denrées alimentaires importées du Japon, sur les nouveaux niveaux maximaux admissibles mis en œuvre au Japon depuis le 1er avril 2012. Ce règlement impose également un abaissement des taux de contrôle des denrées alimentaires importées :

  • contrôle d’au moins 5 % des denrées originaires des préfectures japonaises sous surveillance ;
  • contrôle d’au moins 10 % des denrées originaires d’autres préfectures japonaises.

En France, les taux de contrôle des denrées importées ont également été abaissés depuis le 1er septembre 2012. Les contrôles sur les produits manufacturés ont été levés.

Le 26 octobre 2012, un nouveau règlement (n° 996/2012) a été publié, fixant les modalités d’importation de denrées alimentaires du Japon vers l’Europe jusqu’en 2014. Il a notamment été décidé, la situation radiologique au Japon étant mieux connue, de ne contrôler que les denrées dont les niveaux de contamination sont susceptibles de dépasser les NMA, plutôt que d’exiger un contrôle radiologique de l’ensemble des denrées alimentaires exportées vers l’UE. Cette liste comprend les denrées alimentaires suivantes : champignons, thé, poissons et produits de la pêche, algues, plantes sauvages comestibles, quelques fruits, riz et soja.

L’établissement de cette liste ne concerne que les préfectures de Gunma, Ibaraki, Tochigi, Miyagi, Saitama, Tokyo, Iwate, Chiba et Kanagawa. En effet, la situation radiologique et les niveaux de contamination des denrées alimentaires produits dans la préfecture de Fukushima n’autorisent pour l’instant pas une levée des contrôles radiologiques systématiques demandés avant exportation.

 

[1] “Rearranging restricted areas, areas to which evacuation orders have been issued, and other areas”, 30 mars 2012.

 Sommaire du dossier

Gestion de crise et actions de protection engagées

Le rapport de la « National Diet of Japan Fukushima Nuclear Accident Independent Investigation Commission» a été élaboré par une Commission indépendante composée de dix membres, dont les travaux ont impliqué environ 60 personnes, dont certains parlementaires de la diète (Parlement japonais) et des acteurs du secteur privé. Cette Commission a été établie en décembre 2011 afin de conduire, pour la diète, une investigation sur les causes et les conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima. Elle s’est appuyée pour cela sur de nombreuses auditions des personnels de Tepco, des autorités nationales et locales, des agences d’expertise, des résidants de la préfecture de Fukushima, ainsi que sur plus de 10 000 questionnaires. Ce rapport présente de nombreux éléments d’évaluation de la gestion de la crise liée à l’accident de Fukushima. Les paragraphes ci-dessous résument certains des éléments issus de ce rapport et portent sur les actions de protection des populations en situation d’urgence radiologique et la gestion post-accidentelle. Ils portent donc principalement sur des évènements passés (notamment en 2011).

Surveillance générale de l’environnement

Une caractérisation, puis une surveillance renforcée de la contamination de l’environnement ont été organisées très rapidement par les autorités japonaises. L’ensemble des mesures réalisées par les différents acteurs (Tepco, MEXT, NSC, Nuclear Emergency Headquarters, MOE, MAFF, MHLW, gouvernements locaux) sont expliquées au sein du « Comprehensive Monitoring Plan » publié par les autorités japonaises le 2 août 2011.

Suivi sanitaire et protection des travailleurs et des populations

Concernant l’exposition des travailleurs impliqués dans les opérations de stabilisation de l’état de l’installation accidentée, un dépassement des limites d’expositions en situation d’urgence a été autorisé de mars 2011 à août 2011, de 100 à 250 mSv. Deux catégories de travailleurs sont aujourd’hui distinguées. Les « specific high radiation dose workers » sont soumis à une limite de dose de 100 mSv en situation d’urgence, alors que les « Provisionnal measures applied workers » sont soumis à la limite de dose de 250 mSv.

Zonage post-accidentel

Un zonage post-accidentel a été défini par le gouvernement japonais le 22 avril 2011 et régulièrement révisé depuis.

Surveillance et gestion des denrées alimentaires

En phase post-accidentelle, la principale source d’exposition interne des populations est l’ingestion de denrées contaminées. Après l’accident de Fukushima, le rapport du NAIIC indique qu’une surveillance radiologique des denrées produites dans les préfectures de Fukushima, Ibaraki, Tochigi et Gunma a été engagée. Le 20 mars 2011, plus de trente cas de non-conformité avaient été identifiés. Des restrictions de consommation et de mise sur le marché des denrées alimentaires ont donc été mises en œuvre dès le 21 mars (épinards et kakina produits dans les quatre préfectures et lait produit dans la préfecture de Fukushima). Cependant, des analyses réalisées le 22 mars ayant montré que d’autres types de denrées alimentaires étaient susceptibles d’être non conformes, les restrictions ont été étendues dès le 23 mars à différents végétaux frais et à la préfecture d’Ibaraki.

Actions visant à améliorer les conditions de vie des populations résidentes

Le rapport du NAIIC indique que l’accident de Fukushima a conduit au rejet d’environ 900*1015 Bq de différents radionucléides dans l’environnement (Iodes : 500*1015 Bq ; Césium 137 : 10*1015 Bq) et à la contamination de larges espaces du territoire japonais, avec environ 1 800 km² sur lesquels la population est susceptible d’être exposée, par voie externe, à plus de 5 mSv/an et 515 km² où l’exposition externe susceptible d’être reçue serait supérieure à 20 mSv/an.

Gestion des déchets

La gestion des déchets est un sujet complexe car le tremblement de terre et le tsunami responsables de l’accident nucléaire ont également produit de nombreux déchets. Le 23 et le 28 juin 2011 ont été publiées les premières recommandations générales pour la gestion des déchets contaminés . Par exemple, les déchets contaminés incinérables doivent être pris en charge au sein d’incinérateurs équipés de filtres. Les cendres issues de cette incinération peuvent être enfouies sur des terrains n’ayant pas vocation à devenir des lieux d’habitation, si leur niveau de contamination est inférieur à 8000 Bq/kg. Au-delà, elles doivent être entreposées.

Gestion des marchandises (hors produits alimentaires)

Le Ministry of land, infrastructure, transport and tourism (MLIT) a publié des recommandations à destination des ports japonais, définissant les mesures de contrôle, d’une part, des bateaux et conteneurs destinés à l’export et, d’autre part, des mesures de radioactivité ambiante (débit de dose ambiant et eau de mer). Les contrôles réalisés au contact des conteneurs et des bateaux permettront la délivrance, le cas échéant, d’un certificat de non contamination.

Organisation des pouvoirs publics

Le 25 août 2011, a été créé “l’Office of Response to Contamination by Radioactive Materials” sous la tutelle du “Ministry for the Restoration from and Prevention of Nuclear Accident” dirigé par M. Goshi Hosono, également ministre de l’environnement. La principale mission de cet office est d’assurer la coordination des actions de sécurité sanitaire, de décontamination et de gestion des déchets.

Indemnisation

Les grandes orientations en matière d’indemnisation liée aux conséquences de l’accident de Fukushima sont fixées par le Dispute Reconciliation Committee for Nuclear Damage Compensation.

Contrôle des produits importés en Europe

Depuis mars 2011, des dispositions communautaires (règlement EU n°1371/2011 du 21 décembre 2011) prévoyaient un contrôle renforcé des denrées importées en provenance de 11 préfectures japonaises. Ce règlement a été remplacé par le règlement EU 284/2012 du 29 mars 2012, qui définit un alignement de l’Union européenne, pour les denrées alimentaires importées du Japon, sur les nouveaux niveaux maximaux admissibles mis en œuvre au Japon depuis le 1er avril 2012.

Date de la dernière mise à jour : 16/06/2017