Lettre d’information de l'EPR n°9 : l’ASN maintient en 2010 le rythme d’inspections tenu en 2009

Publié le 27/08/2010 à 18:13

Note d'information

Au cours du deuxième trimestre 2010, l’ASN a poursuivi le contrôle du chantier de construction du réacteur EPR de Flamanville 3.

L’ASN rappelle les exigences relatives à la fabrication du « liner »

L’étanchéité du bâtiment réacteur de l’EPR est notamment assurée par la présence, à l’intérieur de la double enceinte en béton, d’une peau d’étanchéité métallique appelée « liner ». Le 23 juin 2010, l’ASN a été informée par EDF d’une hausse du taux de défauts détectés au niveau d’une soudure du liner. Les inspecteurs de l’ASN se sont rendus le 7 juillet 2010 en inspection afin de contrôler les dispositions mises en œuvre par EDF pour améliorer la qualité de réalisation des soudures, notamment en raison des événements récurrents sur ce sujet.

En 2008 et 2009, à la suite de constats émis lors d’inspections sur le chantier de Flamanville 3, l’ASN avait demandé à EDF de mettre en place un plan d’actions visant à améliorer la qualité de réalisation des soudures du liner et, dans l’attente de résultats probants, de réaliser un contrôle radiographique à 100% des soudures réalisées. Ce plan d’actions avait notamment défini des règles relatives aux conditions de soudage et à la formation des soudeurs.

Lors de l’inspection du 7 juillet 2010, les inspecteurs de l’ASN ont constaté que l’ergonomie de la position de soudage de la soudure horizontale incriminée était l’origine principale de ces nouvelles anomalies. Ils ont également noté que les contrôles radiographiques n’ont pas été réalisés au fur et à mesure de l’avancement des soudures : ce décalage des contrôles n’a pas permis une détection rapide de la dérive de la qualité des soudures. Le jour de l’inspection, EDF avait déjà momentanément cessé les nouvelles activités de soudage, procédé à un rappel du plan d’action de 2009 aux principaux acteurs concernés et fait procéder à un contrôle radiographique à 100% de la soudure incriminée. La réparation des zones présentant des défauts est aujourd’hui achevée.

Les difficultés de soudage résultant de l’ergonomie du poste du soudeur avaient déjà été identifiées comme une des principales causes des événements de 2008-2009. Aussi, l’ASN estime que le traitement préventif par EDF des anomalies détectées en 2008 et 2009 n’a pas été correctement réalisé et a demandé à EDF de prendre en compte ce retour d’expérience pour l’ensemble des activités de soudage sur le chantier. Toutefois, l’ASN souligne la réactivité d’EDF dans la mise en œuvre des dispositions préventives à la suite de la détection de l’écart de juin 2010.

Événement significatif pour la sûreté du réacteur de Flamanville 2

Le 8 juin 2010, un ouvrier travaillant sur le chantier de construction de Flamanville 3 a procédé au percement partiel d’un bloc en béton contenant l’un des câbles électriques 400 kV alimentant le transformateur auxiliaire[1] du réacteur de Flamanville 2. La surveillance d’EDF sur ces activités a permis d’interrompre rapidement le perçage en cours. Les opérateurs du réacteur 2 ont constaté le même jour une baisse de la pression d’huile présente dans le câble électrique, indication d’une dégradation de celui-ci.

Au moment des faits, le réacteur 2 était en arrêt pour rechargement, déchargé de son combustible nucléaire et disposait de sources électriques de secours suffisantes dans cet état. Cet événement a été classé au niveau 0 de l’échelle INES. L’analyse précise de cet événement est en cours : un défaut d’information des salariés travaillant sur cette zone et une mauvaise identification du câble dans la zone sont les premières causes avancées.

Dès 2005, puis lors de chaque étape spécifique du chantier, EDF a identifié et analysé les risques engendrés par le chantier de Flamanville 3 pour les deux réacteurs en exploitation pour définir et mettre en œuvre des parades afin de garantir l’absence de conséquences pour la sûreté de ces réacteurs. Après examen de ces analyses, l’ASN a pris des décisions encadrant la maîtrise des principaux risques, en amont des activités de réalisation. L’ASN réalise périodiquement des inspections sur le chantier de Flamanville 3 et la centrale nucléaire de Flamanville en exploitation pour vérifier que les dispositions mises en place par EDF concernant ces risques respectent les prescriptions de l’ASN.

Inspections chez les fournisseurs de composants

En 2009 et 2010, l’ASN a procédé à plusieurs inspections chez des fournisseurs de matériels utilisés pour la construction du réacteur de Flamanville 3. Ces inspections ont pour but de vérifier qu’EDF exerce un contrôle et une surveillance de ces activités conformes aux exigences de l’arrêté du 10 août 1984 pour garantir un haut niveau de qualité de ces fabrications et in fine la sûreté de l’installation.

Ainsi, l’ASN a réalisé deux inspections des pratiques de contrôle et surveillance d’EDF chez des fournisseurs de matériels depuis le début de l’année 2010, la première le 20 avril 2010 chez un fournisseur de réservoirs et de piscines pour les bâtiments réacteur et combustible, la seconde du 1er juin 2010 chez un fabricant de pompes. Ces inspections ont donné lieu à la rédaction de lettres de suite accessibles sur le site internet de l’ASN.

Il ressort de ces inspections que l’organisation mise en place par EDF au sein du projet EPR de Flamanville 3 est perfectible, particulièrement en matière de surveillance exercée par EDF et de validation de la liste des activités concernées par la qualité. Toutefois, les organisations des entreprises en charge des fabrications sont globalement satisfaisantes au regard des exigences de l’arrêté du 10 août 1984.

Système de contrôle commande du réacteur Flamanville 3

Afin d’améliorer la robustesse du système de contrôle-commande du réacteur EPR, l’ASN a demandé à EDF de mettre en œuvre une modification de l’une des plates-formes de commande du réacteur. Cette modification était déjà envisagée par EDF fin 2009 en réponse à la demande de l’ASN du 15 octobre 2009.

Le 15 octobre 2009, l’ASN avait en effet indiqué à EDF que la sûreté d’un équipement constitutif du contrôle-commande du réacteur EPR de Flamanville 3 (plateforme « SPPA T2000 ») n’était pas démontrée. Elle avait donc demandé à EDF d’apporter des éléments de justification complémentaires et d’examiner des dispositions de conception différentes.

EDF a depuis engagé un travail important pour répondre aux demandes de l’ASN. Les premiers éléments de réponse et de justification ont été transmis à l’ASN à partir de fin 2009.

Le contrôle-commande du réacteur EPR de Flamanville 3 comprend deux plates-formes associées :

- la plate-forme Téléperm XS, spécifiquement développée pour l’industrie nucléaire et dédiée aux fonctions de protection du réacteur en situations d’incident ou d’accident ;

- la plate-forme SPPA T2000, d’origine « industrielle classique » et utilisée pour des fonctions liées au fonctionnement normal du réacteur et pour certaines fonctions de protection du réacteur en situations d’incident ou d’accident.

Après examen par l’ASN et son appui technique, l’IRSN, des premiers éléments transmis par EDF, l’ASN a conclu dans une lettre adressée à EDF du 9 juillet 2010 que la capacité de la plateforme SPPA T2000 à accueillir certaines fonctions de protection du réacteur restait à démontrer. Aussi elle a demandé à EDF de mettre en œuvre une modification de la plate-forme SPPA T2000 afin d’en améliorer la robustesse et permettre son utilisation pour les réacteurs de type EPR. Cette modification consiste à dupliquer sur la plate-forme Téléperm XS certaines fonctions de protection du réacteur portées par la plate-forme SPPA T2000.

Dans l’instruction du dossier du contrôle-commande par l’ASN, les éléments détaillés de cette évolution de conception et ses impacts sur la démonstration de la sûreté du réacteur devront être présentés par EDF à l’ASN avant fin 2010.

Pour en savoir plus :

[1] Chaque réacteur est alimenté par deux lignes électriques extérieures en provenance du réseau national et de deux groupes électrogènes de secours à moteur diesel. En fonctionnement normal, les besoins en énergie électrique d'un réacteur sont satisfaits par le biais d'un transformateur de soutirage branché sur la ligne principale. En cas de défaillance du réseau principal, le réacteur est alimenté par le transformateur auxiliaire branché sur la ligne auxiliaire.

Date de la dernière mise à jour : 18/09/2017