L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi les conséquences radiologiques au Japon et en Europe


Paris, le 01 Février 2012
Communiqué de presse
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I. Situation technique de la centrale de Fukushima Daiichi

A. Situation des réacteurs

Les réacteurs n°1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima Daiichi continuent d’être refroidis par injection d’eau douce directement dans les cuves contenant les combustibles. Les moyens d’injection d’eau dans les cuves ont été fiabilisés. Ils permettent de maintenir la température du circuit primaire (RPV) aux alentours de 60° C pour les réacteurs n°2 et 3 et 30° C pour le réacteur n°1.

Le circuit primaire n’est néanmoins pas étanche ; l’eau qui y est injectée est récupérée dans les parties basses des bâtiments (cf. schéma ci-dessous).

Schéma de l'injection d'eau dans les cuves des réacteurs. Schéma de l'injection d'eau dans les cuves des réacteurs.
 

B. Le refroidissement des piscines d’entreposage du combustible usé

Les piscines des réacteurs sont refroidies en circuit fermé. La température de l’eau est maintenue inférieure à 20°C.

Refroidissement des piscines des réacteurs en circuit fermé Refroidissement des piscines des réacteurs en circuit fermé
 

C. La gestion de l’eau contaminée sur le site

Les eaux stockées sur le site sont pompées, stockées, traitées puis réinjectées en partie dans les réacteurs n°1, 2 et 3. A la mi-décembre 2011, environ 200 000 tonnes d’eau avaient été traitées ; 80 000 tonnes d’eau traitée avaient été réinjectées dans les réacteurs ; 135 000 tonnes d’eau traitée avaient été stockées dans des réservoirs sur site.

Pour traiter les effluents générés par les actions de refroidissement du combustible, l’exploitant a mis en service des installations de décontamination et de désalinisation des eaux.

D. La limitation des rejets radioactifs

Afin de limiter la dispersion de la contamination, le recouvrement du bâtiment réacteur n°1 a été achevé le 28 octobre 2011. Une opération similaire est étudiée pour les réacteurs n°3 et 4 dont les bâtiments sont les plus endommagés.

Des rejets radioactifs gazeux dans l’environnement se poursuivent ; ils sont de l’ordre de 60 MBq/h soit 10 000 000 fois moins que l’activité rejetée au moment de l’accident. Une installation de filtration des effluents gazeux fonctionne pour les réacteurs n°1 et 2.

Des fuites d’eau radioactives ont été détectées aux mois de novembre et décembre, notamment au niveau des installations de traitement des effluents ou des déchets.

Des opérations d’évacuation des débris présents sur le site se poursuivent (29 000 m3 avaient été évacués à la mi-décembre).

II. Gestion des conséquences radiologiques au Japon

La caractérisation et la surveillance générale de l’environnement sont coordonnées par les autorités japonaises et réalisées par différents acteurs. Les différentes mesures sont détaillées dans le Comprehensive Monitoring Plan. Les césiums radioactifs sont désormais majoritaires dans l’environnement, les iodes ayant diminué sous l’effet de la décroissance radioactive (note IRSN 27/09/2011). En mer, malgré les quantités importantes rejetées, la conjonction de deux grands courants marins à proximité du site a entraîné une dispersion très importante des radionucléides (note IRSN 26/10/11)

Le bilan de l’exposition des travailleurs est actualisé par Tepco ; près de 20 000 travailleurs ont déjà bénéficié d’une évaluation de dose interne.

Un zonage post-accidentel a été défini par le gouvernement japonais le 22 avril 2011 puis réactualisé, pour assurer la protection des populations résidant dans la préfecture de Fukushima. Les zones les plus contaminées par les substances radioactives sont interdites d’accès et les populations y résidant ont été relogées. Au-delà de ces territoires, des actions de décontamination et de surveillance renforcée sont engagées.

Une surveillance renforcée des niveaux de contamination des denrées alimentaires produites sur le territoire japonais a été organisée au niveau des préfectures les plus affectées par la contamination, voire au-delà. Les résultats de ces analyses sont actualisés à un rythme hebdomadaire. Le bilan des contrôles réalisés depuis mars 2011 est le suivant : parmi les 97 664 échantillons analysés sur l’ensemble des 44 préfectures japonaises, 1 078 (1,1 %) sont supérieurs aux niveaux maximaux admissibles japonais.

Une loi encadrant la décontamination des territoires contaminés a été promulguée par le gouvernement japonais le 30 août 2011. Le gouvernement japonais porte la responsabilité de la décontamination, à l’exception des zones où l’exposition prévisionnelle est inférieure à 20 mSv/an. Dans celles-là, les municipalités sont responsables du plan de décontamination. Ces travaux de décontamination, touchant le milieu urbain, agricole et forestier s’accompagnent de la publication régulière de documents techniques, s’enrichissant régulièrement de leur propre retour d’expérience. La gestion des déchets a fait également l’objet de dispositions spécifiques prévues par la loi du 31 août 2011.

Les orientations en matière d’indemnisation ont été fixées par le Dispute Reconciliation Comittee for Nuclear Damage Compensation. L’indemnisation des populations et des professionnels est en cours ; à cet effet un fonds spécifique a été constitué et doté de 6 milliards d’euros. Un bilan des indemnisations versées par Tepco a été publié au 18 décembre 2011.

III. Contrôle des produits importés en Europe

L’Europe a maintenu le contrôle des importations alimentaires en provenance du Japon jusqu’au 31 mars (règlement EU n°1371/2011 du 21 décembre 2011) tout en l’adaptant à la connaissance de la situation radiologique (surveillance des césiums radioactifs limitée aux 11 préfectures où des dépassements ont été publiés par les autorités japonaises).

Le milieu marin (Pacifique nord) est jugé à risque faible vis-à-vis de la contamination potentielle des poissons et seuls les poissons pélagiques (thon, espadon, marlin) et les produits dérivés font l’objet d’une surveillance à l’importation.

 
    Taux de contrôle
Marchandises Dispositif UE Dispositif national actuel

Dispositif national retenu

(note SGDSG du 28 juillet 2011)

Denrées alimentaires Thé, pousses de bambou, champignons et « abricots japonais » 10 % ou 20 %
(selon la zone[1])
100 %
(sous forme fraiche)
ou
10 % ou 20 %
(sous forme non fraiche)
100 %
Aliments frais d’origine végétale[2]
(hors thé, pousses de bambou, champignons et « abricots japonais »)
10 % ou 20 % (selon la zone) 100 %

10 % ou 20 %

(selon la zone)

Aliments non frais d’origine végétale
(hors thé, pousses de bambou, champignons et « abricots japonais »)
10 % ou 20 %
(selon la zone)
10 % ou 20 %
(selon la zone)
10% ou 20 %
(selon la zone)
Aliments d’origine animale destinés à la consommation humaine 10 % ou 20 %
(selon la zone)
100 %
Produits manufacturés Fret aérien Compétence des États membres 1 avion par jour 1 avion par semaine
Fret maritime 1 à 3 % des conteneurs débarqués à Marseille et au Havre
 

Pour en savoir plus :


 

[1] Depuis l’adoption le 7 juillet 2011 du règlement d’exécution (UE) N°657/2011 de la Commission, douze préfectures japonaises font partie de la zone à risque où l’ensemble des aliments pour animaux et des denrées alimentaires qui en sont originaires, doivent être contrôlés avant leur exportation vers l’Union européenne s’ils ont été récoltés et/ou transformés après le 11 mars 2011. Ces douze préfectures sont : Fukushima, Gunma, Ibaraki, Tochigi, Miyagi, Nagano, Yamanashi, Saitama, Tokyo, Chiba, Kanagawa et Shizuoka.

[2] Le taux de contrôle des produits frais d’origine végétale de la mer et des rivières (algues) reste inchangé soit 100%.