Lettre d’information de l'EPR n°15 - Les actions de l’ASN sur le contrôle du chantier de construction du réacteur EPR de Flamanville : les points marquants

Publié le 30/10/2013 à 16:47

Note d'information

Au premier semestre 2013, l’ASN a poursuivi au cours de plusieurs inspections le contrôle du chantier de construction du réacteur EPR Flamanville 3 et des différentes fabrications à destination de celui-ci. Les points marquants de ces derniers mois sont détaillés ci-après.

Contrôle de la pose du dôme du réacteur Flamanville 3

Pose du dôme métallique de l'EPR de Flamanville

Le 16 juillet 2013, EDF a procédé à la pose du dôme du liner du bâtiment réacteur sur son fût. Le liner est une enveloppe métallique recouvrant la face intérieure de la première enceinte du bâtiment destiné à abriter le réacteur de Flamanville 3. Cette enveloppe a pour fonction de compléter l’étanchéité de la double enceinte de béton du bâtiment réacteur. Elle est par ailleurs utilisée comme coffrage perdu lors des opérations de bétonnage de l’enceinte.

Pré-assemblé à proximité du bâtiment réacteur, le dôme métallique de 260 tonnes a été mis en place grâce à une grue de forte capacité. Les opérations ont consisté à déplacer le dôme depuis l’aire d’assemblage, située au sol à près de 130 mètres du bâtiment réacteur, jusqu’à des vérins disposés en haut du bâtiment. Ces vérins ont ensuite permis l’accostage du dôme sur des cales assurant l’espacement nécessaire au soudage. Les travaux d’accostage, réalisés avec une tolérance maximale de quelques millimètres, ont duré jusqu’au 23 juillet 2013 ; durant le mois d’août, EDF a ensuite assemblé par soudage le dôme et le fût du liner.

Le contrôle exercé par l’ASN sur ces opérations s’est traduit par trois visites de chantier, les 4 et 16 juillet, ainsi que le 29 août 2013. Ces inspections avaient pour objectifs :

  • de vérifier les mesures prises par EDF pour assurer la disponibilité des systèmes de sauvegarde du réacteur 2 de Flamanville, situé au voisinage immédiat du chantier, dans l’hypothèse où il serait impacté par une chute de la grue ou de sa charge ;
  • de vérifier que les opérations se déroulent de manière à obtenir l’étanchéité complète du liner.

Ces inspections ont mis en évidence que les essais préalables de levage ont été correctement réalisés, et que leurs résultats sont satisfaisants. De plus, les équipes en charge de l’exploitation du réacteur 2 de Flamanville ont été régulièrement informées du déroulement des opérations et ont en permanence disposé des moyens nécessaires pour parer aux conséquences potentielles d’une chute de la grue sur ses équipements. Les inspecteurs ont enfin constaté la qualité de la surveillance pratiquée par EDF sur les entreprises chargées du soudage du liner.

L’ASN s’attache désormais à contrôler la poursuite de la construction du bâtiment réacteur, à savoir le bétonnage de l’enceinte interne.

Premières opérations de montage des équipements sous pression nucléaires (ESPN) sur le chantier de Flamanville 3

En juin 2013, l’ASN a fixé les conditions selon lesquelles pouvait débuter une première séquence de montage de vannes et tuyauteries du système d’injection de sécurité (RIS) du réacteur EPR Flamanville 3.

Ces opérations ont débuté le 10 juin 2013 ; les premières d’entre elles concernaient la mise en place et le soudage de quatre vannes (dites « trois voies ») qui constituent des points fixes à partir desquels sont assemblés les autres équipements.

La vanne 3 voies recouverte par ses protections au moment de sa mise en place.

Début juillet 2013, AREVA NP a informé l’ASN que la première de ces vannes avait été montée à l’envers. Comme suite à cette erreur, l’organe d’inspection agréé par l’ASN pour la surveillance de ces opérations a suspendu la réalisation des opérations de montage et de transfert des équipements, dans l’attente qu’AREVA NP identifie les causes de cet écart et propose des mesures correctives satisfaisantes.

L’analyse des causes de l’écart a révélé qu’il résulte, d’une part, d’aspects liés au facteur humain et à l’organisation et, d’autre part, de lacunes dans la spécification des exigences applicables aux opérations de montage et dans leur suivi.

L’ASN a demandé à AREVA NP d'apporter les modifications nécessaires à l’organisation et à la documentation relatives au montage des ESPN. L’ASN a accepté qu’une réponse échelonnée dans le temps soit apportée à ses demandes, considérant que le montage des vannes « trois voies » pouvait être poursuivi avant une première modification de la documentation et sous réserve qu’AREVA NP assure une traçabilité complète des contrôles réalisés.

Début septembre 2013, AREVA NP a proposé à l’ASN une méthode visant à identifier puis à corriger l’ensemble des lacunes identifiées dans la documentation technique utilisée pour la première séquence de montage, de sorte que chacune des exigences à respecter lors des opérations soit correctement spécifiée et qu’il existe un document attestant du résultats des contrôles requis. Cette méthode sera également appliquée pour les séquences ultérieures.

 AREVA NP exploitera a posteriori ces informations pour identifier les compléments ou améliorations à apporter à la documentation technique. AREVA NP utilisera en outre ce document pour attester de la bonne mise en œuvre de toutes les exigences applicables.

 L’ASN considère que la méthode proposée par AREVA NP permet une amélioration continue de la documentation, tout en garantissant l’application de l’ensemble des exigences associées. Ainsi, l’ASN a indiqué à AREVA NP le 24 septembre 2013 que les opérations de la première séquence de montage pouvaient reprendre, sous la surveillance des organismes d’inspection agréés.

Préparation à l’exploitation du réacteur de Flamanville 3

L’entité d’EDF chargée de l’exploitation future du réacteur EPR de Flamanville 3, appelée « CNPE de Flamanville 3 », est actuellement composée d’environ 350 agents. Les activités de construction du réacteur sont supervisées par une autre entité d’EDF, appelée « Aménagement de Flamanville 3 », qui est également chargée des opérations de démarrage du réacteur. En vue de la mise en service du réacteur, un processus est en cours afin de transférer progressivement la responsabilité du fonctionnement et de la maintenance des structures, systèmes et composants depuis l’entité « Aménagement de Flamanville 3 » vers l’entité « CNPE de Flamanville 3 ». Les étapes de ce processus permettent aux agents du CNPE d’acquérir les compétences nécessaires, de se familiariser avec les équipements du réacteur, d’élaborer la documentation d’exploitation et de développer les outils adéquats.

Dans cette phase préliminaire, le contrôle exercé par l’ASN sur la préparation de l’entité chargée de l’exploitation future du réacteur repose aujourd’hui sur deux types d’actions :

  • une réunion annuelle avec la direction de l’entité « CNPE de Flamanville 3 » et ses représentants, où le futur exploitant expose son bilan des activités de préparation à l’exploitation du réacteur sur l’année écoulée et ses perspectives pour l’année à venir ; ces réunions ont lieu depuis 2011 ;
  • des inspections sur le site spécifiquement dédiées au CNPE de Flamanville 3 (une par an entre 2010 et 2012 et deux programmées en 2013) sur les thèmes de l’organisation, du développement des compétences, de l’élaboration de la documentation d’exploitation et de la réalisation des transferts de structures, systèmes et composants.

Une inspection a été menée par l’ASN le 4 septembre 2013 sur l’organisation définie pour les transferts de structures, systèmes et composants. Cette inspection portant sur la préparation du premier transfert d’un système de sûreté du réacteur (« classé de sûreté ») a conduit l’ASN à considérer que l’organisation définie et mise en œuvre par le CNPE de Flamanville 3 est satisfaisante. En particulier, les agents du CNPE ont développé des outils informatiques spécifiques, adaptés aux activités de transfert, permettant notamment la réalisation de vérifications en temps réel sur le terrain, grâce à l’usage de tablettes.

A travers son contrôle, l’ASN veillera en particulier à ce que les agents du CNPE de Flamanville 3 tirent profit des meilleures pratiques mises en œuvre dans les installations du parc EDF, et qu’ils s’approprient au mieux le fonctionnement des matériels pendant la construction du réacteur et les essais de démarrage des systèmes, afin d’être prêts à exploiter le réacteur lors de sa mise en service.

Préparation des essais de démarrage de l’installation

Le 7 mai 2013, le collège de l’ASN a signé une décision[1] qui vient compléter les prescriptions relatives à la conception et la construction du réacteur Flamanville 3. Les principaux compléments apportés par cette décision concernent les futurs essais de démarrage de l’installation qui auront pour objet de vérifier que l’installation construite est bien conforme à ce qui est attendu. Les prescriptions complémentaires exigent qu’EDF mette en œuvre une démarche structurée visant à couvrir notamment :

  • la définition des essais de démarrage ;
  • la rédaction de la documentation nécessaire aux équipes préparant puis réalisant les essais de démarrage ;
  • la réalisation des essais de démarrage ;
  • le traitement des résultats des essais et des éventuels écarts découverts pendant les essais de démarrage ;
  • l’information de l’ASN pendant les essais de démarrage.

Par ailleurs, certaines prescriptions de la décision n°2008-DC-0114 ont été modifiées pour prendre en compte le retour d’expérience acquis depuis 2008 pour la construction de réacteurs de type EPR. EDF prévoit que les premiers essais de démarrage sur des éléments importants pour la sûreté auront lieu d’ici fin 2013 à Flamanville 3.

Inspections chez les fournisseurs

L’ASN a mené le 19 juin 2013 une inspection de la qualité et de la surveillance des activités de fabrication de l’instrumentation externe du cœur[2] destinée au réacteur EPR de Flamanville 3 ; ces activités sont conduites par AREVA sur son site d’Erlangen (Allemagne). A la suite de cette inspection, l’ASN estime qu’EDF doit faire preuve de davantage de rigueur lors de la validation des spécifications proposées par le fournisseur de cette instrumentation, et doit veiller à la cohérence d’ensemble des documents décrivant les caractéristiques, attendues ou obtenues, de cette instrumentation. Il ressort de cette inspection que la surveillance au cours de certaines étapes de fabrication n’a pas été réalisée avec une rigueur suffisante : certaines activités de surveillance devront donc être réitérées afin qu’EDF soit en mesure de statuer sur la qualité de l’instrumentation fabriquée.

 Visite de l’ASN sur le chantier d’Olkiluoto 3

Les 27 et 28 février 2013, des inspecteurs de l’ASN, accompagnés de membres de l’IRSN, se sont rendus en Finlande dans le cadre des relations bilatérales régulières entre l’Autorité de sûreté finlandaise (STUK) et l’ASN consacrées à l’EPR. A cette occasion, des ateliers ont été organisés sur différentes thématiques techniques (essais de démarrage, équipements sous pression nucléaires, génie civil…).

Par ailleurs, les inspecteurs ont effectué une visite du chantier du réacteur EPR d’Olkiluoto 3 en cours de construction en Finlande.

Pour en savoir plus, consulter :

 

[1] Décision n°2013-DC-0347. Cette décision modifie et complète la décision n°2008-DC-0114, fixant à EDF les prescriptions relatives au site de Flamanville 3 pour la conception et la construction du réacteur.

[2] Le système d’instrumentation externe du cœur fournit des signaux destinés aux fonctions de régulation, de contrôle, de surveillance, de limitation et de protection du cœur. Le système est conçu avec trois niveaux de mesure afin de couvrir la plage complète de flux neutronique : les niveaux source, intermédiaire et puissance. Il est composé de chaines d’instrumentation qui mesurent le flux neutronique grâce à des détecteurs ainsi que d’armoires électroniques chargées d’alimenter les chaines d’instrumentation et de conditionner les signaux.

Date de la dernière mise à jour : 18/09/2017